11/07/2009

Les envahisseurs du Golfe

 Pendant l’été, les (riches) cairotes vont passer les vacances sur la cote Nord dans les environs d’Alexandrie. Ils fuient la chaleur étouffante du Caire pour la fraicheur azurée de la méditerranée. Mais beaucoup fuient également les envahisseurs du golfe persique… En effet, alors que les Cairotes se plaignent de la chaleur du Caire, les "Khaliji" (habitants du golfe persique et la péninsule arabique) y voient au contraire un havre de fraicheur et viennent s’y réfugier pour fuir la chaleur de la péninsule arabique (où il fait 10 degrés de plus)!

Le Caire leur offre surtout l’avantage d’un « dépaysement maitrisé » : on y trouve des distractions  interdites en Arabie Saoudite dans un environnement culturel proche. IMGP9306 - Copie - Copie.JPG

Le Caire, à coté de Riyad ou Jeddah, c’est Las Vegas… Les saoudiens viennent s’encanailler en Egypte, pays relativement libéral, où les policiers de la « Protection des Vertus et Prévention des Vices » ne viennent pas les rappeler à l’ordre !  C’est la fête !

La légèreté estivale et libérale du Caire est une incitation au dévergondage : certaines familles (libérales) laissent leurs filles et leurs femmes troquer la Niqab (qui ne laisse voir que les yeux) pour le hidjab qui laisse visible leur beau visage souvent lourdement maquillé.  Mais, pour la plupart des femmes, la vie au Caire n’est pas très différente de celle qu’elles mènent à Ryad : une vie recluse, séparée des hommes, où la seule distraction est le shopping encadré au centre commercial.

 

Saïd, mon chauffeur,  travaille souvent avec les « Khalji », et notament les Saoudiens.

Avec moi, il conduit sa modeste Peugeot, mais avec les Saoudiens, il est au volant de voitures  de luxe : les plus riches transportent avec eux, par avion, leur Rolls Royce ou leur Lamborghini. Les familles plus « modestes » payent des chauffeurs pour conduire leur voiture à travers le désert depuis l’Arabie Saoudite jusqu’au Caire, pendant que la famille voyage en avion. Les plus « pauvres » doivent se contentent de louer des Mercedes au Caire ; mais ça fait tellement « cheap » de rouler en Classe C!

 

Saïd est très fier de me raconter qu’il travaille tous les ans avec un Saoudien richissime. L’année dernière, le Saoudien, Mahmoud, lui a payé un billet d’avion pour Riyad pour qu’il conduise son 4x4 Humer depuis l’Arabie Saoudite jusqu’au Caire pendant que la famille prendraient l’avion jusqu’en Egypte. « j’ai mis 4 jours à traverser le désert, mais ça valait le coup : j’ai gagné l’équivalent de 3 mois de salaire ».

 

Saïd a du décliner l’offre de Mahmoud cette année car il a un contrat de travail de 3 mois avec moi. Je me sens gênée car je sais que Saïd aurait pu gagner beaucoup plus d’argent avec le Saoudien;  Il me rassure en me disant que de toute façon, il n’aime pas travailler avec Mahmoud « c’est trop de problèmes avec lui », mais je vois bien qu’il est déçu de ne pas pouvoir gagner autant.

Un peu plus tard dans la journée, Saïd reçoit un colis DHL. C’est Mahmoud qui lui envoie le téléphone dernier cri qui vient juste de sortir à Dubai : un téléphone à 2 faces qui permet de gérer 2 cartes SIM en même temps… Ce téléphone de businessman n’est pas encore sorti au Caire et coute environ 1800 Euros. Evidement, Saïd n’en a aucune utilité ; c’est un téléphone beaucoup trop sophistiqué ; mais il va pouvoir le revendre à bon prix. C’est le pot de vin de Mahmoud pour inciter Saïd à lâcher son travail avec la française pour travailler avec lui. Je ne peux pas rivaliser avec un Saoudien ou égaler le salaire qu’il offre à Saïd et je décide donc de  le « libérer » pour qu’il puisse aller travailler avec Mahmoud (car je sais qu’il a trop d’honneur et d’amitié pour moi pour démissionner). 

Quelques heures plus tard, Mahmoud appelle Saïd pour savoir s’il a bien reçu le téléphone.  Saïd propose alors à Mahmoud de travailler pour lui la nuit, pour pouvoir continuer à travailler pour moi pendant la journée. Mahmoud fini par accepter, même si cela veut dire que Saïd ne pourra pas venir à Riyad pour conduire sa voiture jusqu’au Caire.

« Saïd, j’ai un problème : je ne sais pas si je dois venir au Caire avec ma Rolls Royce ou ma Humer – qu’est ce que tu me conseilles ? » Saïd lui répond que maintenant, il y a quelques égyptiens qui conduisent des Humer au Caire, donc si il veut se démarquer et attirer l’attention, il vaut mieux qu’il vienne avec  la Rolls. « Je lui ai dit ça parce que moi je préfère conduire la Rolls Royce ; pour la circulation du Caire, c’est plus pratique que la Humer » m’explique Saïd d'un air blasé. Pour moi, c’est une conservation surréaliste, mais pour Saïd, c’est devenu banal !!  Mahmoud demande aussi à Saïd de recruter 3 gardes du corps, « comme d’habitude ». Mahmoud est un banal homme d’affaire Saoudien qui  n’a absolument pas besoin de gardes du corps, mais « ca fait bien »…  Saïd est également chargé de louer les voitures pour les gardes du corps ; (quand Mahmoud se déplacera dans sa Rolls Royce, il sera donc encadré de deux 4x4, parce que « ca fait bien »).

 

Le matin, Saïd vient me chercher pour me conduire à mes rendez-vous ; il a les yeux creusés et la mine grise… il me raconte ses virées nocturnes avec Mahmoud et ses amis saoudiens dans les boites de nuit du Caire. « tous les jours, Mahmoud m’envoie à la banque pour casher des chèques de 5000 Euros pour les dépenser en cash le soir. Dans les boites, Mahmoud m’envoie distribuer des billets de 100 dollars aux filles qui dansent bien! J’ai les poches pleines de liasses de billets ! A la fin, je dois  proposer une grosse somme d’argent à la fille qui l’intéresse plus particulièrement»;

Saïd suit donc Mahmoud dans ses virées pour régler les dépenses courantes : payer les tournées, les pourboires, les filles… Mahmoud ne veut pas s’occuper de l’argent liquide directement ; ça fait trop vulgaire de distribuer des billets et c’est beaucoup mieux qu’on voit qu’il a quelqu’un de confiance qui s’en occupe pour lui. 

Je ne sais pas si Saïd en rajoute, ou invente ces détails croustillants car il voit que le sujet me fascine.

 

Ce matin, Saïd est particulièrement fatigué. Il n’a quasiment pas dormi car hier soir, Mahmoud a voulu aller à Alexandrie. Une fois là bas, Mahmoud a décidé qu’il n’aimait pas la musique de la boite, et a insisté pour que son chanteur préféré du Caire, Khaled, vienne à Alexandrie pour remplacer le médiocre chanteur du cabaret.  Il a donc appelé Khaled par téléphone vers minuit,  en lui disant qu’un chauffeur viendrait le chercher ¼ d’heure plus tard pour l’emmener à Alexandrie.  

 

Les Saoudiens traitent les égyptiens comme des esclaves car ils savent qu'ils sont prêts à faire n’importe quoi pour l’argent du golfe. C’est pour cela que les égyptiens détestent tant les Khaliji.

 

Pendant ce temps, dans les suites royales des hôtels de luxe du Caire, les femmes s’ennuient; le shopping ne les diverti pas car elles peuvent trouver toutes les marques de luxe à Dubai.  Alors elles s’occupent aussi.

Jose, un ami Espagnol me raconte qu’un jour, alors qu’il flânait dans le centre commercial d’un  Hôtel 5 étoiles du Caire, il avait croisé le regard d’une femme voilée dont le niqab ne dévoilait que les yeux soulignés de khol. Elle ne baissa pas les yeux et l’échange se poursuivi quelques longues secondes. Il me raconte avoir été envouté par ces yeux noirs profonds, ce regard mystérieux, érotique; cette femme pourtant entièrement voilée dégageait une sensualité à peine soutenable. Quelques minutes plus tard, la femme lui glissait sur un papier le numéro de sa chambre en lui disant discrètement que son mari n’était pas là pour plusieurs jours.  Bien que très tenté, José n’avait pas osé répondre à l’invitation; il avait entendu des histoires effrayantes de femmes du Golfe qui se faisaient prendre en flagrant délit en train de tromper leur mari ; le sort réservé aux amants n’est guère plus enviable que celui des femmes adultères…

 

Mais il y a aussi des Khalijis moins fortunés qui passent les vacances au Caire. Dans mon petit hôtel (correct mais pas luxueux), les clients sont presque tous des arabes du golfe qui fuient également l’écrasante chaleur de la péninsule arabique. Le matin dans la sale du petit déjeuner, je suis une des seules femmes à ne pas porte l’Abaya noire. Beaucoup portent la Niqab et doivent faire passer la nourriture sous leur voile pour manger. Les femmes sont toujours tournées vers le mur, pour être le plus à l’abri des regards possible (dans l’éventualité où on verrait leur bouche quand elles soulèvent légèrement leur voile pour manger).

Ces familles là n’ont pas la vie extravagante et débauchée de Mahmoud ou de certains Saoudiens fortunés (de la famille royale notamment). Ils choisissent le Caire ou Damas (pas Beyrouth trop occidental et dépravé) pour passer des vacances dans un pays un peu moins chaud et de culture arabe. Ils font des balades en famille sur le Nil, où les femmes doivent supporter l’épais voile noir par des chaleurs étouffantes, ils mangent dans les gargotes sans alcool sur les rives du fleuve, se promènent le soir dans les rues illuminées du Caire à regarder passer les Felucas. Ils viennent chercher au Caire un peu de dépaysement, un peu de fraicheur et un peu de liberté, mais pas trop quand même !  

 

Ce matin, je prends l’ascenseur avec deux femmes voilées (mais visage apparent) d’une trentaine d’années et un homme barbu qui doit avoir 50 ou 60 ans. Leur mari probablement. Dans cet espace réduit où nous nous touchons presque, où leur réalité devient palpable, où nous nous observons mutuellement, j’essaie d’imaginer la vie des ces jeunes femmes, les moments d’intimités qu'elles ont avec cet homme qui a du leur être imposé… de quoi parlent-ils? qui est la deuxième épouse? Sont-elles jalouse l’une de l’autre? Sont-elles au contraire complices contre cet homme? Ont-elles déjà été amoureuses ? Se posent-elles des questions sur moi ? ma vie ? m’envient-elles ma liberté ? 

11/06/2009

Yemen, Lat 14.98, Lon 44.18, 500 ans vers le passé.

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Nous arrivons à Sanaa de nuit ; notre hôtel est situé dans la vieille ville, dans un immeuble vieux de 300 ans, haut de 6 étages; Sana’a a en effet la particularité d’avoir été construite en hauteur, ce qui lui vaut le surnom de « Manhattan du désert »…

La montée des 5 étages pour aller à notre chambre est rude : nous trébuchons sur les hautes marches en pierre d’épaisseur inégale et arrivons à bout de souffle dans notre chambre rustique  mais charmante. 2 lits grinçants dans une petite pièce aux couleurs bariolées. Un pommeau de douche rouillé est accroché au plafond juste au dessus des WC, ce qui nous offre la possibilité intéressante de faire pipi en prenant une douche! Le chauffe eau (qui ne marche pas) menace de s’effondrer et le système électrique de fils emberlificotés semble être aussi vieux que l’immeuble;  Pour 9 Euros la nuit, on ne peut pas se plaindre !

 

Nous sommes les seules clientes de l’hôtel. Les nombreux kidnappings de touristes, la proximité du dangereux golf d’Aden, la menace de la branche Yéménite d’Al Qaeda dont le dernier attentat a tué 19 Coréens quelques semaines auparavant ont fait fuir les rares touristes... Les tours opérateurs ont cessé d’envoyer des groupes, les ambassades découragent les voyageurs. 

Le propriétaire, Ahmed, est donc ravi de nous accueillir!  Ahmed nous apparait tout d’abord comme un « Yemeni éclairé » ; il parle des problèmes du Yemen (terrorisme, économie) avec l’esprit d’analyse de l’homme éduqué qui a voyagé ; et pourtant, Ahmed n’est jamais sorti du Yemen, à part une fois, pour aller en Afghanistan ! Et oui, au fil de la conversation, il nous avoue qu’il est un ancien Jihadiste islamiste, et qu’il est allé rejoindre les camps d’entrainement des Moudjahidins en Afghanistan dans les années 80!! Mais depuis, nous rassure-t-il, « je suis revenu dans la voie de la raison ». Il critique le gouvernement, le parti islamiste, déplore l’influence croissante des barbus, il nous dit même écouter de la musique juive tous les soirs… Mais sa femme, très pieuse et pratiquante n’a pas supporté qu’il quitte les rangs de la branche radicale de l’islam ; elle n’a pas accepté sa liberté de penser, sa façon de vivre,  et ils sont donc divorcés!!… Nous ne savons pas trop quoi dire; nous ne croyons pas vraiment ce qu’il nous raconte ; son discours semble faux, comme s’il disait ce (qu’il croit) que des occidentales ont envie d’entendre.  Bref, cette première rencontre avec un Yemeni pro-sémite est intrigante,  et un peu inquiétante aussi…

 

Notre première nuit est difficile et nous dormons à peine : plusieurs chiens dans le terrain vague au pied de notre immeuble n’arrêtent pas d’aboyer de la nuit. (le lendemain, suite à notre « plainte », Ahmed fera abattre les 6 chiens!!) ; Puis à  4h du matin, c’est l’appel à la prière ; les dizaines de mosquées de la ville chantent à l’unisson. Les micros, réglés sur la puissance maximum, crachottent des « Alahu akbar » saturés à nos oreilles…

 

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Au petit matin, nous nous réveillons dans un conte de Hansel et Gretel ; des maisons en pain d’épice avec des fenêtres en sucre glace.  Les murs de pierre et de brique sont de couleur ocre et les fenêtres et bordures sont peintes en blanc.

Notre chambre se teinte de mille couleurs car les fenêtres sont en vitraux colorés (comme dans toutes les maisons).

 

Nous passons la journée à Sanaa… pas un building moderne ; nous avons l’impression d’avoir fait un saut dans l’espace et le temps… les immeubles et les gens ne devaient pas avoir l’air différent il y a 50, 100, 500 ans… Les hommes ont une étrange allure : ils portent la djellaba traditionnelle blanche ou une jupe (drap entouré autour de la taille) accompagné d’une veste classique, ce  qui leur donne un aspect formel et un peu ridicule. Mais le plus impressionnant c’est la dague au manche recourbé qu’ils portent tous à la ceinture ; même les enfants arborent fièrement leur petit poignard!!

Il faut dire que le Yemen est le pays des armes : on estime qu’il y a 60 millions d’armes (kalachnikov, grenades, anti-missiles etc…) pour 21 millions d’habitants !!

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Les Yemenis pourraient avoir des allures menaçantes avec cette impressionnante « Jembiya » prête à être dégainée, mais nous nous sentons en parfaite sécurité, même dans les rues grouillantes du souq où nous sommes les seules étrangères et les seules femmes. Nous nous sentons accueillies avec bienveillance, chaleur et respect. On nous dit bonjour, on nous souhaite la bienvenue, on nous aide à trouver notre chemin dans les dédalles de ruelles.

 

 

Comme les femmes sont entièrement voilées, la plupart des hommes n’ont jamais l’occasion de voir d’autres visages de femmes que ceux de leur femme, leur sœurs ou leur mère; Nous attirons donc beaucoup d’attention mais nous ne nous sentons pas oppressées par le regard pesant des hommes comme dans d’autres pays arabes ; On les sent même un peu intimidés; ils n’ont pas l’attitude bravache des égyptiens qui ont l’habitude des touristes et osent draguer les étrangères !

 

Nous nous perdons dans le dédalle de ruelles de la vieille ville, les rues colorées et grouillantes du souq… nous mangeons du poisson grillé sur la place principale, nous achetons du miel et des dates…

 

 

Le ghat

 

Au Yemen, comme en Ethiopie et d’autres pays d’Afrique de l’Est, le gat est une institution. Le bonheur quotidien des habitants et la ruine du pays.

Le gat, c’est l’équivalent de la feuille de coca en Amérique du Sud. La feuille qui se mâche, donne de l’énergie et relaxe en même temps, atténue la douleur, procure une sensation de bien être… Bref, c’est le remède à tous les maux…

85% de la population en consomme quotidiennement ; 50% des terres arables sont donc consacrées à la culture du gat, au détriment d’autres cultures vivrières ou d’export qui pourraient développer l’économie. Mais le plus préoccupant c’est que 20% des revenus d’un foyer est consacré à l’achat du gat !! 

Arès le déjeuner, tous les hommes (et les femmes cachées sous leur voile) commencent à mâcher des feuilles de Gat ; au fur et à mesure que les heures passent, la boule dans leur joue grossit (on ne crache pas les feuilles, il faut les accumuler), et à la fin de l’après midi, tous les hommes ont une protubérance énorme sur la joue et peuvent difficilement parler!

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Nous avons évidement envie de tenter l’expérience; nous nous rendons donc au souk pour acheter un sac de gat. Il y a une rue entière consacrée à la vente de gat ; la rue très animée est jonchée de branchages et de feuilles, car le matin et tout le monde vient s’approvisionner pour la session de l’après midi; un peu intimidées, nous nous adressons à un vendeur qui nous demande 500 riyals pour un sac de feuilles; une femme voilée assise par terre nous propose son sac pour 150 riyals. Un petit attroupement s’est formé autour de nous, et les gens essaient de nous expliquer que nous devrions acheter le gat à 500 riyals, de meilleure qualité; Mais suivant les conseils du Lonely Planet, (selon lequel le gat de mauvaise qualité est moins amer et donc plus adapté pour les novices), nous repartons avec le gat de mauvaise qualité.  Revenues dans notre petite chambre d’hôtel, nous tentons de mâcher les feuilles (dures comme des feuilles de laurier). L’amertume et la texture nous donnent des haut-le-cœur ; après quelques minutes, nous recrachons tout dans la poubelle, au bord du vomissement.

Déçues, nous ne nous avouons pas vaincues.

 

Quelques jours plus tard, nous sommes dans les montagnes du Hijaz ; notre guide Moutia s’arrête sur un bord de route où les Hijazzis viennent vendre leur gat; Moutia achète une grosse branche aux feuilles tendres vert clair.  

