15/08/2004

De Club des Pins à Plage Ouest

Les algérois sont en vacances et tentent de profiter de la plage… A Alger, pas possible de se baigner : un immense port maritime en suractivité et quelques plages polluées… Les algérois se ruent à l’Est (vers la Pérouse, Boumerdes, Ain Taya et Zemouri), ou à l’ouest vers Sidi Fredj (ancienne Sidi Féruch), Zeralda, Tipaza… Mais pas si facile de trouver un coin libre où poser sa serviette… Dans la zone entre la Madrague et Sidi Fredj (à 30 km à l’ouest), plusieurs zones interdites…Tout d’abord, le Sheraton Club des Pins (un des premiers acces a la plage apres Alger), et sa plage privée : un immense 5 étoiles et zéro touristes… Hommes d’affaires et rois du pétroles accaparent  l’immense plage (avec un taux d’occupation proche de celui de la lune)… et hop, première plage privée interdite au plus grand nombre… Ensuite, c’est la zone d’Etat « Club des Pins », réservée d'apres ce que j'ai compris, à tous ceux qui gravitent dans le cercle de la présidence, du gouvernement, de l’armée, ou tout ce que l’Algérie compte de jet set ou de gens biens placés pour obtenir le fameux badge d’entrée… Deux zones : «La Crique » et « Morreti » où les fils à papa font ronronner les jet ski entre les baigneurs, pour impressionner les filles… A coté, la plage du port, « libre d’accès » est bondée… Puis c’est l’arrivée à la presqu'ile de Sidi Fredj… Le week end (jeudi – vendredi), le trafic est à son maximum : les voitures, (de la Mercedes « Katfarron » (quatres-phares-ronds) à la 504 break qui transporte 10 personnes à l’arrière), les bus bondés, les auto-stoppeurs, tout ce petit monde gravite par Sidi Fredj, le Deauville local avec son centre de Thalasso, son « Casif » (théâtre en plein air)…

 

En Algérie, de toute situation, on crée un business, alors, un peu partout sur la route, les gamins vendent du maïs grillé, des cigarettes ou des galettes de pain aux voitures qui s’impatientent dans le trafic…

 

Le vendredi brasse une foule hétéroclite :  entre midi et deux, on croise aussi bien ceux avec un tapis de prière à la main pour aller à la mosquée, et ceux avec un parasol et une glacière qui filent à la plage… 

 

« Plage Ouest », est une autre plage de Sidi Fredj ouverte à tous, du coté « ouest » de la presqu’île… Le quartier est très coté (c’est là qu’est la villa familiale des Bouteflika) malgre son air de Beyrouth avant reconstruction : une route poussiéreuse et défoncée, des maisons en construction  partout, des montagnes de gravas, des tiges de fer pour le béton armé, des sacs de ciment, des tuiles qui trainent un peu partout… 

 

J’aime ce quartier et son chaos organisé : quelle animation !! Toutes les générations vivent dans la rue, et communiquent!! Les voisins qui font des commentaires sur les constructions des uns et des autres, parlent du dernier poisson ramené par Rezac, les enfants qui jouent en maillot de bain dans la rue, les "touristes" d’Alger et les "émigrés" qui débarquent, et au milieu de tout ça, les chinois employés aux constructions locales (c’est la dernière mode d’employer des chinois : ils travaillent 12 heures par jour, 7j/7) qui font leur petit bonhomme de chemin, travaillent dur, et font diminuer le nombre de chats errants du quartier… Mourad, le petit grand père qui a connu le quartier avant toutes ces constructions passe sa journée assis sur un pas-de-porte à observer tout ça d’un air dubitatif, mais avec un sourire bien veillant.

 

On accède à Plage Ouest par un petit chemin semé d’embûches (tôle ondulée, barres de fer et gravas)… Il y a quelques années, avant que ne soit construit à quelques centaines de mètres de là, le port présidentiel qui modifie les courants marins, la page était grande et large… on pouvait se promener, longer la cote jusqu’à « Palm Beach », « Zéralda »… mais aujourd’hui, la plage est délimitée par la digue sur la gauche (qui sépare Plage Ouest de la zone d’Etat), et perd un mètre de sable chaque année… Une plage de 5 mètres de large où s’entasse la moitié d’Alger !!!

 

Quand on arrive à Plage Ouest, c’est une impression d’étouffement : un parasol au mètre carré, des familles qui s’entassent sur l’étroite bande de sable, le tout avec le « Raï de cabaret » à fond qui résonne sur toute la plage… Moi évidemment, cette ambiance me plait ! C’est la plage des contrastes : les filles en maillots 2-pièces affriolants croisent les filles en Hidjab couvertes de la tête aux pieds sous la chaleur estivale et qui se baignent avec le voile (rare quand meme)…  A gauche, dans un petit baraquement, vit Dahmen, l’artiste baba cool local : génial et ignoré par les foules… Les cheveux blondis par le soleil, la peau tannée et fatiguée, il sculpte les gros blocs de bois ramenés par la mer… Il façonne d’étranges femmes, (un mélange de Picasso et Botero), et les orne avec des messages de paix genre « the message of all religions is peace »… Il prend tout ce que la mer lui apporte, bois ou siporex, et en fait quelque chose de simple et superbe… Il vit de ce les gens veulent bien lui amener (poissons, pain…) sans jamais mendier ou essayer de vendre  ses oeuvres… Dans les archives de Nice Matin 1995, il doit y avoir un article sur cet artiste algérien débarqué d’on ne sait où et qui a écrit un message de paix en 28 langues (dont l’hébreux) en petits galets sur 100 mètres carré de plage… Je voudrais le retrouver pour lui envoyer… 

 

Voilà, c’est tout cela Plage Ouest… des contrastes, des couleurs, des sons… On pêche, on chasse le poisson, on nage, on part en expédition jusqu’au « grand rocher », on s’essaye à tout type d’engins flottants de la vieille barque jusqu’au dernier jet ski selon les moyens, et on essaie d’oublier qu’à coté, la plage d’Etat réservée aux familles des généraux, est au moins aussi grande pour 100 fois moins de monde… on partage la même eau, mais pas les mêmes privilèges… 

 

 

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Dans la serie... Voitures en Algerie...

Après ma découverte des « 404 bâchées », je découvre les Mercedes « Katfarron »  et « Kaoukaoua »… Tiens, des modèles Mercedes développés spécialement pour le Maghreb ?? non, la Mercedes «Katfarron » c’est la Mercedes classe E, enfin celle qui a « Quatre phares ronds » à l’avant…

 

Et la « Kaoukawa », c’est la « Mercedes Cacaouette » (dont les phares sont en forme de "huit" à l’avant…La Classe C, je crois)...

 

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06/08/2004

Tipaza ruines et chaos

" Au printemps Tipaza est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres... A peine au fond du paysage puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer", Albert Camus, "Noces à Tipaza".