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Nous nous installons dans le salon de notre petit hôtel perdu dans les montagnes, pour notre deuxième tentative. Bien que les feuilles soient plus tendres, le gout est toujours aussi désagréable. Mais après 3 jours à manger du « salta » (un plat local très amer qui ressemble à de la bave de crapaud) notre palais s’est habitué à l’amertume.

 

 

En une heure, j’ai accumulé une cinquantaine de feuille dans ma joue gauche. Les yemenis à la joue déformée par des décennies de mâchage y accommodent des centaines de feuilles, mais ma joue arrive à saturation : la bouillie verte s’échappe par l’avant (j’ai les incisives recouvertes de morceaux verts) et par l’arrière (si bien que je suis sans cesse en train d’en avaler) ; j’ai beau essayer de contenir les fuites en pressant la boule avec ma main pour rassembler les feuilles, c’est la débâcle !! C’est l’horreur! En plus je commence à avoir les premiers aphtes !

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Pour tester l’efficacité du gat, nous partons en randonnée dans les montagnes ; Nous sommes déjà à 2500m d’altitude, et Moutia (qui marche en tongues) galope comme s’il avait un train à prendre ; nous suivons péniblement, essoufflées… Avec une boule de gat dans la bouche, pas facile de reprendre sa respiration!.

 

Nous longeons les cultures en terrasses typiques du Yemen. Le blé et l’orge commencent à verdir. Les paysans labourent leurs champs avec une charrue tirée par des bœufs, comme il y a mille ans. Les femmes (toujours voilées jusqu’aux yeux) amènent les vaches paitre.

Les enfants accourent vers nous pour voir les étrangères… comme à Sanaa, ils demandent qu’on les prenne en photo !

  

A chaque fois, nous nous arrêtons pour faire la causette et les gens ont l’air d’apprécier, (comme si nous rendions hommage à leur culture), de nous voir mâcher du gat;  ils nous congratulent et rient !

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Nous arrivons près d’un groupe de femmes qui se relaient pour taper avec un énorme maillet sur un tas de grosses feuilles vertes, pour les réduire en bouillie; le marteau a l’air très lourd et pourtant, des fillettes de 6-7 ans le soulèvent sans effort. Je leur demande si je peux essayer; au bout de 2 coups, j’ai les reins brisés. Le gat ne m’aide pas pour accomplir ce labeur de bête de somme ! Comment une fillette de 6 ans peut-elle endurer ça ?  Je leur demande si elles sont en train de hacher des feuilles pour la préparation du  « salta » (le plat à la couleur de bave de crapaud) et elles explosent de rire : elles m’expliquent que ce sont des feuilles pour le sevrage des veaux !!! Elles se cassent les reins pour des vaches !! En tout cas, je les ai bien faites rire : j’ai confondu la nourriture pour les vaches avec le plat national !!

 

Nous repartons pour la randonnée ; au bout de 4heures de marche, le gat semble avoir bien joué son rôle : alors que nous rentrons au village, nous ne nous sentons pas du tout fatiguées;

Nous allons enfin pouvoir jeter notre boule de gat !! Ca fait 5 heures que nous mâchouillons et ruminons ces feuilles !! J’ai la bouche douloureuse et pleine d’aphtes…

 

Une demi heure environ après avoir jeté la boule, je me sens prise d’une torpeur bizarre; j’ai l’impression que mon cerveau fonctionne au ralenti ; je suis allongée sur mon lit sans aucune volonté, sans aucune pensée; j’ai l’impression d’avoir le cerveau vide, de ne plus pouvoir bouger; je n’arrive même pas à décider si cette sensation est agréable ou non.

 

Les femmes fantomes

 

Le Yemen est classé 130e pays (sur 130) pour la condition des femmes… Encore pire que l’Arabie saoudite donc… !!

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Les femmes sont des ombres, des fantômes noirs qui longent les murs. Les vieilles portent encore le voile traditionnel coloré (bleu, rouge et jaune), mais la plupart des femmes ont adopté l’abaya noire, traditionnelle des pays du golfe, et la niqab (le voile de la tête qui ne laisse que les yeux apparents).

Lorsque nous marchons dans la rue, nous sommes les seules femmes « visibles ». Les hommes ne voient jamais de visage de femme à part ceux de leur femme, leur mère et leurs sœurs; nous attirons donc beaucoup l’attention avec nos visages et cheveux découverts (d’autant plus que Tatjana est blonde aux yeux bleus !) ; Dans les campagnes, où les gens ont encore moins l’habitude des étrangers, nous sommes de véritable phénomènes de foire : lors d’un arrêt dans un village, à peine somme nous sorties de la voiture que des dizaines de jeunes garçons accourent vers nous et nous entourent en gesticulant, criant pour attirer notre attention… ils prennent des photos de nous avec leur téléphone portable…

 

On nous avait dit qu’il n’était pas obligatoire ou même nécessaire de nous voiler; bien sur, nous sommes habillées de façon très conservatrice, mais sans voile. A Sana’a, notre apparence ne semblait pas provoquer plus que de la curiosité, de la fascination, mais dans les campagnes, nous sentons l’hostilité des femmes à notre égard. Nous essayons toujours de leur dire bonjour, de leur sourire, mais elles détournent le regard, ne nous répondent pas.

Dans un village, nous assistons à une scène choquante : alors que nous parlons à un petit garçon, une femme s’approche de nous et se met à rouer l’enfant de coups sous nos yeux !  Elle crie et lui interdit de nous parler.  

 

A partir de ce moment, nous comprenons que notre apparence doit les choquer et les menacer dans leurs croyances ; nous sommes non seulement des infidèles, mais nous attisons les désirs de leurs maris, leurs fils avec nos cheveux qui flottent au vent et nos pantalons ! A  partir de ce moment, nous commençons à nous voiler et à nous adresser aux femmes en utilisant le salut formel religieux (Salam Aleikum) et non plus le léger « Bonjour » (Sabah El Kheir); leur attitude change radicalement à notre égard;  elles répondent à notre bonjour, et on les devine (par les plis aux coins de yeux) esquisser des sourire…

 

Dans un autre village, nous observons une petite fille  qui prend de l’eau au lavoir ; nous essayons de lui parler, mais elle est trop timide, détourne la tête et refuse qu’on la prenne en photo. Elle vient de quitter l’âge de l’innocence et a pris conscience de la dure réalité de son sexe.

La rupture se fait vers 7-8 ans; avant cet âge, les petites filles jouent avec les petits garçons, elles sont ouvertes et curieuses et accourent vers nous ; A partir de 7-8 ans, les fillettes deviennent timides, refusent qu’on les prenne en photo, ne jouent plus avec les garçons et observent cette « modestie » qui sied aux filles musulmanes vertueuses; elles ne sont pas encore pubères et portent un voile qui ne couvre pas leur visage, mais déjà, elles ne nous sourient plus. On imagine les sermons des mères, la pression qui s’exerce sur elle pour leur faire changer d’attitude en si peu de temps.  

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Alors que nous marchons dans les montagnes du Hijjaz avec Moutia, nous croisons les femmes au labeur ; même  dans cette campagne isolée où personne ne passe, les femmes sont voilées de la tête aux pieds, sous un soleil de plomb;

 

Nous nous arrêtons dans une ferme isolée pour faire une pose ; alors que Moutia part prendre le thé avec les hommes, nous nous approchons de 2 filles qui donnent à manger aux vaches.  La plus petite a encore le visage découvert et nous fait un grand sourire ; la plus âgée (15 ou 16 ans) est entièrement voilée et son attitude plus timide est  caractéristique des filles qui ont déjà appris où se trouvait leur place dans la société Yemenie. Mais la curiosité pour les 2 étrangères l’emporte sur la réserve et la jeune fille nous invite dans leur maison. Elle nous fait entrer dans un petit salon aux fenêtres obscurées et s’empresse de fermer la porte derrière elle. C’est la pièce des femmes où aucun homme n’est autorisé à entrer ; elle enlève immédiatement son voile et se met en débardeur devant nous ! A l’abri du regard des hommes, ces femmes si « réservées » et « modestes » n’ont aucune pudeur devant les autres femmes, même des étrangères!

La nouvelle que des étrangères sont dans la maison se répand vite parmi les femmes de la famille, car en quelques minutes, les sœurs, les cousines, les tantes arrivent pour nous saluer, nous parler, et nous dévisager. Nous découvrons enfin des visages, des cheveux, des sourires, des voix de femmes ; c’est très émouvant… Mais à chaque fois qu’elles entendent un bruit dans le couloir, des pas qui se rapprochent de la porte, par reflexe, elles attrapent immédiatement leur voile et se préparent à se couvrir la tête et le visage, dans l’éventualité où la porte s’ouvrirait sur un homme ; quand les pas s’éloignent, elles se détendent…

La mère vient également nous rencontrer. Elle doit avoir une quarantaine d’années mais en parait beaucoup plus; sa peau est fatiguée et ridée, et elle a perdu pratiquement toutes ses dents. Cette femme a eu 15 enfants.

 

C’est Yasmina, la jeune fille qui nous a invité à entrer, la plus vive et la plus curieuse ; elle a 16 ans et nous bombarde de questions ; des questions classiques de femme arabe : sur le mariage, la famille… pourquoi ne sommes nous pas mariées ? Combien de sœurs avons-nous ? La communication n’est pas facile mais heureusement, Yasmina qui regarde des feuilletons Syriens à la télé, sait adapter son dialecte à mon arabe Syrien et nous pouvons donc nous comprendre.

 

Le gouvernement vient de faire passer une loi (polémique) interdisant de marier les filles avant l’âge de 17 ans. Mais dans les montagnes du Hijaz, loi ou pas, on marie les filles quand une offre se présente ; Yasmina va donc va se marier dans 2 mois avec un jeune du village voisin de 18 ans. Deux jeunes gens à peine sortis de l’enfance, qui ne se sont jamais rencontrés ou parlés et ne connaissent rien à la vie vont commencer une longue et prolifique union… Au Yemen, le taux de natalité est de 6 enfants par femme en moyenne ; « A partir de 10 enfants, tu peux commencer à te reposer, mais pas avant !» dit un dicton local!

Yasmina devra aller vivre à Sana’a car c’est là que son jeune mari, un petit paysan illettré, comme elle, a trouvé du travail dans l’échoppe de son oncle.  La grande sœur de Yasmina qui s’est mariée l’année dernière (et a déjà accouché de son premier enfant) a aussi quitté le village pour aller vivre à Sana’a.

Nous demandons à Yasmina si elle est heureuse de se marier (le mariage étant considéré comme le but d’une vie et une grande joie dans les pays arabes), mais elle nous dit qu’elle n’est pas contente d’aller vivre à Sana’a, car elle devra rester enfermée dans une maison ; « ici, au moins, je suis au grand air des montagnes, je peux sortir de la maison »…

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Nous lui avouons que « chez nous », nous pouvons vivre avec notre « amoureux » sans être marié, et en changer si nous le souhaitons ! Je regrette immédiatement de lui avoir lâché cette information brute et choquante. Elle a l’air très étonnée et nous fait répéter l’information, puis la traduit dans son dialecte à ses sœurs et cousines qui n’ont pas compris. Elles échangent des regards choqués et incrédules. Que peuvent-elles penser ? Nous envient-elles ? Surement pas; cette idée est trop choquante et trop loin de leur réalité, leur éducation pour être attirante; au contraire, cette vérité risque de confirmer ce qu’elles entendent dire sur les étrangers: que nous sommes des mécréants sans valeurs ni religion, que nous insultons Dieu…

 

Nous essayons de changer de sujet et nous parlons de l’école. Yasmina nous dit qu’elle n’est jamais allée à l’école et ne sait pas lire, mais elle est très heureuse et fière que sa petite sœur Tazmeen puisse y aller pour apprendre à lire le Coran. Tazmeen doit marcher une heure dans les montagnes pour aller à l’école.

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La maman nous montre des photos du mariage de sa grande fille Aicha. Les mariages sont évidement non mixes, et les femmes font donc la fête entre elles.

Je me rappelle le commentaire d’Ahmed sur le mariage au Yemen « pour les femmes, la fête dure 5 jours ; pour les hommes, seulement 3. C’est la seule fois de leur vie où les femmes ont plus de droits que nous ! ».

La maman est fière de nous montrer les photos de sa fille ; c’est l’accomplissement de sa vie de femme. Les photos sont conservées précieusement dans un coffre secret car aucun homme ne doit voir des photos où les femmes de la famille ne sont pas voilées. Elle nous montre avec fierté les différentes robes portées par sa fille Aicha pendant les 5 jours qu’a duré son mariage (3 robes par jour), toutes plus kitch les unes que les autres : une robe de princesse orientale à la Sheerazade, une autre d’inspiration indienne, une robe-meringue blanche… un maquillage outrancier. Nous nous extasions tout en ressentant de la tristesse pour cette femme dont le bonheur se résume au mariage de ses propres enfants ; 

 

L’univers de ces femmes s’arrête aux limites des champs de Gat qu’elles cultivent. Les feuilletons syriens leur apportent un peu de romance « hallal » (autorisée), et les infos de la chaine Al Jazeera doivent leur donner un vague aperçu biaisé du reste du monde. (Nous avons remarqué que dans le couloir de la maison sont accrochées des photos de Sadam Hussein, devenu un martyr idolâtré par les yemenis depuis qu’il a été tué par les méchants américains.)

 

Avant de repartir pour notre marche, les femmes nous réapprovisionnent en feuilles de gat fraiches, et nous donnent un petit sachet de sucre.  Les femmes prennent du sucre pour adoucir l’amertume du gat, (et de leur vie)… Nous repartons bouleversées avec un gout d’amertume sucrée ; au sens propre et figuré…

 

Plus loin en chemin, nous nous arrêtons à l’école de Tazmeen, à plus d’une heure de marche de la maison. Une dizaine d’enfants récitent l’alphabet arabe.

Nous comprenons alors pourquoi les enfants que nous croisons nous réclament toujours des crayons. Ils n’en ont pas pour écrire et se relaient donc au tableau pour s’entrainer à tracer les lettres.

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Des hommes pas si libres que ca…

 

Nous nous offusquons de la situation des femmes car elles sont voilées, (pour nous, emprisonnées) de façon apparente et évidente. Mais il ne faut pas imaginer que les hommes sont tous des extrémistes islamistes fanatiques, les geôliers et bourreaux de ces femmes. Les hommes ne sont pas libres non plus. Ils sont prisonniers  d’un système religieux, d’un système de valeur qui ne leur permet pas de penser autrement. Ils sont prisonniers d’une économie qui ne leur donne pas la chance de changer leur condition, de choisir leur vie.

Les hommes voilent leurs femmes tout simplement car il n’existe pas d’autre réalité pour eux ; et les femmes voilent leurs filles car il n’existe pas d’autre réalité pour elles.

 

Ali a 29 ans. Il n’est pas marié. Il dirige la petite agence de voyage qui organise nos expéditions dans les montagnes du Hijaz. Lui même vient du Hijaz et serait devenu paysan comme ses 8 autres frères, s’il n’avait pas eu la chance d’être embauché comme guide de montagne par un français qui réalisait un reportage sur le Yemen. Ali resta avec l’équipe pendant 2 ans à parcourir le Yemen ; 2 ans qui lui permirent d’apprendre le français, l’anglais, de rencontrer d’autres cultures, d’entendre d’autres façons de penser, de prendre du recul sur son propre pays.

 

Tout en mâchant son énorme boule de gat, il nous raconte dans un parfait français qu’il est fâché avec sa famille car il a refusé de se marier. « Un jour, je suis rentré au village, et tout le monde a commencé à me féliciter pour mon mariage proche ; tout le monde savait avec qui j’allais me marier, et moi, je n’étais même pas au courant !! Ma mère avait trouvé pour moi une bonne prétendante et avait décidé, sans me consulter, de la date de mon mariage. Je devais épouser une fille sans avoir jamais vu son visage ou avoir eu l’occasion de lui parler. Je suis parti et je n’ai jamais revu mon père depuis ».

 

Ce choix de liberté est un chemin de croix que peu sont prêts à prendre ; refuser le mariage, c’est, se condamner au célibat, à la misère sexuelle. « beaucoup de mes amis se sont mariés à 17 ou 18 ans car le mariage était pour eux la seule possibilité d’avoir une relation sexuelle ; au début, ils sont heureux, mais une fois l’excitation retombée, ils réalisent qu’ils ont déjà 3 enfants à 20 ans, qu’il faut subvenir à leurs besoins, travailler encore plus dur… c’est pour cela que les Yemenis ont tant besoin de consommer du gat ; pour échapper à cette réalité ».

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Ali est triste : il avait réussi à sortir son frère Moutia (notre guide) de ses montagnes pour le faire travailler avec lui. Bien que moins intelligent que son frère, Moutia avait acquis de bonne bases en français et en anglais, et savait y faire avec les touristes. Mais il y a quelques mois, Moutia lui a annoncé qu’il allait retourner dans le Hijjaz pour se marier.

Comme Moutia est notre guide, nous lui demandons s’il est heureux de se marier, s’il ne regrette pas de devoir quitter son travail avec son frère à l’agence de voyage ; il hausse les épaules d’un air résigné en mâchant sa boule de gat. « je regrette de ne pas avoir voyagé ; j’aurais aimé aller à Dubai, ou même à Paris ».

 

Moutia aime beaucoup la musique ; il écoute des chansons d’amour tristes chantées d’une voix pleurnicharde sur un air de Oud (la guitare traditionnelle des pays arabes). Je lui demande de façon un peu provocatrice pourquoi les chansons parlent-elles toutes d’amour ; « comment les garçons peuvent-ils tomber amoureux d’une fille alors qu’ils ne peuvent pas voir leurs visages ? ». Moutia m’explique que les jeunes trouvent le moyen de s’échanger des numéros de téléphone portable et tombent amoureux par téléphone ; « on peut tomber amoureux seulement avec la voix et l’imagination ». Parfois, ils organisent des rendez-vous secrets pour se rencontrer nous dit-il. Il ne nous dit pas si ces histoires de romances secrètes se terminent bien.  

 

Nous l’interrogeons sur sa future épouse ; l’a-t-il déjà vu ? Est-il amoureux ? « je ne lui ai jamais parlé, mais je l’ai déjà vue, il y a très longtemps, quand nous étions enfants, à l’école, avant qu’elle ne se voile ; je ne me rappelle plus très bien, mais je crois qu’elle est belle ».

 

En attendant, Moutia s’amuse comme il peut. Le vendredi soir, les hommes des villages se rassemblent, jouent de la musique traditionnelle et dansent, (entre hommes bien sur), en se tenant la main. Ce sont les boites de nuit du Yemen !