 

 

La visite des ruines de Tipaza est un pur moment de bonheur : les ruines qui se noient dans la mer, les vestiges de belles villas aux sols de marbre ou de mosaïques, des grands termes chauffés, du théâtre immense, des arènes quasiment intactes… On imagine quelle vie agréable les romains de Tipaza devaient avoir dans cette ville en bord de mer, avec un climat si clément… Tous les clichés remontent au galop : Les femmes à la démarche sensuelle et nonchalante, en tuniques légères, les hommes patriciens, nobles ou tribuns de la plèbe allongés dans la fraîcheur des villas à manger du raisin, les esclaves « tout imprégnés d’odeurs »… Aucun site archéologique ne donne tant cette impression baudelairienne que « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté »… Les ruines qui tombent  dans l’eau bleu turquoise, le petit port naturel, la rue pavée qui débouche sur la petite crique naturelle… et au loin, la montagne du Chenois qui se découpe sur l’horizon, semblable à un dos de dinosaure endormi…  Le plaisir est d’autant plus grand que le site  est à « l’état brut », pas dénaturé par des hordes de touristes qui débarquent en cars climatisés (le tourisme étant quasiment inexistant)

 

 

Mais une ballade à Tipaza un vendredi après midi, c’est deux heures de pur plaisir historico-culturel pour 5 heures de chaos et d’anarchie algérienne…

Vouloir aller a Tipaza un vendredi après midi, est une folie en soi puisque c’est la destination prisée par les Algérois le week-end ; or, l’autoroute s’arrête a mi chemin entre Alger et Tipaza…  Très malins, avec Rezac, nous avions prévu de partir tard dans l’après midi pour revenir tard dans la soirée et ainsi éviter la circulation… raté…

 

Apres une belle après midi de plaisir esthétique, sportif et culinaire (visite des ruines, baignade dans des criques à  l’eau translucide, méchoui dans un petit restaurant sous les ruines romaines), nous avons voulu tranquillement reprendre la route d’Alger vers 8-9 heures du soir…

 

 

La circulation était très dense et on roulait au pas… Le trajet aurait été un peu long, mais supportable, si la majorité des voitures n’avaient pas essayé de doubler par la droite, sur le bas coté, et par la gauche… Ce manque de civisme de certains conducteurs passe encore quand il n’y en a qu’un ou deux qui doublent sur le coté, et se rabattent au dernier moment (avant le barrage de police), mais pas quand c’est 70% des voitures !!!  On est arrivé a une situation quasi comique où, sur une étroite route à 2 voies, on avait parfois 5 files de voitures alignées (avec les voitures arrivant sens inverse, obligées de rouler sur le bas coté pour laisser la place à ceux qui doublaient…) qui essayaient à tout prix de passer…  Evidement, toutes les voitures essayaient de se rabattre avant les barrages de police (tous les kilomètres) créant un goulot d’étranglement inextricable, bref, un bordel monstre… Les flics qui voyaient le manège de loin ne disaient absolument rien et laissaient faire…

 

Il y avait vraiment des scènes comiques: une famille "traditionnelle" et pratiquante,  (père au volant, mère voilée, 3 enfant à l'arrière) qui écoute la prière à fond dans la voiture, toutes vitres baissées... le père qui hurle, insulte, et fait de grands gestes de la main, quand on refuse de le laisser s'insérer avant le barrage de police, après qu'il ait doublé 100 voitures...

Des automobilistes zélés qui décident de s'arreter en plein milieu de ec bordel, sur le bas coté, là où tout le monde double, sortent leur tapis, et font leur prière en plein chaos de klaxons et de poussière...

 

Un bel exemple de ce que peut donner l’anarchie : de façon collective, on est tous conscients qu’au final, il est plus efficace et rapide de rouler l’un derrière l’autre pas, mais de manière individuelle, on essaye de gagner du temps personnellement en doublant les autres… En plus, quand on voit que « tout le monde fait pareil », on n’a pas envie d’être le seul couillon a se faire doubler par 500 voitures alors on s’y met, même si on sait que ça aggrave la situation…

 

Nous, on ne voulait pas doubler, mais on ne voulait pas non plus que les voitures se rabattent devant nous… Aigris et hargneux, on est nous aussi devenus des loups enragés, à coller la voiture devant nous, à donner des coups de volants contre les voitures qui tentaient de s'insérer…  Au final, 3 heures de chaos, de stress, de klaxon, de forcing pour ne pas laisser passer les doubleurs... 3 heures / 20 km

 

 

 

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05/08/2004

La Casbah

 Un après midi à la Casbah, ancienne Medina d'Alger, "gettho" arabe au temps des Francais (puisque les arabes n'avaient pas le droit d'acceder aux rues du centre ville)...  La Casbah d'Alger est un conglomérat de bâtisses remontant à la période turque, et un patrimoine architectural et historique incomparable (Classée monument historique et inscrite au Patrimoine mondial de l'Humanité).
Nous marchons sous un soleil de plomb, dans les petites rues étroites et labyrinthiques qui relient la basse Casbah de la haute Casbah…  Tout d’abord la « rue des femmes » : les étales proposent du maquillage, des bijoux, des shampoings, des sous vêtements, des robots ménagers de contrefaçon (« Mowlinex », « Block et Decker », « Broaun », « Siemans »…) Je navigue entre les femmes pour la plupart voilées au regard malicieux et rieur qui font du shopping intensif à  la casbah… Le voile n’empêche pas la coquetterie, et le maquillage…

En coupant par une ruelle transversale, le décor change radicalement… C’est la rue des hommes… Sur les étales, on trouve chaussettes de marque, caleçons et chaussures, postes de radio, cigarettes contrefaites… les mines sont plus fermées et sévères… peut-être que je n’ai rien a faire là, mais ce n’est pas l’hostilité que je ressens… simplement la dureté masculine par rapport à la douceur féminine de cette rue chantante, animée et colorée que je viens de quitter…

Les ruelles en escalier coupent a travers Alger et font des percées sur la mer bleue… Elles nous entraînent vers d’autres ambiances… Une rue spécialisée dans la vente de minuscules pièces détachées (d’occasion)  pour réparer les postes de radio, de télé etc, un petit marché couvert qui surplombe la ville, et laisse entrevoir la mer en contrebas… Au détour d’une rue, une magnifique mosquée, une des plus vieilles de la ville, construite au 12e siècle… je reste scotchée devant cette magnifique bâtisse mauresque en pierres de taille, en buvant un délicieux jus de banane acheté au vendeur ambulant… Un peu plus loin, dans Bab-el-Oued, quartier des trois horloges, nous achetons une glace au citron en cornet… Je découvre avec étonnement une minuscule et étouffante arrière sale (4 chaises derrière la machine à glace) oú sont assises 5 ou 6 femmes…. Elle dégustent leur glace à l’intérieur, car lécher une glace en public est indécent…

 

J’aime vraiment l’animation de ce quartier populaire, les couleurs, les odeurs, les visages… J’en prends plein les yeux… Hélas, ces images fortes vont de pair avec des images de misère et de désolation : le quartier a été sévèrement touché par le tremblement de terre et l’inondation catastrophiques de 2003… des bâtiments sont tombés, et laissent place à des trous béants où jouent les gamins du quartier, des maisons ont été entièrement détruites, faisant des centaines de morts… Le plus triste, c’est de voir du linge qui sèche aux fenêtres de maisons détruites a 70% et qui menacent de s’effondrer à tout moment…

 

 

 

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04/08/2004

Emigrés ou Immigrés??