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A à peine 2 heures d’avion, je pense aux soirées à Dubai, aux anglaises saoules qui doivent se trémousser dans leur mini-jupes.

 

Cette réalité n’existe pas pour eux.

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

00:34 Publié dans Yemen | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : yemen, sanaa, gat, hijaz, yemeni

18/02/2009

La chute de Babylone

Le monde entier est en crise sauf Dubai… oui, à Dubai tout va bien. Il fait beau, le soleil brille, les gens sont heureux. Il n’y a vraiment aucun problème. C’est vraiment triste ce qu’il se passe dans le reste du monde. Quand je lis « Gulf News » (le journal local), je suis rassurée de lire qu’ à Dubai, contrairement au reste du monde, l’immobilier a à peine ralenti et, malgré quelques licenciements, le gouvernement continue à émettre 1000 nouveaux visa de travail par jour…

 

Merci Gulf News de nous faire vivre dans un monde magique… et irréel…

 

Voici la VRAIE situation :

 

L’économie de Dubai est en chute libre. Ces deux derniers mois, 3000 voitures ont été abandonnées sur le parking de l’aéroport par des expats endettés qui fuient le pays (car ils risquent la prisons pour le défaut de paiement de leurs traites). Les rumeurs disent qu’il y a des mots d’excuse accrochés aux pare-brises.

 

Le gouvernement dénie cette information bien sur et parle de chiffres beaucoup plus bas (11 voitures et non pas 3000 d’après Gulf News hier!!)

 

Qui croire ?

 

Il est clair de des dizaines de milliers d’expats ont déjà quitté le pays : quand on perd son travail, on n’a qu’un mois pour retrouver du travail avant que le visa ne soit annulé. Or, les entreprises n’embauchent plus. Il n’y a donc pas d’autre choix que de quitter le pays.

Mais ce n’est pas aussi simple : la plupart des expatriés sont souvent couverts de dettes car beaucoup se sont fait prendre dans la folie spéculative de ces 5 dernières années. Les gens achetaient une maison et la revendaient le mois suivant pour se faire 15% de bénéfice. Soudain, ils se retrouvent sans job, avec une maison invendable, et des traites à payer. Même les voitures sont payées à crédit.

 

Le phénomène n’est pas extraordinaire. C’est ce qu’il se passe dans le monde entier. L’originalité de la situation est que Dubai-la-fière, Dubai-la-clinquante refuse d’admettre son déclin aux yeux du monde. Dubai est mauvaise perdante et en plein déni.

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Au lieu d’aller vers plus de transparence, le gouvernement cherche à minimiser la réalité. Une loi vient d’être votée, visant à punir les individus ou les personnes morales qui contribueraient à détériorer l’image de Dubai à l’étranger (comme moi). Les amendes pourraient aller jusqu'à 1 million de Dirhams ($275,000)!!

Le mois dernier, certains journaux locaux avaient reporté que le gouvernement annulait 1,500 visas de travail tous les jours (suite aux licenciements). Un mois plus tard, Gulf News publie un article rassurant où des officiels du Ministère du Travail démentent cette information en disant qu’il y a toujours plus de personnes qui arrivent à Dubai (pour travailler) que de personnes qui repartent de Dubai (licenciés).

 

Le fait que le gouvernement soit réticent à donner des chiffres affecte la crédibilité de Dubai au niveau mondial, fait circuler les rumeurs les plus folles (l’ile artificielle The Palm serait en train de couler !!) et contribue donc à déprécier encore plus la valeur de l’immobilier…

 

La rumeur raconte aussi que Nakheel (le développeur de l’hôtel Atlantis - entre autre projets démesurés et kitch) se serait fait tirer les oreilles par le gouvernement pour avoir viré 500 personnes le lendemain du feu d’artifice (20 million de dollars) pour le lancement de l’Atlantis. Le gouvernement aurait reproché a Nakheel, non pas d’avoir viré 500 personnes, mais d’avoir nuit a la réputation de Dubai. Les entreprises sont donc maintenant priées de virer au compte goute (5 ou 10 par jours) et plus 500 d’un coup !

 

Mais la situation n'a pas pu etre tenue secrete bien longtemps: Le New York Times et le Herald Tribune viennent de publier des articles (basés sur des témoignages d'expatriés) decrivant la "vraie" situation (Voir article plus bas)

 

 

Moodies, la fameuse agence de notation vient également d’annoncer qu’elle rétrogradait 6 des plus grandes entreprises gouvernementales (jusqu’ici citées comme des modèles) de Aa1 a Aa3.  

 

C’est vrai que nous avons tous pensé naïvement, dans les premiers temps, que Dubai était immunisée : Alors que le monde s’effondrait, Dubai semblait intouchée et intouchable. Nous avons vite déchanté : maintenant, personne n’est aveugle : l’immobilier s’effondre (les prix ont baissé de 35% en deux mois), les projets démesurés (qui ont rendu Dubai célèbres) sont arrêtés, il n’y a presque plus d’embouteillages sur les routes généralement surchargées, des centaines de voitures de luxe d’occasion sont à vendre pour la moitié de leur valeur, les hotels ont baissé leurs prix de 30%…

 

La situation est telle que les Sheikhs de Dubai, ravalant leur fierté, appellent Abu Dhabi (la sœur conservatrice) à l’aide. En effet, contrairement à Abu Dhabi, Dubai n’a pas de réserves pétrolières ou de liquidités dans des fonds off-shore. C’est l’histoire de la cigale et la fourmi qui se déroule devant nos yeux. Mais pour le moment Abu Dhabi n’a proposé de l’aide qu’à ses propres banques, et Dubai-la-cigale, commence à regretter d’avoir fait la légère, la fière et l’irresponsable.  

 

Les banques ne savent pas comment s’adapter à ce retournement de situation. En Europe, les banques ont toujours eu à faire face à des catégories de population pauvres, en situation de défaut de paiement. A Dubai, les banques avaient pour clients des expatriés surpayés à qui elles accordaient des crédits les yeux fermés (à mon arrivée, on m’a donné automatiquement 2 cartes de crédit avec une limite de 10,000 Euro par mois sur chaque carte et on m’a laissé financer ma voiture à 100%).

 

Ces expatriés se retrouvent maintenant surendettés du jour au lendemain. Or, les banques ne savent pas quoi proposer comme alternative à la prison (dès qu’un cheque est rejeté faute de provisions, le mauvais payeur est déclaré « criminel » et peut être jeté en prison).

Quand des gens honnêtes viennent voir leur banquier pour expliquer leur situation et essayer de trouver une solution de re-échelonnement des paiements, les banques répondent « non, vous devez payer maintenant, sinon vous allez en prison ».

 

Le plus triste c’est de voir des gens qui se retrouvent en cessation de paiement pour des prêts qu’ils ont contracté pour payer leur loyer (à Dubai le loyer se paye à l’année). Ils se retrouvent donc endettés pour un bien qu’ils ne possèdent même pas !

 

On comprend donc que bien des expatriés préfèrent la fuite : ils déposent leur voiture à l’aéroport et prennent le premier avion. Les banques n’ont pour le moment pas les moyens logistiques ou légaux de faire des recherches à l’extérieur du pays pour les retrouver et les poursuivre. La fuite est tentante ; d’autant plus que la seule menace pour les fugitifs est d’être interdit de séjour aux Emirat pour la fin de leurs jours… (c’est toujours mieux que la prison ! après tout, ils n’avaient jamais eu l’intention de passer leur vie a Dubai)

 

Pour faire face à cette situation, les banques viennent de mettre en place un nouveau système: une entreprise qui licencie est dans l’obligation de prévenir la banque avant de prévenir l’employé. Les comptes sont alors immédiatement bloqués. Beaucoup de gens sont donc en train de transférer leurs liquidités à l’étranger dans l’éventualité où ils seraient virés.

 

Nous sommes en train d’assister à la chute de Babylone…

 

 

05/02/2009

Les 3 questions

A Dubai, on est amené à rencontrer des gens nouveaux quasiment tous les jours. C’est pour cela que c’est (paradoxalement) si difficile de se faire de vrais amis.
La conversation commence inlassablement par les 3 « Dubai Questions » : « D’où es tu » ? « Depuis combien de temps es-tu à Dubai » ? et « Que fais-tu » ?.
Ces 3 questions permettent d’établir une mesure de compatibilité entre les 2 personnes:

1) « D’où es tu »

La communauté d’origine est essentielle. Dans une ville composée à 90% d’étrangers, la tendance naturelle est à la « ghettoïsation ». Le rassemblement des communautés peut se faire à plusieurs échelles d’indentification :
Niveau 1 - Communauté: ex : la communauté britannique (ils sont 200,000 dont ils peuvent tout à fait vivre entre eux).
Niveau 2 : Langage & culture ex : les anglo-saxons : Anglais, Australiens, Sud Africain partagent la même langue et d’autres éléments socioculturels communs et ont tendance à s’allier.
Niveau 3 : Société, religion & valeurs : ex : Européens - Occidentaux VERSUS Indiens-Philippins-Musulmans qui forment « les autres » (je ne detaille pas, ce sujet merite un blog entier).

Bref, cette première question est donc essentielle pour établir une première mesure de compatibilité. Par exemple, un philippin ne deviendra pas ami avec un européen (il est d’ailleurs improbable qu’ils aient une conversation en dehors d’un contexte de service commercial).
Un anglais et un australien peuvent passer à la question 2 pour affiner la mesure de leur degré de compatibilité.

2) Depuis combien de temps es-tu a Dubai

L’ancienneté est une question très importante. En effet, un « vétéran » de 3 ans n’aura pas la même vision de Dubai qu’un novice de 2 mois. Le premier sera cynique et blasé, et aura tendance à snober le béotien qui en est encore au stade de la découverte (yeux ouverts en grand, naïveté horripilante).

3) Que fais-tu ? (question complétée si nécessaire par « Ou habites-tu » ?)

Cette question établit le degré de compatibilité financière et sociale. La question posée implicitement est : « Si nous envisageons de poursuivre cette conversation et, pourquoi pas, de nous revoir (1% des cas), seront-nous capables de partager les même loisirs ? d’aller dans les mêmes restaurants»?
Nous faisons tous ce calcul. Ce n’est pas une question de cynisme, mais de réalisme : je ne peux vraisemblablement pas devenir ami avec quelqu'un qui a un yacht et une villa sur La Palme, parce que je ne suivrai pas financièrement et je ne pourrai pas rendre les invitations.
Pour certains plus calculateurs, cette question aide aussi à déterminer la capacité de cette nouvelle connaissance (potentielle) à lui ouvrir des perspectives sociales intéressantes.

Si la réponse est trop imprécise pour permettre d’identifier financièrement son interlocuteur, la question « Où habites-tu ?» est alors posée. A peut alors aisément déterminer loyer payé par B et peut ainsi établir facilement le salaire de B.

En fonction de la réponse à ces 3 questions, les 2 interlocuteurs vont décider implicitement de poursuivre la conversation, ou bien s’excuser poliment (pas de temps à perdre avec quelqu'un qu’on ne reverra jamais).

Si les 3 premières questions n’ont pas permis de déterminer avec précision le degré de compatibilité entre A et B, une question subsidiaire est alors posée :

Question optionnelle : « alors, est ce que tu te plais à Dubai » ?

Si A est Pro-Dubai et que B se met à critiquer Dubai, alors A pense immédiatement que B est un cynique, prétentieux et blasé qui ne sait pas apprécier les bonnes choses et il sait qu’ils ne pourront donc pas s’entendre.
Si A est un Anti-Dubai et que B répond « oh Dubai, j’adore, c’est merveilleux », alors A pense que B est superficiel, inculte et donc pas digne d’intérêt.

Donc voila, en 3 questions qui ne prennent pas plus de 3 minutes, tu sais s’il y a une chance pour que cette personne rentre dans ton cercle. Autant dire que les chances sont petites et que la plupart des rencontres aboutissent rarement en amitié.

Moi, je déteste particulièrement répondre à la question « est ce que tu te plais à Dubai » ?, car je n’ai pas envie d’être catégorisée dans les Anti ou les Pro Dubai. Alors je donne toujours une réponse mitigée qui ne satisfait surement personne. Je fais partie de ces traitres qui ne savent pas décider de quel coté ils sont. En fait, je suis surement dans la catégorie des lâches qui détestent Dubai « théoriquement » et « intellectuellement », pour ce qu’elle représente (une prostituée de luxe, vulgaire et trop maquillée), mais y passent du bon temps.

Donc, j’ai décidé de faire une petite liste des choses que j’adore et que je déteste à Dubai…

Ce que j’aime à  Dubai

- Le beau temps 360 jours par an, le ciel tout le temps bleu
- La mer à 30 degrés, d’un bleu turquoise et translucide
- Habiter dans un pays musulman, fier de sa culture mais tolérant envers le style de vie occidental
- Le sentiment d’appartenance a une communaute de "Citoyens du Monde" rassemblant des gens de tous horizons
- Pouvoir skier le matin et se baigner dans la mer l’après-midi
- Ne pas payer d’impôts (ca aussi c’est un des éléments que je ne trouve pas bien ‘intellectuellement’ et ‘théoriquement’ mais je suis bien contente d’en profiter)
- Le dynamisme, la créativité, l’excitation ambiante d’un pays en plein boom économique (remarque qui reste valide même en ces temps de crise, ‘relativement’ au reste du monde)
- Sentir qu’ici tout est possible
- Revenir dans un quartier sans y avoir mis les pieds pendant 1 mois et ne rien reconnaitre
- Habiter à 2 minutes à pied de la mer
- La diversité de la population (avoir dans le même champ de vision une émiratie en Abaya noire et une Australienne blonde en mini jupe)
- Pouvoir marcher dans la rue a 3h du matin en sachant qu’il n’y a aucune chance de se faire agresser, violer ou voler
- Entendre parler 10 langues différentes dans la même journée
- Rencontrer des gens nouveaux, divers et variés tous les jours
- Aller au supermarché Carrefour et pouvoir trouver du Beurre salé au sel de Guérande ET toutes les épices indiennes possibles et imaginables en paquets de un kilo (et pas dans des pots « Ducros» a 10 euros les 100 grammes).
- La Gold Class au Cinéma – un des petits luxes qu’on peut se permettre…
- Avoir un choix quasi infini de resto et de bars, même si on n’a pas le budget ou le temps pour les apprécier
- Savoir qu’à une heure de route, on peut se perdre dans les immensités du désert
- Savoir que touts les sports, hobbies et les activités du monde sont disponibles même si on n’a jamais le temps d’y aller
- Les brunchs du vendredi (à retrouver dans « ce que je déteste de Dubai »)
- Les indiens qui bougent la tête de droite à gauche quand on leur parle
- Madinat Jumeirah, Le Walk de Marina
- Voir les émiratis en robe traditionnelles (Dishdash et Abaya) se balader dans les malls
- Observer les ados émiraties avec leur Abaya (sensé les protéger du regard des hommes) outrageusement maquillées pour attirer l’attention
- Savoir que je suis a 3h de l’Inde et des Maldives même si je n’irai sans doute jamais
- Avoir l’impression de vivre dans une autre dimension, un monde surréel

Ce que je déteste à Dubai

- Les Humers, et par extension leur conducteurs – et autres frimeurs qui roulent à 220km/h en Porsche, Maserati et Ferrari
- Les anglaises bourrées en minijupe qui gloussent à Barasti
- Les filles qui s’habillent de façon choquante (même à mes yeux d’européenne) sans aucun respect pour la culture locale
- Se baigner dans la mer et savoir qu’on est reluquée par 150 travailleurs pakistanais cachés derrière la palissade
- Etre obligé de prendre sa voiture pour aller partout…
- Conduire d’un univers climatisé à un autre sans avoir besoin de mettre les pieds dehors
- La dictature des brunchs du vendredi – perdre son weekend en buvant 12h d’affilée
- Les projets pharaoniques et kitchs
- Nakheel qui dépense 20 millions de dollars pour le feu d’artifice de l'hotel Atlantis et vire 500 employés le lendemain
- Les projets immobiliers qui tentent de faire « du vieux » avec du neuf (« vieilles villes » neuve ou des « souqs » artificiels)
- Le fait qu’il n’y ait pas un bâtiment de plus de 30 ans – pas d’histoire
- L’impression d’habiter a Disneyland
- Répondre a la question « alors, est-ce que tu aimes Dubai » ?
- L’attitude parfois coloniale de la communauté anglaise
- Les embouteillages constants – les routes qui changent d’un jour a l’autre
- Pouvoir passer une semaine sans entendre un mot d’arabe
- Les restos qui pensent que le summum du raffinement est de servir un sorbet à la pastèque entre l’entrée et le plat principal pour « rincer le palais »
- Les gens qui adooooooorent Dubai, car tout y est vraiment « merveilleux »
- Payer 80 Euros pour une bouteille de Chianti médiocre car le vin français est tellement cher qu’on ne peut même pas se permettre un Rosé de Provence. 
- Les chantiers en construction 24h sur 24
- La nuit qui tombe toujours et toute l’année à 6h du soir
- L’été où il est impossible de mettre le nez dehors même le soir car il fait vraiment trop chaud et humide 
- Les gens qui me disent que je devrais conduire un 4x4 et que je suis folle d’avoir acheté une petite voiture, française de surcroit
- Le racisme à peine dissimulé, les discriminations constantes entre les communautés qui ne se mélangent pas
- Les loyers exorbitants à payer un an à l’avance
- Les conversations qui commencent inlassablement par « d’où tu viens ? tu es là depuis combien de temps ? tu fais quoi? »
- L’ostentation – l’exhibition constante des richesses – la superficialité associée…
- Le ciel qui reste inlassablement bleu (en fait, on en vient tres vite à manquer les saisons, la fraicheur d’un jour d’Avril, la beauté des feuilles qui tombent en automne, la pluie qui vous fait apprécier le beau temps a sa juste valeur, les bourgeons sur les arbres…)
- Une ville qui dont le principal attrait touristique est le shopping… des malls des malls des malls encore des malls…
- Une ville qui veut toujours faire plus grand, plus gros, plus mieux, plus beau, plus fou… du moment qu’il y a un superlatif dans la phrase

19/01/2009

Laissons les 4x4 s'ebattre dans leur milieu naturel

A Dubai, en hiver (25 degrés dans la journée, 18 le soir), il y a aussi des grosses pluies d’orage assez impressionnantes : comme il ne pleut presque jamais, l’eau ne s’évacue pas. Je ne sais pas si c’est parce que les ingénieurs locaux n’ont pas pensé à mettre des conduits d’évacuation parce que ce n’était pas au programme de leur université en plein désert, ou bien si c’est parce que ces conduits d’évacuation sont bouchés par le sable qui s’accumule les 360 jours de l’année où il ne pleut pas, mais dans tous les cas, au bout de 10 minutes de pluie, il y a des lacs d’eau dans toutes les rues… Tout le monde se met à conduire avec les warnings (et pourtant, la plupart des expats sont des anglais qui ont l’habitude de conduire sous la pluie !!) ce qui est complètement débile puisque du coup on ne sait plus si les voitures vont tourner… C’est gênant sur une autoroute à 7 voies !

Mais le plus amusant, c’est d’observer le comportement des conducteurs de 4x4. L’opprobre jetée sur les conducteurs de 4x4 en Europe n’a pas encore atteint Dubai, au contraire, c’est là que se refugient les amoureux de cette race en voie d’extinction. Or, il n’est pas rare de voir un gros 4x4 reculer devant une grosse flaque d’eau, car le conducteur a peur que la flaque ne soit trop profonde pour s’y engager !!  C’est triste de voir tous ces fiers mâles au volant de leur 4x4, qui reculent devant une rare opportunité de faire joujou dans la boue avec leur beau 4x4 rutilant… c’est triste pour les 4x4 qui n’ont pas l’occasion de s’épanouir dans leur milieu naturel : la boue. C’est aussi bête que d’avoir un chien de traineau Husky dans le sud de la France. Pauvres bêtes!

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J'entends encore ces amoureux du 4x4 me conseiller d’acheter un 4x4 parce que «c’est plus sécurisant, et tu peux rouler dans toutes les conditions, même dans le désert »… Mais, à les voir reculer devant une flaque d’eau, je ne pense pas qu’ils partent en expédition dans le désert!!… Un collègue, propriétaire d’un gros 4x4 Toyota me disait l'autre jour qu'il n'utilisait pas le raccourci derrière notre entreprise car « la route n’est pas goudronnée et il y a des bosses »… ! Encore un 4x4 malheureux, élevé en ville, à qui on ne donne pas la joie de s’épanouir dans son milieu naturel !

(ma petite Peugeot, elle, s’accommode tres bien des flaques d’eau et des bosses).

Un rude hiver a Dubai

Je suis de retour à Dubai après un break dans notre beau pays figé par le froid… Je quitte l’hiver européen pour retrouver l’hiver emiratien…

Un hiver à Dubai c’est 25 degrés pendant la journée, 18 le soir, une eau de mer à 22, et, toutes les 2 semaines, une grosse pluie de 15 minutes.

En Angleterre, ca serait considéré comme un été exceptionnel. Et pourtant, à entendre les commentaires des expats (pour la plupart anglais), on a l’impression de vivre une véritable vague de froid. Les gens arrivent au boulot le matin en se plaignant de la température « glaciale », de la grisaille déprimante… On s’enrhume, on porte des pulls à cols roulés, des bottes fourrées, des manteaux… Presque personne ne se baigne dans la mer qui est pourtant 2 fois plus chaude qu’a Quiberon en plein été…

La théorie de la relativité… je suis émerveillée devant la capacité du corps (et de l’esprit) à s’adapter aux conditions environnantes. Mais ca remet en cause ma théorie selon laquelle les anglais ont un gène supplémentaire dans leur patrimoine génétique : le gène du froid (capables de se balader en short et tongues par un froid mois de Juin venteux et pluvieux) ; ou alors peut être que cela prouve qu’ils sont victimes d’un hyper conditionnement (on doit se balader en short au mois de Juin car c’est l’été, et on doit porter un col roulé, même à Dubai, car c’est l’hiver)… ou bien, troisième hypothèse : Dubai est le refuge des anglais qui souffrent d’une anomalie génétique et n’ont pas le gène du froid.

03/12/2008

Dubai, pas si ouverte et liberale qu'on le pense!

A Dubai, on a parfois tendance à oublier qu’on vit dans un pays musulman du golf. Les femmes (étrangères) peuvent s’habiller comme elles le veulent, porter mini-jupes et petits hauts sexys sans même subir le regard lourd des hommes. Les Emiratis sont tellement habitués à voir toutes les expatriées exhiber leurs attraits qu’ils ont acquis cette indifférence blasée typique des pays ou les corps sont accessibles.

 

Mais la semaine dernière j’ai eu un rappel assez violent sur le fait que j’habitais bien dans un pays musulman du golf…

 

En achetant le dernier Express consacré à Picasso, j’ai découvert avec horreur que les photos des peintures de Picasso avaient été gribouillées au marqueur. Il s’agissait de peintures de nus et donc considérées comme de la pornographie par la censure locale…

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Ce qui m'a fasciné c’est de voir que TOUS les exemplaires de l’Express étaient gribouillés !!!  Je me demande qui est en charge de revoir page par page tous les magasines vendus aux E.A.U et de gribouiller à  la main toutes les images jugées immorales... La rumeur dit que se sont les prisonniers!  

Je me demande si les tableaux exposés au Louvre d'Abu Dhabi devront subir le meme traitement!   

Enfin, on peut se rassurer sur le bon traitement des prisonniers à Dubai, qui eux ont au moins la chance de voir des tableaux de Picasso non censurés.

16/10/2008

Fusion Food

15319355.jpgComme dans toutes les capitales fashion de ce monde, quand on veut aller au resto, la question du « où manger» est plus importante que la question du « quoi manger ». Dubai ne fait pas exception.

Il y a les restaurants où on va pour voir et être vu, et les restaurant (généralement les mêmes) où il faut absolument être allé pour pourvoir dire qu’on y est allé.

Il faut faire vite car au bout de 6 mois, le ‘must-go’- restaurant est détrôné par un autre. Le ‘must-go’ devient ‘has been’.

 

Les (mus-go) restos sont généralement dans les hôtels car ce sont les seuls endroits qui ont des licences d’alcool (les restos dans la rue ou les malls sont généralement des fast food qui ne servent pas d’alcool).

 

Comme dans toutes les capitales fashion de ce monde, « Time Out magazine » sort le jeudi et fait et défait les réputations, crée des mythes et des légendes culinaires. Une mauvaise critique de Time Out, et c’est la mort assurée…

 

Ce soir, j’ai bien envie d’aller au resto. Je passe 3 heures à éplucher le dernier Time Out pour savoir où aller. 

« Zheng He » retient mon attention : un resto chinois « fusion » à Madinat Jumeirah

 

“If you haven’t been for dinner at Zheng He’s yet, then make it a priority to do so. The sooner you do, the sooner you can get stuck into prawn and caviar or squid ink dumplings.

The scallops with black truffle and white asparagus main are excellent, and if ordering should be paired with the sautéed French beans with garlic and dried prawns.

If you prefer rice dishes, there is lotus rice with chicken and dried scallops and garlic rice on the menu to meet your appetite.

We highly recommend the coconut ice-cream and plum crumble, which – like almost everything else on the menu – will not only end your meal with a bang, but have you vowing to come back soon.”

 

Là, je dois ouvrir une petite parenthèse :

 

Fusion Food : tous les restos sont « fusion » à Dubai. Ca veut dire que pour justifier la somme exorbitante qu’ils nous soutirent, les restos se sentent obligés de montrer qu’ils ont fait des efforts de recherche et d’innovation. Au lieu de servir une recette de base (qu’ils pensent ennuyeuse), Ils croient qu’on avalera mieux l’addition si la recette est « revisitée », et « fusionnée ». C’est comme de la peinture contemporaine : on se retrouve avec du chinois avec des influences italiennes, du japonais– méditerranéen, de l’italien–thaï… Le tout avec une présentation nouvelle cuisine (une mini asperge verte en équilibre instable sur une poche d’épinards rouge…)

La critique du Time Out que je viens de copier-coller donne déjà un petit aperçu des ridiculeries culinaires de la Fusion Food: « des coquilles St jacques a la truffe et aux asperges», ca va encore, mais les crevettes séchées aux haricots verts, les raviolis a l’encre de poulpe, et le poulet aux coquilles St Jacques séchées et riz de lotus !!!!   

 madinat-jumeirah-a'-salam-dubai1.jpg

Madinat : un complexe hôtelier ou 3 hôtels 5 étoiles sont reliés par des canaux (artificiels); on passe d’un resto a l’autre ou d’un bar a l’autre sur des gondoles vénitiennes motorisées. Le tout longeant la mer.  

 

La première épreuve : la réservation. C’est un soir de semaine, mais pourtant, impossible d’avoir une réservation (pour seulement 2 personnes) avant 10h.

C’est bon signe. On m’a donné le conseil suivant : « si tu réussis à avoir une réservation facilement, pour une heure décente, sans lutter, ruser ou supplier, décommande parce que ca veut dire que le resto n’est pas bon ».

 

Bon, après avoir été mise sur liste d’attente, je parviens à avoir une réservation pour deux à 9h30. On me confirme ma réservation par texto avec la consigne suivante : « nous gardons votre réservation  10 minutes seulement alors ne soyez pas en retard ». 

 

Lutte avec un taxi pakistanais (qui nous a affirmé que nous nous trompions d’adresse, nous a amené à l’autre bout de la ville pour finalement nous dire que, en fait, on devait avoir raison – résultat : une heure dans les embouteillages au lieu de 15 minutes). Nous arrivons à Madinat, super stressés que le resto ait refilé notre réservation.

 

Devant l’entre de Al Qasr (un des 3 hôtel de Madinat), c’est le défilé habituel des belles voitures qui attendent le « Valet service » (à Dubai, on ne gare pas soi-même sa voiture mais on donne ses clefs au « Valet » pour qu’il aille les garer au parking, on ne sait pas où); ceux qui conduisent une Ferrari ou une Lamborghini ont le droit d’utiliser les quelques places réservées devant l’entrée de l’hôtel. 

 

Zheng He n’est pas un resto chinois comme on a l’habitude d’en voir. Les amateurs de lanternes rouges bien kitch et de photos de cascade en hologramme seront déçus. Zheng He C’est design, moderne, sombre. C’est la version Dubai d’un resto chinois. Tout le monde est sur-habillé; les femmes portent toutes des robes (classe ou très vulgaires) comme partout à Dubai.

 

Les prix des plats sont à la hauteur de la complexitude des recettes (je dis complexitude et non pas complexité, car complexité peut vouloir dire qualité). La carte des vins est scandaleuse: le vin le moins cher (un bordeaux très bas de gamme) est à 65 Euros. Le plus cher (Château Margaux 2006) est vendu à 12,000 Euro. (celui qui a les moyens de se payer une bouteille de vin à 12,000 euros, vient-il manger dans un resto chinois de Madinat?)

 

Notre pauvre petite serveuse philippine qui parle à peine l’anglais nous sort la liste des « Specials » du soir ; on ne comprend pas un mot de sa récitation. Elle commence et finit ses phrases par « Ms Wendy » comme on lui a dit de faire (nom de la réservation).

 

Apres l’entrée (super light pour un prix bien pesant) arrive le moment traumatisant qui se révèle être TYPIQUE des restaurants branchouilles de Dubai : le trou Normand !!!

Apres une entrée  de rouleaux de printemps (version revisitée), on nous amène une GLACE A LA PASTEQUE !!!!

Je ne suis pas contre un « vrai » trou normand pendant un bon repas des familles, bien lourd et bien gras pour pouvoir réattaquer sur un gigot d’agneau… mais une glace a la pastèque sans alcool après avoir mangé à peine une miette, c’est franchement ridicule !!!!

Quant à mon plat principal : je ne suis même pas sure d’avoir mangé du poisson ou de la viande…

 

Mais maintenant, je peux dire que je suis allée au Zheng He….

15/10/2008

A celui qui fait pipi le plus loin

palm_jumeirah.jpgDans « ma version de l’histoire des Emirats », je racontais comment les Sheikh avaient inventé le jeu de « chiche-de-trouver-l’idee-la-plus-folle-et-de-la-realiser ». Cette petite compétition entre Dubai et Abu Dhabi a permis aux Emirats Arabes Unis de gagner le concours mondial des Projets Les Plus Fous et Les Plus Débiles.

 

Prix spécial kitch et Mention du Jury pour les 3 iles artificielles (3 en forme de palmier et  1 en forme de globe terrestre), l’hôtel 7 étoiles « Burj Al Arab » en forme de voile de bateau, l’hôtel-aquarium « Atlantis » (peint en rose), qui rend hommage au peuple mythique des Atlantes,  la piste de ski de 400m de long au milieu du désert, les gratte ciels en forme de pièce d’échiquier.

 

Pour rester à la mode, Dubai se met maintenant à l’écologie.

Comme Abu Dhabi se lance dans la construction de la première ville à consommation zéro, Dubai veut doubler son concurrent en lançant le projet de la première tour pivotante à énergie positive ; les 50 étages pivoteront au gré du vent et du soleil. Il faut bien rester dans la démesure quand même!

(Je doute quand même que la tour puisse produire suffisamment d’auto-énergie pour compenser les dépenses énergétiques déployées pour la campagne marketing et les habitants qui arriveront dans la tour avec leur 4x4 !)

 

Bon, tout ca pour dire que l’immobilier à Dubai, c’est ce qui fait tourner la machine ; il y a environ 100 milliards de dollars de projets en construction en cours, et 3000 nouvelles tours verront le jour d’ici à 2015.

 

Les promoteurs immobiliers plus importants aux Emirats, Emaar et Nakheel sont de véritables icones ; à Dubai, l’immobilier c’est tellement important que c’est plus difficile d’être invité à une soirée de lancement Nakheel qu’à une soirée VIP Prada !!  

 images.jpg

Dalleurs, leurs slogans sont à la taille de leur ego : « Nakheel, where vision inspires humanity » rien que ca !!

 atlantis-dubai.jpg

En ce moment, Emaar et Nakheel sont en train de jouer à « qui fait pipi le plus loin ».

Emaar a commencé en lançant le projet de la tour la plus haute du monde (800m), bientôt achevée… Pour répliquer, Nakheel vient d’annoncer qu’ils se lançaient dans la construction d’une tour de 1000m !!!

 

Quoi de plus phallique qu’une tour  de 1km de haut? Pas besoin d’être un psychanalyste pour y voir une compétition de virilité masculine. Chez les arabes, ca va chercher loin !!

 

Au XIIIe siècle, les villes européennes rivalisaient pour construire la plus haute cathédrale… à l’époque, Dieu servait de prétexte à la vanité des évêques. Aujourd’hui, Dubai aussi honore son Dieu : l’Argent.

 the-world-dubai.jpg

Je ne suis pas forte en références bibliques, mais je crois me rappeler que les hommes ont été punis pour leur vanité d’avoir voulu construire une tour qui irait jusqu’au ciel… La Tour de Babel…  Mais évidement les Sheikhs non plus ne sont pas fort en catéchisme.

 

Je rappelle au passage, que pendant la construction de la tour (qui devrait prendre 5 ans), les appartements seront vendus avant même que la première pierre ne soit posée. Un appartement changera de main au moins 10 fois (« spéculative flip ») avant d’être acheté par l’utilisateur final, qui paiera 10 fois plus cher que le prix de mise en vente initial…

 

Ca, c’est évidement si l’immobilier ne se casse pas la gueule d’ici la...

Allons-nous assister à la chute prochaine de la Babylone moderne ? 

07/10/2008

Gibberish - Sarah Palin

KATIE COURIC (CBS): Why isn't it better, Governor Palin, to spend $700 billion helping middle-class families to spend more and put more money into the economy instead of helping these big financial institutions that played a role in creating this mess?

PALIN: That's why I say I, like every American I'm speaking with, were ill about this position that we have been put in where it is the taxpayers looking to bail out. But ultimately, what the bailout does is help those who are concerned about the health-care reform that is needed to help shore up our economy, helping the—it's got to be all about job creation, too, shoring up our economy and putting it back on the right track. So health-care reform and reducing taxes and reining in spending has got to accompany tax reductions and tax relief for Americans. And trade, we've got to see trade as opportunity, not as a competitive, scary thing. But one in five jobs being created in the trade sector today, we've got to look at that as more opportunity. All those things under the umbrella of job creation. This bailout is a part of that.
SCARYYYYYYYY!!!!!!!


As I copy-paste Sarah Palin’s words on Word, my Word grammar-tool is going crasy with all sentences underlined in green. Word’s suggestion to correct sentences: “Fragment (consider revising)” !!!! Yes Sarah, you better “revise”!!!

Financial Crisis

At a time when everybody is asking “how did we get into this financial mess?” and “who is to blame”, I though that we all agreed that the origin of the crisis came from (or started) in America.

I am no expert on financial matters, and I know the whole world has been acting crasy and unreasonably for the past few years on financial markets; but things did start to go bad with this sup-prime mortgage crisis. Right?

Even the American media, from what I read in Time and Newsweek, agree to take partial responsibility for what is going on.

However, I was very surprised to discover this morning that, actually, the BBC blames the French for the financial crisis!!

Defined as "a severe shortage of money or credit", the start of the phenomenon has been pinpointed as 9 August 2007 when bad news from French bank BNP Paribas triggered sharp rise in the cost of credit

 

I marvel at how the French and the English still find time and energy to quarrel and blame each other for every possible plague. I mean come on guys; it’s been going on for 1000 years? Enough already!

03/10/2008

Lost in translation

Quand on vient d’un pays où la question tribale se résume à un basque colérique, un corse de mauvaise humeur ou un breton hautain, on a du mal à envisager la complexité un pays comme l’Afrique du sud qui a 11 tribus officielles et 11 langues officielles.

 

Ca fait 11 messages de bienvenue à l’aéroport. 11 choix de langue à la machine de retrait automatique.

Ca fait beaucoup de mots, beaucoup de cacophonie et beaucoup de problèmes.

 

Je pense que si les français avaient eu à gérer la même diversité, ils se seraient entre-tués depuis longtemps.

 

Anglais, Afrikaans, IsiNdebele, IsiXhosa, IsiZulu, Sepedi, Sesotho, Setswana, SiSwati, Tshivenda, Xitsonga

 

J’en profite pour caser que le « IsiXhosa” c’est la langue du film les « Dieux sont tombés sur la tête » avec cette sonorité imprononçable de claquement de langue (a l’écrit c’est Xh).

Du coup, quand tu rencontres un Xhosa, la plupart du temps tu ne peux pas prononcer son nom.

 

« Comment tu t’appelles ? »

-    MpeCLACxaCLACte

-    (Silence embarrassé)

-    Tu peux m’appeler Bob

-    Non, non je veux vraiment essayer de prononcer ton nom. Tu peux répéter ?