Chez nous (en France), on les appelle les « immigrés »… On s’en méfie… « ils ne sont pas de chez nous »… alors on ne les intègre pas, ils ne s’intègrent pas… Tors partagés, inégalités des chances données par la France, un débat complexe… En Algérie, on les appelle les « émigrés »… On s’en méfie, avec leur drôle d’accent de banlieue, leurs air supérieur quand ils reviennent de France, en Juillet, les bras chargés de cadeaux pour impressionner la famille, et leur pouvoir d’achat supérieur (ce qu’on ne sait pas, c’est qu’il leur a fallu des mois d’économies pour ramener tout ça, et qu’en France, avec ce même salaire, ils vivotent)… On les jalouse, on les critique pour « ce qu’ils font en France, les vols, les trafics… »,  « la mauvaise image qu’ils donnent de l’Algérie et des Algériens »…  Bref, ici aussi, en Algérie, leur pays d’origine, ils subissent le « ils ne sont pas de chez nous »…

Ceux qui partent avec l’espoir de vivre mieux ailleurs sont déracinés : bannis officieusement de leur pays natal, et jamais vraiment intégrés là oú ils débarquent… 

  

 

 

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22/07/2004

Laïd

Laid, tu tiens le modeste et magnifique restaurant près du quartier de la Colonne… Un des derniers vestiges d’une époque dont peu de gens se souviennent… un comptoir en grès début de siècle, de hauts plafonds décrépits, un sol aux petits carreaux bruns qui gardent la fraîcheur, usés et polis par les milliers de chaussures, et des dizaines de générations de français, puis d’algériens qui se sont appuyés à ton comptoir... Une petite arrière salle proprette et surannée aux lambris en bois, une machine à café qui ferait rêver les collectionneurs, une bouteille de Pastis Narval fièrement affichée…

Tu as 72 ans, tu as vécu plusieurs vies, il te reste peu de dents et tu n'entends plus très bien,  mais tes yeux brillent toujours… Tu ne sais pas lire, mais tu parles 3 langues, comme tout le monde de ta génération… Français, Kabyle et arabe… Dans ta voix, il y a cette chaleur qui pourtant ne cache pas ton amertume...

Hier, nous avons partagé avec toi cette bière fraîche, alors qu'il faisait si chaud dehors... tu nous a servi ta fameuse recette de sardines aux citrons confits, et tu nous a parlé, parlé... Derrière toi, un magnifique morceau de Chopin grésillait dans ton vieux poste de radio, et je t'écoutais parler de l'Algérie... Tu m'as beaucoup émue Laïd... Je reviendrai t'apporter des poissons fraîchement pêchés pour que tu les cuisine à ta façon, je reviendrai manger un couscous façon Laïd, et t'écouter parler dans ton beau palais suranné...

 

 

 

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17/07/2004

La douane algérienne en 28 leçons

Ma mission : récupérer mille guides envoyés depuis Madrid par avion en service cargo… 

1000 guides

20 caisses

500kg

La douane algérienne…

Equation compliquée à 347 inconnues…

 

Tout commence de bon matin, à l’aéroport…

Etape 1. trouver le service Fret… ok. Il faut maintenant obtenir un « laissez passer » dans un bureau situé juste à coté du baraquement de « retrait des dépouilles »… j’essaie de ne pas trop imaginer ce que ça signifie… Une queue raisonnable et organisée de quelques dizaines de personnes… On obtient un passe sans trop de difficultés au bout d’une demi heure seulement…

Etape 2 accomplie…  J’ai maintenant le droit de pénétrer dans la zone de fret Air Algérie…

Etape 3 : montrer le document qui me permet de récupérer les guides, et apprendre la marche à suivre… Je sais déjà que ça ne sera pas si simple… Quand je vois la tête des bâtiments, les nombreux baraquements, les gens qui passent de l’un à l’autre avec des papiers de couleur différentes, les gardes, la police, les gens qui sont là sans qu’on sache pourquoi… J’ai un mauvais pressentiment, le sentiment de déjà vu des jours qui ne sont pas simples…

Je montre donc ma procuration et mon document de Fret… ok, ca passe, on me donne en échange tout un paquet de papiers roses et bleus qu’il faut ailler montrer au baraquement suivant… le service des douanes !!! 

Etape 4, nouveau bâtiment, je trouve le guichet adéquat (pas si simple). Je dois me courber très bas pour « voir » et m’adresser à l’homme à l’intérieur,  par un minuscule trou découpé dans la vitre en plastique, (car le reste est peint en blanc à la chaux)… Et là… je rencontre mon premier mur : un homme à l’air peu accueillant, dont la tête dépasse à peine des montagnes de papiers et des piles de dossiers en équilibre instable (je sais ca fait vraiment cliché, mais c’est vrai)… Il regarde mes papiers, et me déclare solennellement que pour récupérer ces guides, il faut que ma société soit inscrite au registre du commerce… « Mais m’sieur, je travaille pour une société étrangère, je ne peux pas être inscrite au registre du commerce algérien » !!! « Oui mais pour faire du commerce en Algérie, il faut être implanté en Algérie !! bon, allez vois l’Inspecteur Principal » (je résume ½ heure de négociations en français-arabe avec traduction simultanée de El Hadi)…

Etape 5. Après une demi heure d’attente  devant la porte de l’inspecteur, et en écoutant les « cas » qui passent avant nous, je comprends que j’ai à faire à un niveau d’intelligence plus élevé (analyse et nuances dans sa façon de trancher les affaires… de manière définitive), mais un homme très occupé et très accaparé … je vais avoir très peu de temps pour expliquer mon problème et convaincre… Du coup, je m’embrouille un peu, je veux tout dire en même temps, et surtout, j’ai peu de dire une connerie qui me soit fatale (faut-il tout expliquer ? que faut-il dire ? je suis un peu parano, car j’ai un Visa de touriste, je ne suis pas sensée travailler ou avoir une carte de presse !!)… 