-    MpeCLACxaCLACte

-    Ok Bob, enchantée, moi c’est Wendy

 

Quand on vient d’un pays ou le sentiment d’appartenance nationale prime sur le sentiment d’appartenance régionale ou communautaire (à part pour les corses et les basques bien sur), c’est difficile de comprendre ce qui fait la « sud-africanité » d’un sud africain. Les communautés cohabitent mais ne se mélangent pas ;  les tribus coexistent mais ne savent pratiquement rien les unes des autres. Les couleurs ne se mélangent pas. Les habitants d’un même pays ne partagent pas les mêmes traditions culinaires, les mêmes coutumes, n’ont pas de langue unique commune… Même la vision de l’Histoire est différente d’une communauté à l’autre. Les héros des uns sont les oppresseurs des autres… bref, difficile de savoir ce qui les unit en tant que Sud Africains.

 

De l’extérieur, on a souvent l’impression que tout se joue dans l’opposition blancs / noirs, mais c’est bien plus compliqué que ca. Les Zulu et les Xhosas sont des ennemis qui se faisaient la guerre bien avant l’arrivée des blancs. Un noir Sotho n’épouserait pas une noire Ndebele. Les Sud africains (blancs) de langue anglaise ne se mélangent pas avec les sud-africains (blancs) de langue Afrikaans. Quant aux « coloured » (les « mélangés ») ils sont exclus et méprisés par les noirs et par les blancs et forment une communauté a part.

 

Bref, c’est tellement compliqué que nos Corses nationalistes peuvent aller se rhabiller.

 Waterfront a Cape Town.jpg

Je suis vraiment fascinée par le rapport aux langues qui se joue en Afrique du Sud.

 

En Afrique, la très très grande majorité des gens (toutes classes sociales confondues) sont au minimum bilingues et souvent trilingues. Ils parlent leur langue maternelle (un dialecte Africain), souvent un deuxième dialecte courant, et la langue officielle de l’ancien pays colonisateur (anglais, français voire portugais).

L’Afrique du Sud ne fait pas exception. L’anglais est la langue officielle, la langue des medias, du business, de la politique, mais ce n’est que la 6e langue (sur 11) utilisée comme « langue maternelle ».

 

l’Afrikaans est également parlée par tous et enseignée comme matière obligatoire a l’école. L’Afrikaans, c’est la langue des premiers colons hollandais arrivés au Cap au XVIe, mais c’est aussi la langue qui symbolise l’Apartheid : elle a été promue comme langue officielle en 1925 au moment du développement de l’« Afrikaner Nationalisme » (le nazisme local) qui a débouché sur les lois ségrégationnistes de l’apartheid. 

 

L’Afrikaans est donc compris de tout Sud Africain, blanc ou noir. Et encore aujourd’hui, bien que certaines écoles politiquement correctes proposent le « Zulu » comme langue optionnelle, dans  99% des cas, un Sud Africain noir parlera parfaitement l’anglais et l’Afrikaans alors qu’un blanc ne connaitra pas un mot de Zulu ou de Xhosa… Les Sud-Africains blancs sont donc souvent bilingues et les noirs sont minimum quadrilingues. 

 

Ca c’est pour les langues « parlées et comprises ». Pour les langues maternelles, c’est encore une autre histoire : dans la région de Johannesburg, les blancs sont en majorité d’origine anglaise et parlent donc l’anglais comme langue maternelle, et les noirs parlent un des dialecte régional. Mais dans le Sud, notamment vers la région du Cap, les blancs sont d’origine Afrikaaner et parlent donc l’Afrikaans (dérivé du hollandais) ; mais le plus fascinant, c’est que même les noirs parlent Afrikaans (comme langue maternelle).

 

Les noirs du cap ont perdu leur langue et leur couleur il y a bien longtemps. Ils ne sont plus vraiment noirs mais métisses: on les appelle les "cape coloured" littéralement « les colorés du Cap ». Pour rappeler que dans leur passé, le sang s’est mélangé.

C’est comme si cette « faute originelle » ne leur avait jamais été pardonnée.

Au fil des générations, les métisses, au lieu de s’intégrer à l’une ou l’autre des communautés (blanches ou noires), ont au contraire été ostracisés, par les blancs et par les noirs, car leur couleur était une insulte aux 2 communautés, (rappelant la faute, le viol, la transgression).

Les « coloured » ont fini par former une communauté à part entière, se « reproduisant » en tant que métisses.

Au final, cette communauté hétérogène est unie, non pas tant par ce qui la rassemble, mais par ce qui la différencie et l’exclue des autres groupes.

Certains « coloured » peuvent avoir la peau très noire, d’autre la peau très blanche, mais ils ne seront jamais considérés comme des noirs par les noirs et comme des blancs par les blancs.

 

C’est vraiment triste : en perdant leur couleur, ils ont perdu leur dialecte d’origine ; il ne  leur reste plus que la langue du peuple qui les a ‘engendrés’ (quand le fermier blanc engrossait une esclave noire) puis rejetés et mis a part.

Leur langue c’est l’Afrikaans.

 

Et aujourd’hui, l’Afrikaans, qui symbolise la culture blanche des fermiers Boers, l’Afrikaans qui rappelle le nationalisme et le ségrégationnisme est parlé par pus de « coloured » que de blancs Afrikaners. Beaucoup de « coloured » pauvres et sans éducation ne parlent même pas l’anglais (ou très mal).

 

Je trouve ca vraiment étrange d’entendre une « black mama » parler une langue dure et gutturale qui pour moi symbolise la blondeur et l’aryanité des fermiers Boers, plutôt qu’un dialecte africain mélodieux et chantant…

 

Et parce que la complexité de ce pays est sans fin, il faut rappeler aussi que le français a aussi laissé ses traces. Suite a la persécution subie par les protestants pendant les guerres de religion en France au XVIe siècle, beaucoup de huguenots français sont venus se refugier en Afrique du Sud (j’ai oublié pourquoi ils ont été chercher si loin), et ont été progressivement amalgamés à la culture Boer / Afrikaneer.

Heureusement, avant de passer du coté de la force obscure (la gastronomie Afrikaans : bouille de betterave et de patates), ils ont quand même transmis la culture du vin et des jolis noms français… Aujourd’hui, beaucoup de « purs » Afrikaners qui ne parlent pas un mot de français s’appellent « Duplessis », « Du Toit », « La Motte », « Dupré »… Moi perso je trouve ca plus sympa que « Van Der Vyk », « Janse Van Rensburg » et « Van der Merwe » !!… 

 

Le bled où je passe quelques semaines en ce moment s’appelle d’ailleurs « Franschoek » (« Coin Français » en Afrikaans), car en 1688, les huguenots ont reçus cette terre du gouvernement. Les lieux dit ont gardé les noms que les huguenots ont apportés avec eux : « Grande Provence », « Chamonix », « Dieu Donné », « La Dauphine », et par extension, certains restos et hôtels s’appellent maintenant : « Quartier Français », « Le Huguenot », « French Connexion », « Bouillabaisse », « Bourgogne », « Val de Vie », « Petite Ferme »…

Il y a même le « monument huguenot » une sorte de monstruosité en plâtre construite en hommage aux huguenots fondateurs. Mais je ne pense pas qu’il y ait une personne dans le coin qui soit capable de sortir un mot de français…

30/09/2008

Un safari en Overseas

L’Afrique du Sud est surement un des pays qui rassemble le plus d’animaux exotiques et mythiques: léopards, lions, girafes, éléphants, baleines, pingouins, phoques... Mais pour les Sud-Africains, l’animal le plus extraordinaire est surement l’étranger.

 

Quand un Sud Af parle d’un pays étranger ou de quelqu'un qui vient de l’étranger, il ne précise pas le pays d’origine mais se contente d’employer le mot magique « overseas », qui se traduit poétiquement par «par delà les mers ».

Ca donne des conversations très étranges :

 

2 Sud Africaines qui parlent :

« Oh j’adooooooooooore tes chaussures ; tu les as eu ou ? »

-    Par delà les mers

-    Ah ouais trop cool.

-    Et sinon, tu fais quoi pour les vacances ?

-    Je vais par delà les mers ».

 

La plupart des Sud Africains ne se sentent même pas obligés de préciser par delà quelle mer. «Overseas » peut vouloir dire le Canada ou l’Espagne », mais ca n’a pas l’air de leur poser un problème. Il faut poser une deuxième question pour obtenir cette précision superflue.

« Ou as-tu fais tes études ?

-    J’ai été étudier par delà les mers.

-    Ah oui, et dans quel pays ?

-    Aux Etats-Unis »

 

Il faut imaginer que « overseas » est prononce en insistant largement sur la dernière syllabe, (« overseeeeeeaaaas »), pour donner encore plus de l’importance à la chose.

 

Bon, j’ai ma théorie sur la question : parce que l Afrique du sud est le seul pays développé du continent, la plupart des gens n’ont pas de raison d’aller visiter les pays voisins (sous-développés). Et donc la plupart des gens n’ont jamais franchi les frontières de leur pays.

 

Si en Europe, c’est devenu banal de prendre un low-cost pour aller visiter Berlin pour le weekend, en Afrique, Easyjet Angola, n’aurait pas vraiment de success!.

L’Afrique du Sud est un pays tellement grand qu’il faut déjà 3h d’avion pour voyager du nord au sud, alors aller dans un pays voisin (pas trop pourri), c’est tout de suite 4-5h d’avion. Et puis pourquoi aller au Kenya ou Botswana ? pour faire un safari ? ils ont déjà tous les animaux sur place.

 

En Europe, on peut vraiment se dépayser facilement : boire des bières et bouffer de la saucisse à Frankfort ou voir les gardes aux chapeaux poilus de Buckingham ; nos safaris clichés-culturels sont à peine une heure d’avion.

 

Bref, les Sud Africains sont un peu coincés dans leur beau pays. Les pays (développés) ou ils pourraient avoir envie de voyager les plus proches sont à minimum 10h d’avion (l’Australie, Europe). C’est sur que ce n’est pas donné a tout le monde. 

 

Les Sud Africains sont très fiers de leur pays et ils sont surtout très fiers d’être le seul pays du continent à s’en tirer relativement bien au milieu d’une cinquantaine de pays en dérive. Je trouve qu’ils font souvent un complexe de supériorité par rapport à leurs voisins africains. Mais de l’autre cote, ils souffrent d’un complexe d’infériorité par rapport aux Européens d’overseeeeeaaas qu’ils trouvent fascinament sophistiqués.

 

Hier, en conduisant, j’ai failli écraser une famille de babouin qui déboulait des montagnes; quelques heures plus tard, j’ai vu une baleine cracher de l’eau à moins de 10m de moi, en faisant un arc en ciel. J’ai mangé dans un resto qui pourrait avoir 2 étoiles au Michelin pour 20 euros, et j’ai bu un vin qui ferait pâlir de jalousie un vigneron bourguignon. 

 

Rien que pour ca, je dis : « les gars, vous n’avez pas à nous envier notre tour Eiffel, nos chapeaux poilus et nos danseuses de flamenco.

14/09/2008

Ma version de l'Histoire des Emirats

Les émirs (ou aussi appelés Sheikh) sont ces grands types super riches qui ont des torchons sur la tête et portent des grandes robes blanches et se la petent au Ritz en louant un étage entier pour y loger leur 4 femmes et 48 enfants…

Avant, ces bédouins nomades étaient très contents de se balader sur leurs chameaux dans la péninsule arabique. Ils étaient organisés en clans, dont les chefs (Emirs ou Sheikhs) descendaient tous de la tribu « Bani Yas ».
Dans les années 70, il y a pleins d’étrangers qui ont commencé à s’intéresser à la boue noire qui coulait sous le sable ; les Sheikhs se sont dit « oulala, c’est louche ca, on ferait peut être mieux de rester dans le coin pour surveiller ce qu’il se passe avec ces étrangers qui creusent des trous partout ».

Et puis un jour, ils ont découvert ce que c’était que l’Argent. Et que cette boue noire leur permettait de se payer pleins de nouveaux chameaux. Cool quoi. Donc les émirs se sont dit « tiens les mecs, comme on est 7, on pourrait s’occuper chacun d’une des 7 villes de la région pour surveiller que les étrangers ne s’en mettent trop plein les fouillles ». Un des émirs a répondu « ouais super cool; eh les mecs, j’ai une super idée, si on s’unissait pour former un pays !! On pourrait s’appeler « les Emirats Arabes Unis !! » ; ce mec, là il avait des idées tellement originales qu’il est devenu le président du pays, et à Dubai ils ont même renommé la rue principale (maintenant c’est une autoroute à 2 x 8 voies) à son nom : Sheikh Zayed.

Ca c’était en 1971. Le monde s’est réveillé un matin en apprenant que des bédouins éleveurs de chameau dirigeaient un pays assis sur une montagne d’or (noir).

Bon, il y a des émirs qui se sont fait un peu avoir dans le partage des zones : parce que le Sheikh qui a tiré au sort Dubai (Sheikh Mohammed Al Maktoum) et celui qui s’est retrouvé avec Abu Dhabi (Sheikh Khalifa al Nahayan), ils s’en mettent nettement plus plein les poches que leurs potes Emirs d’Ajman ou Ras al Khaimah.

Apres ca, les Emirs ont découvert que la boue noire pouvait leur payer autre chose que des nouveaux chameaux. Ils se sont mis à avoir des gouts de luxe, à se faire construire des villas de malade. Après, comme ils ne savaient plus quoi faire de leur thune, ils se sont dit « tiens, pourquoi on ne transformerait pas notre ville en un Disney Land géant qui deviendrait la ville la plus bling bling et la plus clinquante du monde ; après comme ca on pourrait inviter Sarkozy ».

Le Sheikh qui avait des idées super originales pour les noms a dit « trop cool les mecs – et si vous voulez, je m’occupe des noms des quartiers». Avec les années, il était devenu encore plus visionnaire et donc il a eu des idées géniales pour les quartiers de la ville : « Internet City », « Knowledge City », « Sport City », « Culture Village», « Business Bay », « International City », « Discovery Garden », « Dubailand »… comme ca on a vraiment l’impression de vivre à Disneyland ;

Du coup, ca donne des conversations comme ca:
- Et toi t’habite dans quel quartier de Dubai?
- Dans la Ville du Savoir ; et toi ?
- Moi j’habite dans le Village de la Culture, juste a cote de la Ville Internet, mais je vais déménager dans la Ville du Sport.
- Ah ouais cool. Moi je pensais acheter un appart dans la Ville Internationale mais il parait que le « bloc français » pue les égouts. Je vais peut être m’installer dans le « bloc italien », mais on m’a dit qu’il y avait trop d’indiens qui vivent la bas.

(a noter : la culture n’a le droit qu’a un « village » alors que pour le business on parle de « city » !!)


Au début, les émirs n’avaient pas pensé qu’il faudrait beaucoup de monde pour construire tout ca, et pour faire les boulots à la con que eux n’étaient plus capables de faire depuis qu’ils avaient découvert l’ « Argent ». Et c’est là ou ils se sont dit qu’ils avaient vraiment trop de chance d’habiter à 3h d’avion d’une zone super pauvre et en guerre.
Le Sheikh aux idées originales, était un peu vieux et il voulait ordonner tout comme un vieux maniaque. Donc il a dit «bon les gars, les Pakistanais, on va les mettre à la construction ; parce qu’ils viennent d’un pays tellement pourri que ca ne va pas les déranger de travailler 12h par jours pour 200 euros par 45 degrés a l’ombre. Les Indiens, je les vois bien chauffeurs de taxi ; ils ont l’habitude de conduire dans Calcutta donc ca devrait pas leur poser de problème. Ya aussi les Philippins qui ont répondu en masse à notre appel d’offre. Enfin surtout des femmes. Donc elles, ont va les mettre comme femmes de ménage et boulots de service. Les occidentaux c’est un peu plus problématique : ils ont été pourri gâtés pendant 50 ans ; même si en Europe ya plus un rond maintenant, les occidentaux ont toujours des gouts de luxe et donc ca sert à rien d’essayer de les faire bosser dur parce que ya rien à en tirer ; plus un pet’ de muscle sur la carcasse. Et puis on a suffisamment de Pakis et d’Indiens pour faire les boulots à la con. Je pense qu’il faut leur trouver autre chose.
Les occidentaux, c’est des malins (c’était quand même pas mal le coup de trouver que le pétrole qui ne servait a rien depuis 20,000 ans pouvait rapporter un max!), donc eux, je pense qu’on devrait leur donner l’illusion d’avoir une vie de reve ici, pour qu’ils mettent toute leur énergie et leur savoir à chercher comment rapporter encore plus de thune au pays. On va être plus malin qu’eux : on va leur faire croire qu’ils travaillent pour eux, mais en fait ils vont travailler pour nous !
»
Oui, ce Sheikh Zayed c’était vraiment un visionnaire.

Une fois qu’ils ont atteint ce niveau, ils se sont dit : « bon les gars, il nous manque une icône pour être reconnu dans le monde entier, comme la tour Eiffel ou un machin comme ca. Ils se sont creusé la tête: «on n’a pas d’histoire donc pas de vieux monument tout croulant que des millions de touristes veulent visiter. Comme notre truc à nous c’est le fric et le bling bling, je propose qu’on construise des iles artificielles en forme de palmier ou de monde. Ca rendra bien vu du jet privé ».
C’est comme ca qu’ils ont inventé le jeu du « chiche-de-trouver-l’idee-la-plus-folle-et-la-plus-debile-et-de-la-realiser »; ils aimaient bien ce petit jeu ; Sheikh Mohamed al Maktoum de Dubai gagnait tout le temps : alors à Dubai, on se retrouve avec des iles artificielles en forme de palmier, et en forme de monde, un hôtel 7 étoiles en forme de voile de bateau, une tour de 800m de haut, un hotel-aquarium qui rend hommage à la peuplade des Atlantes, une tour dont tous les étages tournent en fonction du soleil…
Sheikh Khalifa Al Nahayan, l’Emir d’Abu Dhabi était un peu jaloux il faut le dire. Tout le monde en avait pour Dubai, alors que c’était Abu Dhabi la capitale du pays. Donc lui, il s’est dit « rira bien qui rira le dernier Mohammed ; je vais faire mieux que toi. Moi je vais attirer la seule chose que l’argent ne peut pas payer : « la culture et la classe »… tu vas voir comme ils vont se foutre de ta gueule avec ta tour qui tourne, quand moi j’aurais Le Louvre, le Guggenheim, l’Université de Yale et de la Sorbonne, et que tout le monde viendra à Abu Dhabi et cessera de nous prendre pour des bédouins éleveurs de chameaux… »

To be continued

21/08/2008

Entre coutumes et traditions: la 3e voie des femmes du golfe

On reconnait les émiratis, (et en général les arabes du golfe) à leur façon de s’habiller : les hommes portent la ‘Kandura’ (ou ‘dishdash’), une longue tunique d’un blanc immaculé,  et un voile blanc ou rouge quadrillé (‘guthra’), maintenu par un cercle noir (l’’aqal’). Les femmes portent l’ ‘abaya’, une longue tunique noire et la ‘shayla’, le voile qui laisse voir leur visage, ou la ‘niqab’ qui laisse voir seulement les yeux.

J’avais entendu dire qu’il était « obligatoire » pour les émiratis de porter ce costume. Mais en fait, c’est plus une « obligation sociale » qu’une obligation légale. Une façon de maintenir leur culture et leurs coutumes, de « résister à l’occupant » (nous les étrangers)...  

 

Faisal Fikri dit dans son blog : « ma famille me méprise quand je porte des habits occidentaux. Nous sommes devenus si peu nombreux que porter l’habit traditionnel est devenu une technique de survie »

 

Au début, je trouvais les hommes un peu ridicules, surtout avec leur long foulard sur la tête ; maintenant que je suis habituée, j’y vois beaucoup d’élégance et de raffinement. Leurs tuniques sont toujours d’un blanc immaculé et jamais froissées (ils en changent plusieurs fois par jour!).  Le « voile » (guthra) est également porté avec une savante élégance : parfois couvrant les épaules, ou alors avec les coins repliés sur le haut de la tête (aération du cou quand il fait trop chaud, j’imagine), découvrant ainsi un petit cercle de fine dentelle qui sert à maintenir la guthra en position. Ils font également un petit pli dans le tissu sur le devant de la guthra, au niveau du front. Ce petit pli a l’air de ne servir à rien, mais il doit avoir sa signification et ca me fascine…

Souvent, les jeunes adolescents, tiraillés entre le respect de leur culture traditionnelle et l’attrait pour les vêtements occidentaux, portent la  Kandura traditionnelle et une casquette de base-ball américaine en guise de Guthra!

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Les femmes dans leur longue abaya noire sont également fascinantes.

En effet, cette longue tunique couvrante n’empêche pas les femmes d’être coquettes, et on peut admirer leur sens du style.

La façon de porter l’abaya révèle beaucoup de choses: on reconnait les plus ‘religieuses’ à leur façon ‘modeste’ de porter l’abaya (comme le veut l’islam), c'est-à-dire sans maquillage ou fioriture, bref, sans tenter de se rendre attirantes en ‘améliorant’ ce que Dieu leur a donné. Et puis il y a ces femmes qui ne veulent pas sacrifier au plaisir féminin universel de se sentir belles et admirées, et qui portent leur abaya de façon plus ‘vaine’. Elles savent admirablement bien jouer avec les codes de l’islam, et avec si peu de « marge de manœuvre » (la forme et la couleur du vêtement étant imposées), savent se rendre tout à fait attirantes. Leur longue tunique noire est ainsi rehaussée de perles ou de petites incrustations brillantes sur les manches, les pans de la tunique, et le voile (qui souvent est signé Gucci ou Versace) !  Le plus fascinant, c’est cette façon de rehausser leur coiffure (sous le voile) pour donner à leur ‘shayla’ un incroyable volume. Sous le voile, elles portent leurs cheveux en hautes queues de cheval ou chignons entourés de tissu pour faire encore plus ‘gros’. Ce système a pour but d’éviter que le voile n’« écrase » leur visage (comme on peut avoir l’impression des femmes qui portent le hijab,- ce voile porté dans les autres pays musulmans, qui enserre le visage et le cou) ; là au contraire, le voile flotte élégamment autour de leur visage et souligne leurs traits fins. Ca ressemble presque à une coiffe de princesse du moyen âge…

 

Les photos ci-dessous viennent de sites internet de mode islamique ( !) (Comment porter son abaya en étant élégante et à la mode) et les femmes sont des modèles du « défilé Abaya » pendant la « Dubai fashion week »

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Quant aux femmes qui portent la niqab (voile couvrant le visage), cela ne les empêche pas non plus d’avoir des abayas décorées de perles, et de s’assurer que leurs yeux sont magnifiquement maquillés pour rehausser le mystère de la femme qui se cache dessous.

 

Cette approche « fashion » de l’habit islamique fait débat dans la société musulmane : en effet, le but du voile c’est justement de rendre la femme ‘peu attirante’, et donc invisible aux yeux des hommes. Les femmes sont sensées garder une attitude ‘modeste’. Or, les femmes dont je parle plus haut sont tout sauf ‘peu attirantes’; elles sont au contraire si belles et si élégantes qu’on a parfois du mal à s’empêcher de les dévisager ! Du coup, pour se distinguer de ces femmes au style qu’elles jugent vulgaire, et non islamique, les plus religieuses optent pour le voile totalement couvrant qui ne laisse même pas voir leurs yeux ! Elles se couvrent le visage d’un tissu suffisamment clair pour leur permettre de voir à travers, et suffisamment opaque pour qu’on ne voie rien d’elles…

 

Nous occidentaux voyons toujours ces femmes en noir comme opprimées et malheureuses. Nous ne voulons pas croire qu’elles ‘choisissent’ de s’habiller comme ca. Nous pensons qu’elles sont forcées, ou bien qu’elles ont subi un lavage de cerveau qui leur fait adhérer à ces valeurs que nous ne pouvons partager. Oui, c’est bien un lavage de cerveau. Mais ce lavage de cerveau s’appelle « culture », « traditions » et « religion ». Nous sommes tous un produit de notre éducation et notre culture d’origine.

 

Ce que j’essaie de dire c’est que c’est bien par « choix » (même si ce choix est imposé inconsciemment par la culture les traditions la religion) et non par force que ces femmes se couvrent entièrement, et elles ne concevraient pas qu’il en soit autrement.

 

Pour mieux comprendre, j’ai lu beaucoup de blogs de femmes du Golfe. Même si beaucoup d’entre elles sont conscientes de la différence (parfois injuste) entre les hommes et les femmes dans leur société, rares sont celles qui remettent en cause les valeurs fondamentales de leur société dirigée par les hommes.  Elles mettent au contraire en avant les changements positifs et les opportunités qui s’offrent à elles en ce moment, notamment aux Emirats Arabes Unis, où on les laisse libres de travailler, d’investir et de « faire de l’argent ».

En effet, aux Emirats, les femmes jouissent d’une relative liberté et elles ne souffrent pas vraiment de discriminations dans le monde du travail: 64% des étudiants d’université sont des femmes, la moitié des fonctionnaires émiraties, et 1/3 des employés de banques y compris a des très haut niveaux sont des femmes (dans la petite proportion d’émiratis qui travaillent), il y a même 2 ministres femmes.

Mais la grande majorité de ces « power women » défendent leur abaya et shayla avec véhémence.

 

Muna Ahmad, journaliste à Emirates Today (26 ans) explique : « L’Abaya et la Shayla ne sont pas une contrainte mais une protection. J’aurais honte d’être vue sans les porter car dans notre culture, les jambes et les cheveux sont comme les seins. Il faut les cacher. C’est notre tradition ».

 

 

Elle rajoute avec beaucoup d’humour: “Les homes emiratis conduisent des Porshes et des Ferrari: ils voient que nous les dépassons dans le monde du travail, et donc ils compensent leur frustration par la testostérone. C’est notre revanche ! Nous sommes tout simplement plus motivées que ces petits garçons gâtés qui ont tout et ont le droit de tout faire »

 

Le livre de Rajaa Al Sani,  « les filles de Ryad » explique la mentalité de ces femmes voilées des pays du golfe. La question est beaucoup plus complexe que ce que nous imaginons en occident, en réduisant le voile à un simple symbole de soumission. Cette bloggeuse Saoudienne de choc (dont les blogs ont été publiés en un livre - interdit en Arabie Saoudite) raconte les flirts et passions amoureuses (platoniques) de ces filles de Riyad, leurs espoirs et déceptions en termes de mariage, d’amour, et leurs petites transgressions des lois islamiques (bien petites à nos yeux). Mais bien que les récits de Rajaa Al Sani soient considérés comme subversifs par les Saoudiens les plus traditionnalistes, j’ai été surprise de découvrir qu’aucun des personnages féminins de l’histoire  ne remette vraiment en cause les valeurs fondamentales de cette société (patriarcat, mariage arrangé…) ; Encore une fois, ces filles sont un produit de leur environnement, et même si nous les voyons comme soumises et emprisonnées, je ne pense pas qu’elles envient notre mode de vie ou notre culture…

 

Mais plutôt qu’opposer « nos » valeurs à  « leurs » valeurs de façon manichéenne, n’y aurait-il pas un juste milieu ?

Bien des femmes arabes, notamment dans le golfe, rejettent nos valeurs occidentales sans pour autant tomber dans l’islamisme ou la religiosité rétrograde et infantilisante. Ces femmes, celles-là mêmes qui portent si élégamment leur abaya sont des femmes modernes, dynamiques, à la recherche de la « 3e voie ». La voie qui combine modernité et respect des traditions culturelles et religieuses.

 

Beaucoup de ces femmes travaillent, étudient et se battent pour avoir plus de libertés : en Arabie saoudite, les femmes viennent d’acquérir le droit de posséder leur propre carte d'identité avec photo, celui d'étudier l'architecture, le droit, la médecine, celui de divorcer plus facilement, et la possibilité de diriger une entreprise. Ce sont des petits détails, surtout aux yeux des occidentaux, mais mis bout à bout cela représente une avancée tangible.

J’en profite au passage pour dire qu’il ne faut pas croire non plus que la plupart des arabes du golfe ont 4 femmes (comme le Coran les-y autorise) ; l’immense majorité « se contente » d’une épouse (enfin surtout aux Emirats Arabes Unis, connus pour être beaucoup plus progressistes et tolérants) !

 

Je ne cherche pas du tout à vanter ou justifier les valeurs archaïques de ces sociétés où l’homme est roi. Mais je pense qu’il est très présomptueux pour nous occidentaux de vouloir imposer nos valeurs et nos façons de penser à toute la planète. De penser que nous avons toujours  raison et qu’ « ils » ont toujours tors.

Nous pensons que les arabes devraient adopter nos valeurs, ‘apprendre de nous’ ; mais nous ne pensons jamais que nous avons aussi à apprendre d’eux : leur sens de l’hospitalité, leur respect des personnes âgées et des liens familiaux, leurs traditions culinaires raffinées, leur riche héritage littéraire et notamment poétique … Nous les voyons comme rétrogrades et archaïques, mais notre étalage à outrance du sexe dans les media est-il un modèle parfait? Sous prétexte de vivre dans un pays à grande liberté religieuse et sexuelle, ne sommes nous pas tombes dans les excès et la vulgarité ?

 

Je finis par cette petite anecdote qui m’a beaucoup étonnée : A l’heure où en France on nous propose des émissions de TV réalité plus débiles les unes que les autres (ile de la tentation etc…), les pays du golfe font un carton avec des émissions de concours de poésie! L’Arabie Saoudite a explosé tous les records d’audience sur le golfe (70 millions de spectateurs) avec son émission: « le Poète du Million », une joute poétique (sur le principe de Nouvelle Star) entre plusieurs poètes qui doivent improviser des poèmes en arabe classique (l’équivalent du latin pour nous)! Suite au succès de cette émission, Abu Dhabi lance l’émission « le Prince des Poètes »….Et ca marche !!!  (Et n’allez pas croire que c’est parce qu’ils n’ont que ca à regarder : la télé satellite apporte tous les programmes et films américains dans les maisons)…

 

Je n’en suis qu’au tout début de mon exploration sociologique. Il y a encore et il y aura toujours beaucoup de choses que je ne comprends pas. Je m’excuse d’avance pour toutes les erreurs, mauvaises interprétations ou maladresses commises à l’egard de ceux dont je parle.

 

Pour référence, voici quelques blogs absolument passionnants de jeunes auteurs arabes progressistes et libéraux, mais qui ne « vendent pas leur âme » pour autant à l’occident.

 

http://culturepolitiquearabe.blogspot.com/

http://arabwomanprogressivevoice.blogspot.com/

http://revoltinthedesert.blogspot.com

 

Article sur les femmes qui portent la Niqab :

http://voguemom.blogspot.com/2007/09/women-with-niqab.html

 

Blog d’une canadienne convertie à la recherche du mari parfait

http://chasing-jannah.blogspot.com/2008/06/interracial-ma...

 

Et pour finir, une petite photo trouvee sur le net qui resume parfaitement Dubai: J'adore!!

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20/08/2008

Crise d'identite des emiratis

 

Il y a 40 ans, les Emirats Arabes Unis n’existaient pas. Dubai était un village de pécheurs vivant de la culture de la perle, des bédouins suivant des règles tribales séculaires.

Dans les années 60, les premiers gisements de pétrole sont découverts et c’est le début d’un développement économique fulgurant. En à peine 30 ans donc, les émirats sont passés de quelques centaines de milliers d’habitants à 6 millions (dont 2 millions à Dubai). Mais ce développement express a nécessité un appel à la main d’œuvre étrangère. Si bien que désormais, 80% des habitants des Emirats Arabes Unis sont des étrangers! (50% d’asiatiques, 23% d’arabes et 8% d’occidentaux). D’ici 2010, le pourcentage d’Emiratis aux E.A.U devrait tomber en dessous des 10% et on estime que d’ici à 2020, leur proportion sera en dessous des 5% de la population globale ! 

Ce déséquilibre entraine évidement de profonds bouleversements dans société  si traditionnelle, et on parle même de véritable « crise d’identité ».

Les émiratis sont en voie de disparition dans leur propre pays !!

 

Je suis assez fascinée par les émiratis… non seulement parce qu’ils deviennent une minorité (on les regarde avec l’émotion d’un anthropologue observant une espèce rare en voie de disparition), mais évidemment aussi pour tout le mystère sulfureux qui se dégage de leur fière culture… Les hommes avec leur grande longue robe blanche d’un blanc immaculé, et les femmes tout de noir vêtues avec leurs yeux soulignés de khôl…

Dans notre imaginaire d’occidentaux, la longue robe blanche et surtout la ‘coiffe’ blanche avec son cercle noir est synonyme d’immense richesse… Nous avons à l’esprit ces « cheikhs arabes » à Paris ou à  Londres qui réservent des hôtels entiers et distribuent les billets de 500 euros comme des bombons.

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Dans tout cliché  ou préjugé, il y a une part de vérité, et évidemment une grande part de mythe. Comme l’image du français avec son béret et sa baguette…

 

Je ne prétends pas connaitre la vérité ou comprendre la culture des Emiratis, mais je me plonge avec passion dans les articles et les blogs sur le sujet, essayant décoder cette culture en pleine mutation.

 

Pour comprendre l’ampleur des mutations dans la société émiratie, il faut remonter aux origines des Emirats: au delà des grandes tours et de l’apparente modernité de Dubai et des Emirats Arabes Unis, c’est un système archaïque de tribus et de clans séculaires qui est encore en place. Chacun des 7 émirats est dirigé par un ‘émir’ (gouverneur) ou ‘sheikh’, et toutes les familles dirigeantes sont plus ou moins issues du clan des « Bani Yas » (une tribu bédouine originaire d’Arabie Saoudite qui existe depuis des centaines d’années). Cette ‘tribu’ compte une vingtaine de ‘sous-clans’ comme par exemple les ‘Al Nahyan’ qui au XVIIIe siècle fondent Abu Dhabi (et la dirigent encore). La famille Al Bu Falah, un autre clan Bani Yas s’installe à Dubai (la famille Maktoum actuellement au pouvoir à Dubai descend de ce sous-clan). Il y a aussi les  Al Qawasim (de Sharjah et Ras Al Khaimah) et les Al Nu’aime (de Ajman) et d’autres sous-clans très influents. La population émiratie descend donc des ces peuplades bédouines  divisées en clans et tribus, elles-mêmes sous-divisées en sous-branches.

Cette culture tout à fait particulière, de fiers bédouins, encore des nomades il y a peu, est très difficile à envisager pour nous ; c’est quasiment impossible de comprendre leur mentalité.

 

On a du mal à associer les images de ‘tribus’, de ‘clans’ de ‘de bédouins’ avec celles de grands gratte-ciels et de la modernité de Dubai.  La population émiratie traverse justement une véritable « crise d’identité »: à Dubai dans les émissions de télé locales, on entend souvent des débats sur le problème de la perte d’identité nationale : trop grande influence occidentale, désintérêt des jeunes émiratis pour leur propre culture ou la langue arabe…

Et oui, comme ils sont devenus une minorité, les émiratis ne peuvent même pas utiliser leur propre langue puisque tous les emplois de service sont tenus par des étrangers qui ne parlent pas l’arabe!

Il y a aussi le problème du mariage : devant un accroissement des mariages « interraciaux » / « interculturels », le gouvernement a du mettre en place un « mariage fund » qui alloue 20,000 Euros aux jeunes mariés pour s’établir, sous réserve qu’il s’agisse d’un mariage entre 2 émiratis !

 

Mais en plus de perdre leur culture et leur langue, les émiratis risquent de se retrouver complètement mis à l’ écart des évolutions de leur propre pays. En effet, plus de 50% de la population Emiratie est « sans emploi ». Non pas un « chômage » subi, comme chez nous, mais une oisiveté choisie ; tout simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de travailler : Il y a bien sûr les grandes familles proches du pouvoir et abreuvées par les pétrodollars, mais également les familles qui vivent des dividendes des multinationales s’installant à Dubai (une entreprise étrangère a besoin d’un « partenaire local » pour être enregistrées aux E.A.U).

Il y a en général peu d’incitations pour les émiratis à travailler dans des emplois qu’ils jugent « peu payés » alors que le gouvernement leur donne de grosses allocations (jusqu'à 5000 USD par mois) et des logements gratuits. Quant à ceux qui travaillent, c’est à 95% dans des emplois de fonctionnaires d’état, donc dans des emplois assez déconnectés du secteur privé qui fait turbiner l’économie.  

Le gouvernement  commence à s’inquiéter : si les émiratis ne s’intègrent pas plus dans le monde du travail, et notamment dans le secteur privé, surtout dans les secteurs clefs comme les media et la finance, ils perdront entièrement le contrôle de leur pays.

 

Rouiya Jewad dit dans son blog “si nous ne bougeons pas, nous allons nous retrouver tellement en arrière et déconnectés que bientôt nous réaliserons que nous n’avons plus de place dans notre propre pays. Ca devient crucial pour nous de commencer à nous intégrer ».