L’inspecteur me désigne mon étape 6 : écrire une lettre manuscrite qui explique mieux ce que je fais ici, le but des guides etc… Assise sur un bloc de ciment, sous le soleil, en mordillant un stylo qui fuit, je cherche l’inspiration, la formulation des meilleurs phrases, les plus efficaces…  Après une nouvelle attente d’une demi heure, l’Inspecteur Principal survole ma lettre et nous envoie vérifier que la marchandise est bien là à l’entrepôt), mais avant, il faut repasser voir notre pote enterré sous ses dossiers (étape 7), qui nous envoie à un autre guichet pour obtenir l’emplacement du colis (étape 8)… Ouf, grande avancée, on apprend que les guides sont en H46… 

Etape 9. Trouver l’entrepôt. Nous passons par un énième contrôle de nos laissez-passer et de nos sacs, et nous découvrons la caverne d’ali baba… un immense entrepôt, avec des centaines de caisses qui s’empilent… Je m’émerveille devant les ressources infinies de l’être humain et tout ce qu’il peut avoir l’idée d’exporter ou d’importer… Outre les télés,  les imprimantes, les chaînes hifi, les cartons de tequila, assez courants, je découvre un empilement de 300 boites de conserve  (taille cantine) de céleri rapé Bonduelle, un lot de 2000 multiprises, un volumineux paquet de couettes Mickey Mouse, une mobylette bleue, un lot de 200 friteuses, un amassement de robinetterie et pleins d’autres bizarreries…

Etape 10 : Un douanier sympa à qui il manque presque toutes les dents (mais aucun rapport), localise notre « colis »… 20 caisses de 50 guides… évidemment, il faut tout ouvrir et vérifier… Ca prend des plombes avant d’obtenir le tampon « marchandise contrôlée » qui fait bien plaisir… On a vraiment l’impression d’avancer…

Etape 11, on retourne voir l’Inspecteur Principal pour qu’il nous valide l’autorisation de sortie de la marchandise… Là, on a vraiment l’impression de tenir le bon bout on se voit déjà à l’étape suivante (trouver quelqu’un  de Dar el Beida qui nous loue un vieux pick up (Une « 404 bâchée » comme on dit ici) pour transporter les caisses et embaucher 2 gamins pour nous aider…)

Malheureusement, on est magistralement bloqués dans notre élan, comme un coup de poing dans le ventre, et on se repend bien d’avoir été si optimistes :

 « Mais au fait, combien de livres avez vous dit ?? 1000, aah, mais il faut une autorisation du ministère de la culture !!! »

Je passe par plusieurs stratégies de négociation : indignement et incrédulité, puis couplet lyrique sur l’importance du guide pour l’Algérie, puis une argumentation légaliste en montrant les autorisations du gouvernement, et enfin, en désespoir de cause, tentative de lui faire pitié (je suis une pauvre petite française qui ne sais pas trop comment ca marche… ). Il nous concède qu’il est d’accord pour se passer de la lettre du ministère SI et seulement si, on obtient l’accord de la « PAF », la police judiciaire…

Etape 12 : trouver les bureaux du commissaire et franchir tous les obstacles (nombreux contrôles où il faut expliquer à chaque garde ce qu’on veut…) arrivée devant la porte magique, il est midi et tout le monde est en pause déjeuner… 2 heures plus tard et une chawarma douteuse dans le ventre, on se repointe au lieu de toutes nos espérances, mais ils sont en réunion… A 3 heures, nous rencontrons un commissaire à grosse moustache, et le couperet tombe… Il faut une lettre du ministère de la culture… Nous achevons la journée sur cette étape 13 déprimante…

 

2e jour : Ministère de la culture (etape 14)

 

Couloirs interminables… les murs d’un gris indéfinissable… Je crois qu’on s’est trompé et qu’on est dans un hôpital de l’Allemagne de l’est… Les pas claquent et résonnent lugubrement sur le faux marbre grisâtre…  Les portes numérotées ont un air de prison :  341 « Directeur des arts et lettres »,  342 «Responsable des associations » … Pas une affiche, pas un tableau, pas une couleur pour animer le visiteur qui s’est égaré dans le temple déprimant  de la culture algérienne…

La visite se passe très bien, et nous allons obtenir notre lettre d’autorisation dans la journée !!! Mais l’épreuve, aujourd’hui, consiste à rester en vie dans la salle d’attente qui pousse au suicide : Une lumière criarde type salle d’interrogatoire du KGB, un fauteuil marron caca des années 60 qui fait honte au sens esthétique de toute civilisation; on ne sait même pas si on pourra en réchapper tant il s’enfonce quand on s’assoit… des milliers de visiteurs avant nous sont peut-être coincés dans le gouffre béant du canapé de la culture…  Mais, comme toute « salle d’attente » digne de ce nom, la salle d’attente du Ministère de la Culture se doit de tromper l’ennui de ses visiteurs, et on nous propose enfin quelques affiches ringardes et délavées,  et prospectus sur les manifestations culturelles du pays…  « Les douzes noubas du Festival de musique hispano-maghrébine » me traumatisent la vue, alors je repose mes yeux sur l’affiche d’un chanteur traditionnel de tar aux lunettes cul-de-bouteille 1977 (avec la coupe de cheveux assortie) prochainement en concert à la salle des fêtes de Blida. Le prospectus de « La compagnie algérienne de documentation » me plonge dans une torpeur critique, et l’affiche du film « Maa aadnache wa ma khosnache » (« On n’en a pas, mais ça ne nous manque pas ») avec Boudis Foudala et Leila Salem m’achève littéralement… Deux heures plus tard, une femme au Hidjab de la même couleur que les murs vient nous sauver d’une mort certaine en nous donnant LA lettre… Nous quittons ce lieu de douleur, sans oublier de laisser une copie du journal « Liberté »…

 

3e jour :enfiiiiiin!!

 

La lettre du ministère de la culture en poche, nous retournons, confiants, à l’aéroport pour achever les formalités…

Etape 15 : retourner voir la police judiciaire pour obtenir le fameux « cachet de la PAF » (contrôles d’entrées, explications, commissaire à moustache, écriture pattes-de-mouche dans le registre, tampon, c’est bouclé.)

16e étape : nous rendons une petite visite à notre cher Inspecteur Principal, qui contrôle le tout et nous colle lui aussi son tampon d’accord… Nous devons maintenant payer une taxe forfaitaire, bien que les guides n’aient pas de valeur commerciale… Il nous renvoie au bureau du fonctionnaire qui croule sous les dossiers bleus…

Avec tout ça, il est déjà 11h30, et le monsieur est parti en pause déjeuner… pour être sûr de ne pas perdre notre place, nous gardons notre place dans la queue au milieu des « transitaires » (qui effectuent toutes ces démarches pour le compte de tiers) qui connaissent toutes les formalités, les trucs et astuces, le nom de la femme et du petit dernier de chaque douanier…

Etape 17 : 13h00. L’homme au dossier bleu revient de sa pause déjeuner. Pendant son absence, nous avons eu le temps d’étudier le magnifique tableau des taxes forfaitaires pour avoir une idée de ce qui nous attend… Nous apprenons que la taxe forfaitaire d’une machine à coudre « 3 fils » est de 50% de sa valeur, alors que celle d’une machine à coudre « multifils » est de 75%… Le tableau différencie les magnétoscopes « 2 têtes », « 4 têtes », les machines à laver 3kg, 5kg, donne des indications sur le type de friteuses, robinets, bobines magnétiques, mobylettes (taxées à 150% de leur valeur !!!), mais d’indication sur les livres, point.