18/08/2008

The Mall of the Emirates

The Mall of The Emirates est, pour le moment, le plus grand mall (centre commercial) de Dubai (un mall encore deux fois plus grand est actuellement en construction).
Tous les nouveaux arrivants à Dubai (comme moi) y passent des heures et des heures pour plusieurs raisons :
1) on y trouve TOUT (supermarché, fringues, meubles, électronique, mais aussi cinémas et piste de ski !), ce qui est un avantage majeur quand on ne connait pas une ville (oui c’est toujours un casse tête de trouver la piste de ski dans une nouvelle ville)
2) car c’est un lieu réconfortant, (trouver des petites crèmes au caramel « La Laitière » à Carrefour constitue un élément réconfortant)
et 3) parce qu’il est un résumé sociologique de Dubai, et donc c’est assez fascinant.
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Carrefour : nous français, on peut être fiers de notre Carrefour national ! C’est le supermarché le plus populaire de la ville : tout le monde y vient car on y trouve tout, et pour toutes les nationalités: un rayon de fromages à la coupe hallucinant, avec camemberts coulants, cantals demi-vieux, et autres douceurs nationales pour les francais, qui retrouvent aussi leurs marques préférées, (souvent difficiles à trouver à l’étranger) comme justement les petits pots « La Laitière » ou les VRAIS yaourts Danone (pas ceux dont le gout est modifié pour s’adapter aux gout du pays local). Il y a aussi des produits français incongrus, petits luxes injustifiés (l’eau de source Quezac, du beurre au sel de Gérande...) etc… C’en est presque déprimant si on est à la recherche de dépaysement…
Et toutes les autres nationalités trouvent également leurs produits nationaux. Les anglais retrouvent leurs icones culinaires phares comme la « marmite » (pate à tartiner noire infâme que seuls un anglais habitué depuis le plus jeune âge est capable d’avaler sans vomir), et autres fleurons de la cuisine anglaise etc etc…
Comme il y a environ 150 nationalités représentées à Dubai, ca fait un GRAND Carrefour. Quoi que je dois dire, pour les nationalités ’en bas de l’échelle’ sociale à Dubai (Pakistanais etc…), Carrefour fait moins d’efforts!!…
Un petit bémol toutefois : pas de vin ou d’alcool. Bien que les Emirats Arabes Unis soient tolérants en la matière (en tout cas plus que leurs voisins Saoudis), on ne peut pas acheter de l’alcool en vente libre. Il faut obtenir une licence du gouvernement (sur présentation du passeport et preuve qu’on n’est pas musulman). Dailleurs ce qu’on appelle chez nous « vinaigre de vin » est vendu comme « vinaigre de raisin » pour ne pas perturber les esprits !


La piste de ski

Aaaaah la fameuse piste de ski… et oui, elle est au Mall of The Emirates.
La première fois, je suis tombée dessus par hasard, en déambulant dans le mall. Je ne savais pas du tout qu’elle était là (je ne sais pas pourquoi je m’étais imaginée que c’était un grand dôme en verre au milieu du désert)…
Bref, au fond d’une allée, prés du « Food court » (là ou il y a tous les restos et fast food), je vois une grande baie vitrée qui donne sur… la piste de ski !!!

La piste fait 400 mètres de long, 90m de large, et 90m de dénivelé (de l’extérieur de la rue on voit une espèce de gros tube en béton qui monte vers le ciel). C’est une surface qui fait environ 3 terrains de foot, avec 5 pistes différentes.
Les murs en béton font 5 mètres d’épaisseur pour avoir une isolation maximum et la température est maintenue à -1 degrés. Toute l’eau qui fond est réutilisée pour refaire de la neige, et le froid accumulé sert à fournir tout l’air conditionnée du centre commercial (oui ils t’expliquent ca comme si c’était un truc écolo !)
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Depuis la baie vitrée, en petite robe légère, j’observe ces gens en anorak : les émiratis avec leurs longues kanduras marchent dans la neige vers la remontée mécanique… Les écoles de ski se préparent à monter… les ados font les fous au snow park et dans la zone de free style… les petits font de la luge dans le toboggan en neige… les femmes en abaya se lancent des boules de neige… et moi je prends un « Vin chaud » (sans alcool) au « Saint Moritz » café !!!! (véridique)


Valet service

Au Mall of the Emirates, il y a évidemment un immense parking pour se garer. Ca, c’est quand on est une personne « normale », avec une voiture « normale ». A partir du moment où on est riche et donc propriétaire d’une voiture de riche (Porsche, Ferrari, Hummer etc…) on a le droit au « Valet Parking Service » (arriver directement devant la porte d’entrée du mall avec sa voiture, filer ses clefs à l’employé pakistanais qui se charge de garer la belle voiture et de la ramener quand son propriétaire la demande). Officiellement, le service est ouvert à tous et à toutes les voitures, mais personne conduisant une Toyota Yaris ne voudrait arriver au milieu de ce spectacle de frime (admiré par des groupes de spectateurs) et tendre ses clefs au ‘valet’. Enfin il faudrait un aplomb et une confiance en soi admirable! Ca serait presque de la provoc, j’adorerais voir ca !

Assez sadiquement, l’endroit où les « richs and famous » déposent leur belle voiture au « valet », est également l’endroit où on fait la queue pour prendre un taxi. Dans la petite minorité de gens qui ne possède pas de voiture à Dubai (dont je fais partie), il y a évidement beaucoup de gens qui ne peuvent pas se permettre ou n’ont pas les moyens d’avoir une voiture (ne pas avoir de voiture a Dubai, c’est rarement un choix !) … Donc c’est vraiment cynique ou sadique d’avoir mis le ‘taxi service’ et le ‘valet service’ au même endroit !
Nous, pauvres êtres humains sans voiture, faisons la queue en pleine chaleur regardant le spectacle navrant de ces propriétaires de Hummer qui veulent frimer. Heureusement, pour mieux apprécier ce spectacle, le Mall of the Emirates a mis gracieusement à notre disposition des ventilateurs/brumisateurs tout le long de la file d’attente pour que nous ne tombions pas de chaud devant les belles voitures (ca ferait mauvais genre)…

Science Fiction

Depuis deux semaines que je suis là, Dubai ne cesse de me fasciner (tour à tour émerveillée ou horrifiée, mais en tout cas, pas indifférente).

Comme je disais dans mon premier blog, j’ai parfois l’impression d’avoir été projetée dans le futur, ou dans un film de science fiction. Je ne sais pas encore si j’aime ca…

 

Tout a commencé à  ma sortie de l’avion, quand je me suis fais scanner la rétine. Puis ensuite, ce sont mes empruntes digitales qui ont été scannées : au boulot, la porte d’entrée et mon ordinateur ne s’ouvrent qu’à la douce caresse de mon index droit !     

Sur l’autoroute, les péages sont payés automatiquement grâce à une puce incrustée sur le pare-brise qui envoie le signal de débiter votre compte bancaire…   

 

En parlant de compte bancaire, justement, ici, les banques n’ont quasiment aucun bureau de représentation dans la ville : tout se fait par téléphone, internet, et quand il faut signer des papiers (pour ouvrir un compte ou signer un prêt), c’est l’employé de la banque qui se déplace et vient vous rencontrer à votre travail ou votre domicile !

 

Mon compte à peine ouvert, on me donne déjà 3 cartes de crédit !! Une Visa, une Mastercard et une « carte de paiements virtuels », qui sert pour tous les paiements électroniques (billets d’avion e-tickets) et notamment pour payer ses factures d’électricité et autres services gouvernementaux…

 

Quand je demande à l’employé de banque (qui est venu jusqu'à chez moi) pourquoi j’ai besoin d’avoir 2 cartes de crédit, il m’explique tout naturellement que c’est à cause de la guerre commerciale entre Visa et Mastercard : « Si vous allez dans un restaurant et que c’est « Visa night », vous pouvez avoir une ristourne de 25% sur l’addition ! Mais si c’est la « Mastercard night », il faut payer avec Mastercard. Voila pourquoi il vous faut 2 cartes de crédit (gratuites) et une carte de paiements virtuels »…

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Il est loin le temps ou je me baladais avec un sac pour transporter mes kilos de billets de « dalasis » (la monnaie gambienne) car la plus grande dénomination était de 50c d’euro…

10/08/2008

Dubai, premieres impressions

Dubai est la ville qui fait rêver la moitié du monde et qui horrifie l’autre moitié … Il fallait que je voie ca de mes propres yeux.

Je suis une « newcomer ». A Dubai, il en arrive des centaines tous les jours (environ 800!), des postulants à la nouvelle ruée vers l’or… le rêve Américain va-t-il être remplacé par le rêve Emiratien ?

Mon arrivée à Dubai est assez surréelle ; comme si j’avais été projetée dans une de ces images du futur qu’on voit dans les films de science-fiction : un officier arabe portant la fameuse longue robe blanche traditionnelle (kandura) et le foulard (Ghutra) cerclé d’un ruban noir (eqal), me scanne la rétine avec un appareil futuriste à ma sortie de l’avion… Bienvenue dans un autre monde… Bienvenue dans un autre siècle.
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Dubai est une ville tout en longueur ; elle se développe sur une bande de quelques kilomètres de large, longeant la cote : d’un coté la mer, de l’autre, le désert. Mais je suis là depuis 5 jours et je n’ai toujours pas vu la mer !! Il y a tellement de gratte-ciels et de complexes résidentiels qui se réservent des accès privés sur la mer qu’au final, on ne peut même plus la voir depuis la route ; Pour palier à ce problème, les constructeurs immobiliers se mettent à creuser des canaux et des lacs un peu partout à l’intérieur des terres, pour que les nouveaux complexes résidentiels gardent une valeur marchande élevée (l’eau ca fait vendre !). A Dubai, le marché immobilier c’est LE big business qui fait tout tourner… La ville pousse et grandit presque à vue d’œil : les chantiers tournent 24/24, 7j/7...


J’arrive en plein été ; c'est-à-dire au pire moment ; les températures sont à leur maximum, dans les 45-50.
On ne peut pas imaginer de telles températures avant des les avoir vécues (comme je ne peux pas imaginer ce qu’on ressent au pole nord par moins 65). A Dubai (en été) les températures sont non seulement extrêmes, mais en plus l’humidité avoisine les 70%, ce qui, comme chacun sait, rend la chose encore plus insupportable; Moi qui aime la chaleur (en dessous de 28 degrés, j’ai froid), je pensais pouvoir supporter toutes les fortes températures. J’avais tors; en sortant d’un bâtiment climatisé, on est saisi par un souffle chaud… C’est comme d’être enveloppé dans une des serviettes chaudes servies dans les restaurants japonais ; C’est comme d’ouvrir la porte du four où on a fait gratiner un plat… Au bout de 5 minutes dehors, on commence à se sentir mal : l’impression de suffoquer, d’avoir le sang qui bouillonne dans ses veines, de se sentir fondre… hier, j’ai essayé de marcher dans la rue. Je m’étais préparée à avoir TRES chaud ; mais je n’avais pas pensé que les semelles de mes tongues allaient se mettre à bruler et à me donner des ampoule SOUS les pieds en moins de 10 minutes !!!

Mais à Dubai, on ne passe pas plus de 10 minutes (en cumulé sur la journée) dehors : on va de son appart climatisé, à sa voiture climatisée garée dans un garage climatisé, à son bureau climatisé, ou au gigantesque centre commercial climatisé.
En tout cas, je me dis que c’est quand même fou d’être dans le pays le plus chaud du monde et d’avoir tout le temps froid (clim à fond partout…)
Dans les quelques endroits où l’on peut être amené à devoir attendre à l’extérieur (parking, cafés avec terrasse - où peu de gens s’aventurent), sont placés des ventilateurs-brumisateurs qui projettent de minuscules gouttelettes d’eau dans l’atmosphère.

Malgré toute cette chaleur, en regardant par la fenêtre, on dirait qu’il fait un temps de Bretagne en Novembre: grisaille laiteuse, brouillard, visibilité réduite et rafales de vent… C’est le vent chaud du désert qui recouvre la ville d’une couche épaisse de brume…
Sheraton.JPG
En Septembre, les températures sont sensées redevenir humaines et le ciel s’éclaircir… Peut-être que je verrai alors le Dubai paradisiaque dont on entend parler, car pour l’instant c’est plutôt une vision apocalyptique… Oui, on a l’impression d’être dans une ville qui a été dévastée par un accident nucléaire : rafales de vent qui soulèvent la poussière, (tendance ‘far ouest’), gratte-ciels à moitié construits qui semblent abandonnés, cratères immenses (pour les fondations de nouveaux bâtiments)… Mais c’est surtout l’absence de toute présence humaine dans les rues qui donne cette impression fantomatique : il fait tellement chaud qu’il n’y a pas un chat dans les rues, personne qui marche sur les trottoirs…

Et pourtant, en y regardant de plus près, il y a des gens…. Les pauvres travailleurs pakistanais qui bossent sur les chantiers nuit et jour (oui les chantiers ne s’arrêtent pas la nuit) par ces chaleurs inhumaines….
Tout le monde a entendu parler de l’exploitation des immigrés, ou « esclaves modernes » à Dubai, qui rendent possible le développement fulgurant des Emirats.
En fait, c’est quasiment un système de caste qui s’est instauré ici : Les jobs les plus difficiles ou dégradants sont tenus par des pakistanais ou des chinois. Ce sont les « intouchables » qui sont parqués dans des « camps de travail» à l’extérieur de la ville. Personne ne sait rien d’eux, de leur vie, personne ne veut rien voir ou savoir. C’est comme s’ils étaient invisibles à nos yeux, et nous ne voyons que les buildings qui semblent miraculeusement pousser tous seuls…Marina (1).JPG
Puis vient la caste des emplois de service : chauffeurs de taxi, employées de maison, serveurs, caissières… ces jobs sont généralement tenus par des asiatiques (souvent des Philippines) ou des Indiens. Ils sont plus intégrés dans la ville mais restent entre eux et logent dans des cités pas chères en bordure de ville.
Puis viennent les jobs de cadres expatriés. Il y a plusieurs niveaux bien sûr : les premiers échelons (dont je fais partie) sont ces occidentaux relativement privilégiés mais qui s’en sortent à peine tant le niveau de vie est cher, et sont donc obligés de vivre en collocation (dans des logements de luxe puisqu’il n’y a que ca de disponible). Les plus riches expats, eux, sont capables de se payer des villas luxueuses dans les nouveaux complexes résidentiels dont les maisons sont vendues en 2 jours sur catalogue, avant même que la première pierre soit posée.
Ce groupe d’expatriés (tous échelons confondus) est composé d’occidentaux, en majorité des anglais qui briguent les meilleures places managériales.

Bon, c’est un tableau brossé à gros traits et il y a des subtilités que je ne maitrise pas encore : comme la question des Emiratis, qui ne forment que 15% de la population. Je sais que beaucoup viennent tout en haut de l’échelle, au niveau décisionnaire / investisseurs, mais n’est-ce pas un mythe de penser que ces arabes aux longues kandura blanches et voile sur la tête sont tous immensément riches ? Si cela était vrai, comment expliquer qu’il y ait des Emiratis qui travaillent dans les services gouvernementaux à bas salaire, ou des femmes Emiratis qui font leurs courses dans les magasins (relativement) pas chers (et oui, il n’y a pas que des magasins Gucci et Versace à Dubai !), ou certaines qui (rares) travaillent comme employées ou réceptionnistes… Obligation financière ou passe-temps ?
Il y a aussi la question des immigrés des autres pays arabes, notamment les Libanais ou le Jordaniens qui sont aussi très nombreux (dans quelle catégorie sont-ils ?).

En tout cas, même si je ne comprends pas tout, je comprends que ce système de caste est intégré et respecté par tous. Et c’est ca le plus effrayant : qu’il n’y ait aucune remise en cause, aucune contestation. Le premier jour de mon travail, j’ai été passer mon examen médical (pour obtenir une carte de résident il faut prouver qu’on n’est pas enceinte ou qu’on n’a pas le sida, sinon on est renvoyé du pays). Quand je suis arrivée au centre médical, il y avait des dizaines de gens qui attendaient ; pour la plupart indiens ou pakistanais. Je pensais que j’allais en avoir pour des heures d’attente, mais j’ai été appelée au bout de quelques minutes seulement ; en tant que blanche, salariée d’une grande entreprise, on m’a fait passer devant tous les pauvres pakistanais aspirants au rêve Dubaiais. Et personne n’avait l’air étonné ou choqué.

Bref, après une petite semaine à Dubai, je suis tiraillée entre des sentiments contradictoires. D’un coté, je suis émerveillée et fascinée comme un enfant qui ouvre de grands yeux à Disneyland, devant ces grandes tours élégantes, ces constructions gigantesques, ces villas luxueuses… Convaincue que Dubai est une ville positive : une ville pionnière, une ville du futur, dynamique, flexible, efficace, créatrice d’opportunités pour tous… Fascinée par sa capacité d’évolution, d’innovation… Et puis d’un autre coté, en tant qu’européenne du vieux continent, française de surcroit, je ne peux m’empêcher d’être effrayée par une ville sans histoire, artificielle, où l’écartement des palmiers est mesuré au centimètre prés, aux autoroutes à 2x6 voies, une ville par et pour les riches, une ville où les habitants d’origine sont devenus une minorité, une ville sans personnes âgées, une ville qui importe des pauvres pour les exploiter temporairement…
En tant qu’amoureuse du Moyen Orient, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place : une ville où la culture orientale s’accorde avec la culture occidentale, où l’islam est tolérant et intégrant; j’apprécie de pouvoir me balader librement sans subir le regard lourd des hommes, sans avoir à me soucier de porter des vêtements couvrants… Mais je ne peux m’empêcher de regretter l’animation des rues du Caire, la beauté de la vielle ville de Damas, les cafés de Beyrouth, le chaos et l’humanité de ces (vraies) villes orientales…

11/06/2008

Les paradis artificiels à Tripoli

Jeudi soir à Tripoli. C’est le début du weekend… ce devrait être la fête et pourtant les mines sont tristes et déprimées… en effet, il y a peu de distractions en Libye : pas de bars, de boites de nuits, de cinéma… et puis surtout l’alcool est interdit…

 Nous souffrons. Pas de ne pas pouvoir nous saouler, mais de ne pas pouvoir profiter de ces terrasses de café tripolitaines pour siroter une bière de fin d’après midi qui nous délasserait d’une semaine difficile ; nous souffrons d’accompagner notre repas de sodas sucrés et gazeux…

 Les quelques restaurants de Tripoli sont vides car les libyens ne les fréquentent pas (pourquoi payer un repas médiocre alors qu’on a une femme au foyer qui n’a que ça à faire), et les expatriés se refusent à l’idée de manger un couscous lourd avec du jus d’abricot pâteux…

Alors, nous jouons aux adolescents: nous organisons des fêtes chez les uns ou les autres, et nous menons des opérations secrètes pour trouver l’alcool qu’on nous interdit…

Mais les temps se font durs : l’année dernière, il y avait bien la filière  de l’ambassade de France : untel avait une connexion avec untel qui connaissait quelqu'un qui travaillait à l’ambassade et qui pouvait avoir des bouteilles de vin importées illégalement par valise diplomatique (les autorités libyennes fermant les yeux). Un petit commerce de revente de vin s’était alors organisé, et quelques bouteilles de Grands Crus classés de Bordeaux avaient circulées… mais l’ambassade s’était vite inquiété de ce commerce (profitable) illégal opéré par ses employés et avait imposé des mesures drastiques de contrôle… Alors, à moins d’avoir ses entrées chez les diplomates de Tripoli, le commun des mortels avait du se replier sur la filière B : le vin rouge de Tunisie. La seule marque disponible, le « Magon » un vin de Syrah vineux et âpre décliné en rouge et blanc qui rend les lendemains difficiles.