Bon, il s’avère qu’un livre à connotation « publicitaire » est taxé à 75%, mais après négociation et explications animées, on s’en tire pour 50%, soit, 100€…

Etape 18 : l’homme aux dossiers bleus tamponne notre dossier, indique le montant de la taxe et nous envoie payer à la caisse (un autre guichet, une autre queue…)

Etape 19 : Le caissier encaisse, et nous envoie chercher un « bon à enlever »

Etape 20 : l’homme des bons à enlever nous valide notre dossier et nous envoie régler les frais de magasinage chez Air Algérie…

Etape 21 : Dossier examiné, validé, tamponné, on nous redonne un bon qui doit nous servir à payer à la caisse (une autre guichet)

Etape 22 : Le caissier encaisse

J’enraaaaage !!! je ne suis pas pour une rationalisation à outrance des processus, mais quand même, un peu de réorganisation permettrait de supprimer de nombreuses étapes !!!

A ce niveau là, j’ai tellement fait la queue, qu’avec le contexte, et les nombreux mots de français dans la langue, je comprends quasiment toutes les conversations en arabe autour de moi!!!

Etape 23 : enfin, nous partons vers l’entrepôt pour récupérer les guides… comme il est déjà 14h00 et que ça ferme à 14h30, pas le temps d’aller à Dar el Beida louer une 404 bâchée, on prendra un des transporteurs plus chers déjà sur place…

Etape 24 : Faire la queue pour valider notre bon à enlever

Etape 25 : Amadouer le douanier qui se charge de hiérarchiser les colis prioritaires…

Etape 26 : Réserver un transporteurs, qui de toute façon essaiera de nous fausser compagnie s’il trouve un client qui a récupéré son colis avant nous…

Etape 27 : attendre, attendre, attendre encore, debout, dans le bruit des déchargements, éviter les portes-palette qui palettent, repalettent et dépalettent allègrement,  et prier pour que le colis soit sorti avant 3h30 pour qu’on n’aie pas à revenir samedi…

Etape 27 : faire un petit malaise d’hypoglycémie parce qu’on a pas mangé de la journée, et espérer que le douanier sera attendri…

Etape 28 : ouf, c’est à nous !!! il est 3h32 et notre palette est la dernière de la journée… Le malaise n’aura peut être pas été en vain !!!

J’assiste d’un œil complètement détaché et cotonneux (car à ce niveau là, ce qui me fait tenir debout sont les 2 fameuses calories des tic tacs que j’engloutis avidement) au chargement de nos milles guides qui enfin sont sortis des antres de la douane… Bien sûr, en attendant, le transporteur a pris un autre client, donc on devra faire un détour par Bab-el-Oued pour déposer son chargement, mais plus rien ne me dérange… je flotte, je n’entends même plus ce qui se passe autour, et je me laisse porter (métaphoriquement parlant) jusqu’à ce qu’on veuille bien m’acheter deux gros éclairs au chocolat…

 

 

(Comme on me l'a fait remarquer, je sais que ce genre de lenteurs administratives existent aussi en France!!!! D'ailleurs, c'est l'Algerie qui a heritee de notre systeme...  J'adorerais lire une chronique du la façon de prolonger sa carte de séjour en France, ca doit etre aussi du Kafka!!)

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11/07/2004

Kabylie: Sur la route de Tizi Ouzou

 

 

5 juillet, jour ferié, fête de l’indépendance… El hadi, mon chauffeur m’a invité à passer la journée au Bled, en Kabyile, à 200km d’Alger !!

Le trajet est éprouvant !!! la circulation terrible, et la conduite algérienne ferait pâlir un marseillais… A coup de klaxon, un peu comme au Caire, mais en beaucoup plus rapide, dans des routes avec des cotes et des virages… Du coup, je n’ai pas eu trop le temps d’apprécier le paysage, les collines et les oliviers qui s’étendent à perte de vue tant j’étais occupée à sursauter et à me crisper sur mon siège… 

 

En route vers la Kabylie, au son des chansons engagées de Lunes Matoub, le porte parole et martyr Kabyle assassiné en 96 pour ses idées trop contestataires…  Il chante l’Algérie, où « le mot liberté signifie la liberté des uns à disposer des autres », et dénonce « ces gueux qui nous gouvernent » … La Kabylie a un statut tres particulier en Algerie … Les Kabyles (berbères) luttent pour la reconnaissance officielle de leur langue et leur culture… Et pour protester contre ce manque de reconnaissance, ils rejettent la langue arabe…  Ils parlent kabyle ou français, à la rigueur, mais ne répondent pas si on s’adresse à eux en arabe !! En 2000-2001, 125 jeunes Kabyles ont ete tués par des gendarmes lors de manifestations… Depuis, la Kabylie est un pays de non droit où les officiels du gouvernement ne se risquent  pas à mettre les pieds, et où les gendarmeries sont regulierement brûlées…

Pour moi, « Tizi Ouzou » ça sonnait un peu comme «la bande de Gaza »… Un nom tristement célèbre pour ses évènements violents, ses morts… Je n'en savais pas grand chose, juste que c’etait dangereux et que je n’irai jamais…

Nous faisons donc un arrêt à Tizi Ouzou, pour me démontrer qu’il n’y a rien a craindre !! le seul conseil est toujours le fameux « enlève ta ceinture, ça fait étranger » !!  Comme me le fait remarquer  El Hadi, ici, aucune femme n’est voilée, les islamistes  ne sont pas les bienvenus, les filles portent des jupes et peuvent aller au café sans qu’on les dévisage… les femmes portent le costume traditionnel berbère très colorés, un étonnant  mélange entre un costume foklorique  hongrois (enfin ce que j’en imagine!!) et un boubou africain !! difficile à imaginer comme mélange !!

Bon, l’arret à Tizi Ouzou, c’est aussi pour affaires... trouver un distributeur local pour des valises importées de Dubai … Dans la rue des grossistes, on trouve un distributeur séduit par nos valises révolutionnaires (en fibres carbone !!) et qui demande l’exclusivité sur Tizi Ouzou. Il achète le lot de 6 valises qu’on se trimbalait dans la voiture, et promet d’acheter le reste de la marchandise (un lot de 100) qui attend encore à Alger…  Les valises, c’est une bonne affaire en cette saison de mariages puisque un lot de valises de toutes tailles, c’est un cadeau obligatoire qu’on offre aux jeunes mariés.

 

On quitte la capitale de la Kabylie pour aller au village de El hadi, à 53 km de là, près d’Azefoun… on quitte l’autoroute, et on suit une route qui grimpe dans les montagnes… un paysage de Provence, écrasé de soleil,  une garrigue à la Pagnol, avec des pins et des oliviers… Un petit detour par Azazga, une petite bourgade animee pas loin de Tizi avant d'arriver au bled de El hadi…

La sœur de El hadi m’accueille. Elle prépare à manger pour les ouvriers qui travaillent à la construction de la maison à coté ; la « cuisine d’été » brille par sont dénuement :  une pièce nue, en ciment, où sont étalés  50kg de pommes de terre sur le sol, un réchaud à gaz et une table basse…  Je l’aide à éplucher les œufs, et je vais apporter à manger au vieux jardinier qui mange dehors … La grande bâtisse familiale est entourée de hauts murs de parpaings, mais la petite porte dans le mur  donne sur une vallée magnifique et un jardin d’eden... Laila me fait visiter le jardin, les plantations de tomates, de poivrons, de pastèques, me montre les citronniers et les pommiers qui donneront des petites pommes acides et sucrées, le champ de menthe… elle me rafraîchit avec de l’eau du puit… Je donne une image qui doit sembler complètement pittoresque et idyllique de cette maison kabyle (l’eau tirée au puis, le jardin bio, la cuisine simple et bonne à même le sol),mais attention, il ne faut pas y voir de l'archaïsme!! La parabole et l'eau courante sont bien là!!! 

 

En route pour la plage ! on passe prendre la petite cousine de El hadi, 11 ans, un petit air de princesse mauresque avec ses cheveux noirs et bouclés, un air timide mais un regard malicieux…  Je lui parle français et elle comprend déjà parfaitement cette langue qu’elle commence juste à apprendre à l’école (sa matière préférée)… En échange, elle me souffle quelques mots en kabyle… On descend la vallée vers la mer d’un bleu profond, le bleu inimitable de la méditerranée… La cote est à couper le souffle… Il faut imaginer la cote d’azur comme elle devait être il y a 100 ans !!! une eau bleu et translucide, des calanques, des plages de sable fin qui alternent avec des plages de roche, des reflets turquoises… et rien d’autre… pas une construction, pas un hôtel, pas un baigneur !!!   des kilomètres de plages magnifiques et inexploitées !!! aux yeux d’un européen habitué aux plages surbondées, c’est magnifique… au yeux d’un algérien qui souffre du manque de développement de son pays et de la spoliation des devises pétrolières par le gouvernement, c’est bien dommage…

 

 

Nous allons manger du poisson grillé fraîchement pêché dans un petit restaurant (une cabane avec 3 tables et un barbecue)… Les poissons sont gardés dans une caisse en bois recouverte d’une grosse toile, en pleine chaleur, et les mouches s’en donnent à cœur joie, mais le petit garçon qui chasse les poissons au masque et tuba en ramène régulièrement, et les poissons n’ont pas le temps de se gâter… un délice simple, dans un lieu simplement magnifique…

Le moment de la baignade arrive. Une belle plage de galets, où viennent se baigner les familles de la région (puisqu’il n’y a aucun tourisme !) les enfants jouent dans l’eau et plongent depuis les rochers… Mais pas une femme à l’eau… Ah si, j’aperçois bien quelques rares femmes, qui se baignent en short et en T shirt… J’avais bien pensé  que ça pouvait être un problème, mais comme j’avais vu plein de femmes en maillot deux-pièces sur les plages d’Alger et qu’on m’avait dit que peu de femmes étaient voilées en kabylie, je pensais que je pourrais me baigner en maillot 2 pièces. Je n’avais pas pensé que la pudeur n’est pas forcément une question de religion. Les plages sont familiales, et la kabylie, ce n’est pas Alger, et une femme ne se montrera pas devant son père ou son frère dans un maillot de bain qui devoile trop son corps…  Je suis vraiment trop bete de ne pas y avoir pense... Evidement, comme je n’ai pas envie d’attirer l’attention sur moi ou de choquer quelqu'un , je me baigne aussi en T shirt dans l’eau pure de cette belle cote…

 

 

Le retour est encore plus éprouvant que l’aller. J’arrive à Alger courbaturée de stress et de crispations : la même conduite folle, sur des routes sinueuses, les dépassements de dernière minute, à l’arrache, le tout de nuit, avec des camions sans phares, et aucune lumière pour éclairer la route… le seul élément qui permette de distinguer le bord de route c’est la peinture planche sur les platanes (la chaux pour protéger des fourmis, système qui n’a pas changé depuis les français)…

Les réjouissances officielles du 5 juillet  se sont passées dans le désintérêt général de la population… les algériens rentrent du bled pour retourner travailler le lendemain…

 

 

09:40 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (3)

04/07/2004

A travers leurs yeux

Comme je ne connais pas encore grand monde ici, je bois les paroles des personnes que je rencontre, et je découvre l’Algérie à travers leurs yeux… 

 

 

Kassem se définit comme «républicain  démocrate laïque »… Des mots qui ont perdu de leur force en France prennent un sens carrément radical ici… Il est évidemment très  sévère avec Bouteklika… Il plaisante sur les 85% de Bouteflika aux dernières élections, mais on le sent amer et désabusé.

Bouteflika brillamment réélu à 85%, Bouteflika le démocrate autoproclamé qui autorise la liberté de la presse (mais qui met les journalistes en prison)…

J’ai récupéré LE livre interdit « Bouteflika, l’imposture algérienne », une critique acerbe de l’homme et du régime… Le livre est sorti « librement », car l’Algérie est une démocratie, c’est bien connu, mais gare au libraire qui le propose à la vente… quant à l’auteur, il est en prison pour deux ans… Mais les journalistes résistent, et je découvre avec plaisir et étonnement la presse libre, (« La liberté », « Le Soir ») qui n’épargne vraiment pas le gouvernement (quel plaisir après 2 mois du « Progrès Egyptien » qui présentait Moubarak comme sauveur de l’humanité, en première page tous les matins !!) …

Quant à la télévision…  : une chaîne d’état, unique, « dont la platitude des programmes n’a d’égal que son infini entêtement à rester fidèle à sa mission : une boite de propagande, la télé du pouvoir, et au service du pouvoir » (Hassan Moali, dans « Liberté »)… Du coup, les algériens regardent ailleurs !! (14 millions d'habitants préfèrent les chaînes françaises d'après un article dans le journal)… Car Alger, c’est aussi, la ville des paraboles, et les façades blanches sont couvertes de milliers de ces discoboles magiques !!. Contrairement à l’Égypte, ou même les autres pays du Maghreb (paraît-il), où les paraboles  sont plutôt tournées vers le moyen orient, les algériens sont tournés vers la France et l’Europe…(j’ai d’ailleurs un peu honte de découvrir que la France en sache si peu sur l’Algérie, alors que les algériens regardent tous les jours la France, y compris ses émissions les plus débiles !!)  Ils ne sont donc pas dupes des 85% de Bouteflika… Le gouvernement méprise vraiment son peuple s’il pense qu’il va lui faire croire ça !!… Enfin, je ne me rappelle pas vraiment que la télé Française aie brillé par son analyse de la situation et aie franchement insisté le trucage éhonté…

 

 

 

 

 

Ce week end (jeudi – vendredi), j’ai enfin pu me balader à pied dans la ville… j’avais demandé s’il y avait un souk à Alger, mais on m’a répondu assez froidement qu’il n’y avait pas de « souk », mais des « marchés»… encore une fois, il faut vraiment que j’arrête de chercher le moindre point commun avec l’Egypte… Je comprends en quoi la comparaison peut-être vexante si on prend le mot «souk » dans un sens péjoratif (ce qui n’est pas mon cas !!), car c’est vrai qu’ici, il s’agit de « marchés », comme on l’entend en Europe…  propres, organisés, vivants et paisibles à la fois, prix négociables, mais pas de 50%, sans démesure ou foule oppressante, sans harcèlement… J’apprécie de pouvoir marcher tranquillement sans être dévisagée ou vue comme « l’étrangère » comme en Égypte, car  physiquement, je peux passer pour une algérienne «peu typée » (d’après ce qu’on m’a dit), et c’est reposant !…

 

Un peu difficile de se déplacer sans voiture, et les taxis harcelants du Caire me manquent, mais maintenant que je connais un peu mieux la ville,  je vais pouvoir tenter le « taxi collectif » pour remédier à ce problème…

Arrivée seule en Algérie, je suis aussi dépendante du peu de gens que je connais pour sortir le soir, mais du coup, je découvre mieux et plus vite les secrets de la ville..  

 

 

  Le soir, nous allons manger du poisson au port de la Madrague, des brochettes à Sidi Fredj, Staoueli ou Moretti en regardant le soleil se coucher sur la baie d’Alger… Ou nous savourons une glace fait maison (une chantilly incroyable !!) au «Delices du jour» (veritable "palais des glaces" avec les murs couverts de miroirs... on n'échappe pas au jeu de mot… ) à Alger centre, rue Didouch Mourad…  

 

Hier, Ballade (en voiture) dans les rues animées de Bab-el-Oued, quartier « populaire » où sont encore terriblement visibles les traces du tremblement de terre et de la dévastatrice et mortelle inondation (des tonnes d’eau ont dévalé les rues très pentues, entraînant voitures, maisons, et habitants vers la mer…), et de la Casbah, ancien « ghetto » arabe du temps des français. Les arcades blanches très parisiennes, vestige de l’époque française camouflent les entrées des extraordinaires ruelles, étroites, tortueuses et sombres qui relient la « basse casbah » à la « haute casbah » par des escaliers interminables …  Bien sûr, je préférerais marcher plutôt que découvrir le quartier à travers la vitre, mais la nuit est un moment réservé aux hommes, et Kassem ne veut bien sur pas prendre le risque d’y balader une étrangère…

21:45 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (2)

01/07/2004

« Pijot » ou « Mercos », l’important c’est de rêver…

 

Depuis que je fais ce boulot, je n’ai jamais autant appris sur les voitures… El Hadi, mon chauffeur (je n’aime pas dire « chauffeur », car on m’imagine dans une grosse berline noire aux vitres teintées à l’arrière, alors que je papotte à l’avant d’une Daewoo), bref, mon chauffeur-guide avec qui je vais aux rendez vous,  est un fou de bagnole… Comme il parle parfaitement français, et qu’on est vraiment devenus amis, on parle maintenant de plein d’autres choses, mais c’est vrai qu’au début,  c’était un peu notre seul sujet de conversation. Il me montre les voitures qu’il préfère, me vante les qualités et les défaut de certains modèles…  C’est marrant, car avec Said, notre chauffeur en Egypte, la voiture, c’était aussi mon grand sujet de conversation, puisqu’on ne pouvait pas aller bien plus loin,  avec son anglais limité et mon arabe de 4 mots… on parlait de ses anciennes voitures, de sa voiture actuelle, de la voiture de ses rêves (une Peugeot 504 !!), des grosses berlines (BMW, Mercedes…) qu’il me montrait, tout émoustillé, car on en voyait très rarement au Caire, des voitures en France, bref,  DES VOITURES !!!

Je faisais remarquer à El Hadi, mon étonnement sur les voitures en Algérie… Je m’attendais un peu à retrouver des vieilles « pijot » pourries comme en Egypte, or, je découvre un parc de voiture aussi moderne qu’en Europe (avec la conduite marseillaise)… toutes les marques, les derniers modèles etc… Les algériens ramènent des voitures de moins de trois ans de France, car les Renault ou les Peugeot qui sont disponibles en Algérie sont fabriquées en Turquie, donc pas avec la même qualité (paraît-il !)… C’est pourquoi une voiture sur deux en Algérie porte une plaque 92, 75, 94 etc… 

Le fantasme de El Hadi : une BMW 530 / Le fantasme de Said en Egypte: une Peugeot 504 break !! Encore une fois, je réalise l’énorme gap entre l’Egypte et l’Algérie, et il faut vraiment que j’arrete de comparer…

 

Depuis deux jours, la Daewoo donnait des signes de faiblesse… apparemment, d’après ce que j’ai compris,  l’alternateur était en panne, donc on roulait sur la batterie qui ne se rechargeait pas… pour l’économiser, on a du se passer de la clim… moi, petite française écolo donneuse de leçon, je suis en général contre la clim pour ses effets néfastes sur l’environnement, et je maudis généralement l’air conditionné qui me file mal à la gorge… aujourd’hui, dans les embouteillages d’Alger, par 37° à l’ombre, j’aurais tout donné pour respirer de grandes goulées de l’air glacial et déseché d’une bonne vieille clim !!! (comme dit El Hadi « si l’inventeur de la clim n’a pas sa place au paradis, je lui laisse la mienne » !!!)

Je devais aller aux rendez-vous dans les entreprises toute rouge et dégoulinante de sueur (vive les serviettes rafraîchissantes au citron de l’hotel), et la tignasse emmêlée d’avoir roulé sur l’autoroute fenêtres grandes ouvertes 

Evidement, malgré nos précautions, nous avons fini par tomber en panne… Quand on a commencé à sentir que la voiture faiblissait, on a décidé de filer tout droit au garage… Mais Alger est une ville de cotes à 20%, alors El Hadi a choisi un raccourci en descente… La voiture nous a lâché à mis chemin, mais tant que la route était légèrement en pente, on pouvait avancer. Le moment redouté du plat est arrivé dans une rue en pleine effervescence : le quartier populaire, en pleine brocante et trafics en tout genre…   Comme la solidarité est toujours grande dans les pays où « Europ Assistance » ne veut rien dire, les dépanneuses sont rares et les voitures tombent souvent en panne, tout le monde a commencé à nous pousser… El Hadi a dû sortir pousser aussi quand la cote s’est faite plus rude (le tout, évidemment sous un soleil de plomb !!), mais moi, avec mon petit tailleur petits talons, j’ai préféré me charger de la direction… éviter d’écraser les téléphones portables, DVD, cassettes, disposées par terre pour la vente… 

Je vous épargne les détail du rechargement express de la batterie dans un garage du coin, la deuxième panne après 500 mètres, et le remorquage de la voiture avec une corde jusqu’au garage officiel de El Hadi !!!

Des petites aventures comme je les aime...

 

15:10 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (1)

29/06/2004

ALGERIE !!!!!!!!!!!!!!

Je suis à l’aéroport, à Madrid, et je marche pour rejoindre la porte d’embarquement de mon avion pour Alger. J’arrive porte A17, et je souris intérieurement : l’embarquement pour Alger se fait juste à coté de l’embarquement pour Moscou… 2 files trèèèèès différentes entre les blondes Russes en minijupes clinquantes et boucles d’oreille kitch qui reviennent de leurs vacances à Palma de Majorca  et les familles d’Algériens qui rentrent au bled… évidemment, je caricature, mais j’adore ce genre d’images… Ca augure encore un voyage pleins de contrastes comme je les aime… 

La montée dans l’avion est désorganisée et chaotique à souhait, puisqu’on nous demande de ne pas tenir compte des numéros de place de nos cartes d’embarquement et de nous concentrer à l’avant de l’appareil pour une raison mystérieuse que j’explique par une répartition des poids dans l’appareil (transporte-t-on un éléphant dans la soute qui nécessite qu’on se mette à l’avant pour contrebalancer le poids ?? non finalement puisqu’au final, l’avion est plein…) Evidement, du coup, tout le monde doit négocier et changer de place 3 fois pour satisfaire ceux qui veulent une place près de la fenêtre, ou ceux qui veulent absolument une place dans l’allée… Avec ca, s’ajoute le transport périeux d’un cheikh en fauteuil roulant qu’il faut porter au bras au milieu de tout ce chaos…

 

Ma première impression de l’Algérie est évidemment fortement basée sur une comparaison avec l’Egypte, le seul pays arabe que je connais (avec le Maroc un peu) … Or, il s’avère que comparer l’Algérie et l’Egypte, c’est comme comparer l’Ecosse avec l’Espagne en y cherchant les points communs européens… C’est à dire, pas grand chose à voir !!!

Je suis aussi très émue et curieuse d’être en Algérie puisque c’est le pays où est née ma môman !!… J’arrive dans un pays qui m’est à la fois familier et totalement inconnu…

La chaleur étouffante, me paraît tout de suite  plus supportable qu’au Caire !!! « seulement » 3 millions d’habitants, l’air de la mer qui souffle sur Alger ses collines, un trafic plus raisonnable et des voitures un peu plus,  aux normes… On respire !!!

Alger la Blanche me paraît très méditerranéenne… Nous arrivons sur les hauteurs de la ville, la route serpente entre les pins, on descend progressivement dans la ville qui embrasse la baie d’Alger et s’ouvre sur la mer d’un bleu profond…   Je pense évidemment à Marseille !!

Alger la Blanche blogg.JPG

Les visages sont très différents de ceux des égyptiens, l’arabe parlé n’a rien a voir (enfin je ne m’en rends pas trop compte à l’oreille !), les femmes sont beaucoup moins souvent voilées, et semblent plus féminines, moins effacées, alors j’arrête vite ma comparaison fumeuse avec l’Egypte et je prends un regard neuf…

 

Je ne vais pas rester longtemps en Algérie, seulement deux ou trois semaines ; je suis seule pour le boulot cette fois, et je n’ai pas vraiment de contacts ici, pourtant, dès le premier soir, je suis accueillie par l’hospitalité algérienne. Un ami de Madrid qui a passé 9 mois en Algérie a prévenu son meilleur ami algérien de mon arrivée, et je suis surprise d’avoir un coup de fil de Malik qui m’invite à venir manger du poisson grillé avec sa femme…

Poisson grillé dans le petit port de la Madrag à 20 km d’Alger… Comme il me fait remarquer, il y a seulement quelques rares restaurants et hôtels  pour des centaines de kilomètre de cote… Vierge vierge vierge… Avec une si belle cote, le potentiel touristique est énorme et j’imagine que la cote serait déjà ravagée et enlaidie d’hotels, et de complexes en béton si le pays avait été plus ouvert… c’est à la fois un bien de voire cette belle cote vierge et préservée, et un mal, pour les Algériens qui ont souffert de ces 40 ans de fermeture politique et des récents ravages du terrorisme…

Le propriétaire du petit resto de poisson vient nous parler, dans un français parfait avec cet accent algérien que j’adooore… Toujours un verre à la main, Said est un vieux bonhomme qui « ne paye pas de mine », pourtant, comme je l’apprends par Malik, il est millionnaire et possèdes 3 villas de 4 étages dans le coin… J’écoute ce  vieil homme qui commence à nous raconter sa vie, et son analyse de l’Algérie… Il a connu  la période française, l’indépendance, la transition vers un nouveau gouvernement, le socialisme old school à la Boumédiene… Il nous raconte comment il a fallu « boucher les trous » dans les administrations et les hauts postes, après le départ des français,  et comment, faute d’avoir des universitaires et des employés très éduqués (puisque seuls les français pouvaient faire des études avant 62), on a pu trouver des directeurs d’école qui n’avaient jamais été à l’école, ou des maçons ministres de la construction… Très drôle dans sa critique de Bouteflika et de ses promesses jamais tenues, et très étonnant dans sa façon de déplorer le manque de développement touristique qui lui a pourtant permis de devenir millionnaire grâce à l’absence de concurrence (« j’ai vraiment plus besoin di travailler, ji peux entretenir ma bourgeoise et tous ses caprices » !!!  C’était vraiment très marrant de l’écouter faire une analyse de la situation de son pays avec sa voix pâteuse d’alcool… 

 

Je découvre sans encore bien saisir tous les paradoxes de ce pays, moderne et impatient, mais freiné par un gouvernement archaïque, une relation ambiguë et paradoxale avec l’islam (dixit Said « la religion, c’est la peur et l’ignorance, libre à chacun de croire, mais il faut séparer la religion et l’Etat »), et la relation complexe entre la France et l’Algérie…

01:01 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (3)