Mais depuis quelques semaines, même le Magon se fait rare. Et son prix au marché noir a atteint des sommets que beaucoup de gens ne sont plus prêts à payer (30 euros pour de la vinasse qui fait mal à la tête, ce n’est pas raisonnable !).

Mais l’être humain poussé dans ses derniers retranchements a des ressources insoupçonnables pour survivre : depuis quelques semaines, s’échangent discrètement des recettes de petit chimiste pour produire son propre alcool fait maison !!

Francois mène les opérations bière : il a fait importer (légalement) de la mélasse de malt de Belgique, qui, diluée dans l’eau et mélangée à de la levure doit théoriquement donner de la bière. Bon bien sur, il a fallu des heures pour trouver la bonne recette ; mais des heures à perdre, il y en a beaucoup en Libye… alors Francois a fait ses mélanges dans son gros bidon industriel récupéré sur le marché, il a inventé un système astucieux pour fermer hermétiquement le bidon tout en se laissant le moyen de surveiller la fermentation, il a tâtonné dans les dosages de mélasse et de levure… Et il a réussit… Il est fier ce soir de nous présenter son résultat : une bière brune à la couleur de Guinness, un peu épaisse, mais ma foi pas si mauvaise !!!

Puis il y a Daniel et Sophie, mariés 3 enfants, qui eux, se sont lancés dans le « Crémant mousseux fruité ». Méthode plus simple avec maux de tête assurés : de la levure dans du jus de fruit, au petit bonheur la chance… Leur seul problème a été de trouver milles excuses pour expliquer à la femme de ménage pourquoi ils gardaient un radiateur allumé dans la buanderie alors qu’il faisait froid dans le salon…

Et puis il y a les caïds… les experts… ceux qui jouent dans la cour des grands… les vrais alchimistes, les bouilleurs de cru de Libye… Ceux-là sont des chimistes de métier : ils travaillent dans l’industrie pétrolière, mais le weekend, ils mettent leur savoir technique de thésards au profit de la communauté expatriée pour fabriquer du vrai alcool de pomme… du calva libyen…

Ils prennent comme base, de l’alcool frelaté libyen (car il existe des libyens qui boivent) acheté au marché noir ; un alcool de très mauvaise qualité et très dangereux, connu pour détruire les neurones comme notre bonne vieille absinthe… Puis ils re-distillent cette liqueur dans un alambic fabriqué de bric et de broc mais surtout savamment conçu pour purifier l’alcool et le rendre soi-disant buvable sans danger…

La rumeur court qu’ils auraient même fabriqué du Rhum à partir de canne à sucre… et qu’il feraient macérer des copeaux de bois pour donner au rhum son gout fumé… Légende ou vérité ? Les héros se font très discrets sur leurs exploits…

Mais aujourd’hui, la communauté s’affole : Frank, le bouilleur de cru de chez Shell a bientôt fini sa mission en Libye : va-t-il passer le flambeau? Va-t-il introniser un apprenti chimiste? Va-t-il transmettre son savoir, ou va-t-il s’en aller en emportant ses secrets… ?

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26/02/2008

Mariage en Libye (1e partie)

Aujourd’hui je suis invitée à déjeuner dans une famille arabe!! quelle excitation!!

J’arrive comme il ce doit, avec une grosse boite de gâteaux coulants et crémeux (achetés au kilo). Il y a donc Nasser (celui qui m’a invitée), son petit frère de 20 ans, Mohammed, et ses 3 sœurs : Fatima, Maryam, et Amira la plus jeune. Sa maman, c’est Selma ; mais comme elle a fait le pèlerinage de la Mecque (avec Nasser), il faut l’appeler « Haja » Selma. 

Les 3 sœurs s’activent à préparer le déjeuner ; je propose mon aide, mais Haja Selma me rappelle la loi séculaire de l’hospitalité arabe : quand un étranger arrive, pendant 3 jours il ne lève pas le petit doigt ; il n’a même pas à dire son nom, d’où il vient ou ce qu’il veut ; après 3 jours, il peut participer, aider, et on peut lui poser des questions ! « Tu as 3 jours » me dit-elle… 

C’est vendredi ; le jour de repos hebdomadaire des Libyens. C’est le jour de la grande prière ; le repas est donc en conséquence. Comme le veut la tradition arabe, on dispose tous les plats sur la table : il y bien sur la traditionnelle « chorba » (soupe) Libyenne à la viande de mouton ; il y a du poisson grillé, des aubergines frites, de la salade, des boulettes de viande, du riz, des morceaux de mouton… et comme la Libye a conservé quelques traditions de l’occupation italienne, on sert aussi des macaronis au fromage !!

J’essaie de manger doucement et de faire durer les choses dans mon assiette, car sinon, je suis sure qu’on va me resservir; mais Hadja Selma a l’œil : en bonne mère arabe, elle me dit « il faut manger ma fille, tu es maigre comme un clou ». Hadja me ressert, me gave comme une oie… J’ai le malheur d’avouer mon faible pour les aubergines: aussitôt, Haja Selma me renverse le plat entier dans mon assiette… Je la vois aussi du coin de l’œil, pendant que je suis occupée à parler à mon voisin, qui me ressert discrètement du riz et des boulettes de viande… aaaah quelle hospitalité et générosité!

Après le repas, j’ai un énorme coup de barre : l’excès de nourriture, et la concentration pour parler en arabe et répondre aux questions incessantes de 3 sœurs surexcitées d’avoir une femme étrangère à la maison ont eu raison de moi… je me demande comment je vais tenir le choc jusqu’à 6h…

Heureusement, c’est l’heure de la sieste ; on passe au salon adjacent à la cuisine, un petit salon arabe où les confortables coussins sont disposés à même le sol. Dans la maison, il y a aussi un « vrai salon », très peu utilisé : décoré en grande pompe avec le style chargé arabe (fauteuils rococo, lustres scintillants, bibelots kitch…). Ce salon muséifié, est le salon de réception ; donc personne n’y va jamais ; on est bien plus confortable et à l’aise dans le salon arabe.

Les 3 sœurs et moi, nous nous allongeons sur les coussins avec une petite couverture… c’est l’heure des feuilletons à l’eau de rose, et surtout du très populaire feuilleton Syrien « Bab el Hara» que toutes les familles dans le monde arabe suivent avidement… Fatima essaie de me résumer les intrigues et les personnages, mais mes paupières sont lourdes et je m’endors au son de la douce musique de l’accent Syrien… Je me sens si bien!

Après la sieste, c’est l’heure du café ; toute la famille se réunit pour prendre le « Turkish coffee », ce café épais et fort à la cardamome. Les filles ont acheté un gros gâteau (20cm d’épaisseur, couches de crème rose, glaçage rose fluo avec dessins de cœurs rouges) pour fêter la Saint Valentin (pour des Libyennes non mariées la Saint Valentin se fête donc avec la famille)… 

Et puis au milieu d’une conversation, Haja Selma décide que comme je fais maintenant partie de la famille, je vais venir avec elles au mariage d’une amie demain. Voila, l’affaire est réglée et je n’ai pas vraiment mon mot à dire (mais je suis ravie) ; Mon seul choix consiste à dire si  je préfère m’habiller en moderne ou en traditionnel; on me prend même rendez vous chez le « salon cofér » pour me faire une beauté!!

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Mariage en Libye (2e partie)

J’ai parlé précédemment de Fatima, Maryam et Amira. Les 3 sœurs de Nasser. Hier, pendant le déjeuner, j’ai soulevé la question du mariage. C’est une question naturelle dans le monde arabe ; aussi naturelle que de demander son nom à quelqu'un ou d’où il vient. J’ai immédiatement senti que j’avais touché un point sensible. Nasser répond à leur place : « non pas encore… inshalla bientot»… Je vois bien que les 3 sœurs ne sont pas toutes jeunes, enfin du moins pour les critères arabes de mariage. Dans le monde arabe, et plus encore en Libye, (société encore très traditionnelle), le statut d’une femme est défini par son état de femme mariée. Pour une femme, Il y seulement deux positions possibles: être jeune et en attente d’un mariage ou être mariée. En Libye, quand on me demande si je suis mariée (après « quel est ton ?» nom et « d’où viens-tu » ?) et que je réponds par la négative, on me demande généralement mon age. Puis c’est le regard perplexe de l’équation impossible : 28 ans, pas mariée. Comment est-ce possible ? Pourquoi ? Quelles sont les tares cachées de cette jeune fille qui n’est ni laide ni bête ? Les plus téméraires me demandent « mais pourquoi ?? » ; ceux qui n’osent pas poser la question me regardent avec un petit air de pitié comme si je souffrais d’une maladie incurable, ou pour compatir à la tristesse que je dois ressentir de ne pas être mariée…

Je vois bien que les 3 sœurs sont dans cette position impossible et taboue: déjà plus si jeunes, mais pas encore mariées… Je sens la grande honte et le grand désespoir qui pèse sur leurs cœurs, le regard triste de la mère… Je suis attristée par le sort de ces soeurs: elles ne vont plus à l’école, elles n’ont pas fait d’études et ne travaillent pas. Elles passent donc toutes leurs journées à la maison, à « espérer » recevoir une demande en mariage… Elle ne sont pas maîtres de leur destin et ne peuvent qu’ « espérer »....

Je sais qu’elles doivent se sentir inutiles : déjà femmes mais pas encore épouses ou mères… Je ne comprends pas pourquoi elles n’ont pas encore reçu de proposition. Je n’ose poser la question, mais elles-mêmes en parlent comme d’une fatalité divine « c’est la volonté de Dieu » / « Dieu m’enverra un bon mari inchallah ».

Je suis triste pour ces trois femmes dans la fleur de l’age, ces femmes qui rêvent d’amour en regardant des feuilleton Syriens, ces corps qui languissent de la caresse d’un homme, ces femmes (pour qui la maternité est une fin en soi) qui désespèrent de ne pas encore avoir d’enfant… Pour Fatima, c’est déjà trop tard. Fatima a 37 ans. Tout le monde sait que sa chance est passée. Qu’elle ne recevra plus de proposition maintenant.

Alors que nous nous préparons à partir pour le « salon coifér », je vois que Fatima ne met pas son voile et son manteau ; je lui demande : « tu ne viens pas » ? Elle me répond tristement qu’elle ne viendra pas au mariage car elle doit rester à la maison pour s’occuper de leur vieux père. Je comprends alors qu’elle est la fille « sacrifiée » qui s’occupera de ses parents jusqu’à leur mort.

Pour ces filles qui n’ont que de très rares occasions de sortir et de s’amuser, je sais à quel point Fatima doit avoir envie de venir avec nous au mariage. J’admire son abnégation et son courage de ne pas gâcher la joie de ses sœurs par sa tristesse affichée; cela serait tellement plus facile (et compréhensible) pour elle d’être aigrie, jalouse et fâchée contre ses sœurs ; mais Fatima a déjà parfaitement intégré et accepté son rôle de sacrifiée; elle a la maturité et la sagesse d’un moine, d’un vieux sage bouddhiste qui a réussi à se débarrasser des sentiments d’envie et de jalousie; elle a appris à être heureuse par procuration, à travers le bonheur de sa famille. J’ai envie de pleurer, mais elle m’adresse un grand sourire. « Amuse-toi bien » me dit-elle… Je ne peux m'empecher de voir la tristesse dissimulée derrière ce grand sourire....

Je suis soudain prise d’une grande colère pour Mohamed et Nasser: ils ne vont pas au mariage non plus, et restent donc à la maison; pourquoi ne s’occuperaient-ils pas du père pour laisser Fatima protifer de la sortie avec ses soeurs? J’en veux à ces petits rois arabes à qui sont libres de leurs gestes, leurs mouvements, libres de choisir. Ils profitent de la vie pendant que leurs sœurs triment, se dessèchent et se fanent, pendant qu’elles crèvent de trop espérer. Je voudrais qu’ils puissent voir la détresse de Fatima ; je voudrais qu’ils puissent comprendre et dire « va t’amuser, on s’occupe de papa »… Mais comment pourraient-ils ?  Ils ne savent sûrement pas préparer un café…

01:53 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (0)

Mariage en Libye / 3e partie

241084550.JPG1998759729.JPGCa y est c’est le grand jour. Je vais assister à un mariage Libyen. Maryam et Amira sont surexcitées; un mariage c’est déjà une sortie, une fête, mais là, elles y amènent une étrangère!!! Je leur sers de faire-valoir auprès de leur communauté ; elles sont fières de me montrer et se montrer avec moi ; je suis leur marionnette et telle une poupée, elles vont s’amuser à m’habiller, me coiffer… je suis complètement passive et j’adore ça!!

Le mariage dure sur 3 jours. En tant qu’amies éloignées, nous ne sommes invitées que pour le buffet du 3e jour; on ne verra pas la cérémonie du mariage (seule la famille y assiste) ou la cérémonie où la mariée se fait peindre les mains au henné.

3h de l’après midi. Nous partons pour le salon de beauté tenu par Haja Selma ; elle veut absolument me faire une coupe de cheveux ou une couleur, mais je décline diplomatiquement ; je veux juste faire un «Sechouar » (brushing).

Je suis intimidée d’entrer dans le temple des femmes arabes… Les fenêtres du salon qui donnent sur la rue sont bloquées de la vue des hommes par de gros rideaux épais. Evidement, les hommes sont interdits d’entrée puisque ici les femmes peuvent enlever leur voile… Le hijab a tendance à uniformiser les visages, et c’est étrange de découvrir les femmes sans leur voile. Je découvre les particularités, les individualités, les couleurs de cheveux, les styles de coiffure… Les visages prennent vie. Au début, on me regarde bizarrement car je suis entrée dans le salon sans le voile. A Benghazi, ville provinciale de Libye, c’est encore plus étrange qu’à Tripoli de voir une femme sans voile… Haja Selma me présente à toutes ses employées. Il y a des Libyennes, une Tunisienne, une Algérienne, une Marocaine, un Palestinienne et une Jordanienne. Elles ont toutes des voix fortes et le visage dur, sévère, marqué, de femmes pour qui la vie n’a pas été facile. Elles m’intimident. Et puis il y a aussi toutes les clientes Libyennes qui veulent me dire bonjour, me toucher…  Il y a aussi des enfants qui courent partout : les filles des employées et des clientes; la petite Aicha pouffe de rire en entendant mon arabe « bizarre »…

Le salon de beauté de Haja Selma n’a rien à voir avec les salons ou spa aseptisés et snobs qu’on trouve en Europe. Ici pas de musique de fond douce orientale, pas de massage Suedois ou de crème aux algues marines regénérantes aux liposomes actifs… Non, ici c’est l’épilation au sucre, le shampoing dans un évier de cuisine, la coupe de cheveu « maison » et les crèmes « Lancâme », « Chanelle » et « Diour », et avec en fond sonore les feuilletons Egyptiens qui passent à la télé. L'ambiance est chaleureuse, détenue, on parle, on rigole, on se raconte les dernières histoires... J'adooooore!

Tout d’abord, je passe à la « manucure ». Shadiya l’Algérienne me lime les ongles vigoureusement en me demandant la suite habituelle (es-tu mariée ? non ? pourquoi ?). Puis elle me pose un verni à ongle d’un rouge improbable et surréel. Après, je passe à l’épilation du visage avec Leyla la Jordanienne. Elle m’épile les sourcils et le visage au fil de soie en me demandant si je suis mariée et pourquoi non. Après, je passe au shampoing, dans un évier de cuisine réaménagé ; Doua la Palestinienne me masse vigoureusement le cuir chevelu en me parlant mariage… entre chaque activité, je passe par la « salle d’attente » où on suit les feuilletons de l’après midi, et notamment le fameux «Bab el Hara» Syrien. Les femmes entrent et sortent, elles se préparent pour les différents mariages de ce jour à Benghazi. Je vois des femmes repartir avec un maquillage très appuyé. Elles se couvrent entièrement le visage d'un niqab noir pour sortir, car etre vue par un homme avec cette dose de maquillage serait indécent.

 C’est à mon tour… le moment du maquillage. J’ai décidé de me laisser entièrement faire pour un « maquillage à l’arabe». C’est Malika la marocaine qui s’occupe de moi. Elle parle un peu français et me demande si je suis mariée. One commence par une couche épaisse de fond de teint très clair (les arabes tentent toujours de s’éclaircir le teint, alors que les européennes veulent paraître bronzées) qui me donne l’air malade. Puis elle m’applique du fard à paupière « Bronze » (rouge-orange) sur toute la paupière et une couche de fard sombre près de l’œil. Puis elle me colle des faux cils de 2cm de longueur pour rendre mon regard « langoureux et mystérieux». Puis elle m’applique une épaisse ligne de Khôl noire sur tout le tour de l’œil (à la Cléopâtre ) ; enfin, la touche finale : le rouge à lèvre rouge vermillon (avec trait plus foncé autour) de la même couleur que le verni à ongle. Malika  admire son travail avec un sourire satisfait ; je ne me reconnais pas ; le reflet dans le miroir est drôle et un peu effrayant!! (A vrai dire, j'ai un peu l'air d’un travesti ou d'une drag queen!) Toutes les femmes s’extasient !!! «tu as encore plus l’air d’une arabe maintenant » !!

Je suis aux anges d'avoir été prise en main par ces femmes belles et intimidantes, tout droit sorties de Caramel, le film libanais de Nadine Labaki!!

La prochaine étape pour moi c’est l’habillement : je suis sensée porter un costume traditionnel Libyen mais c’est si compliqué qu’on va chez une vielle Libyenne dans la Medina pour qu’elle m’aide. 

Il faudra presque une heure et demi pour m’habiller !!! je dois tout d’abord enfiler une tunique orange; puis je suis littéralement momifiée: enroulée et empaquetée dans des mètres de tissu bariolé ; la vielle fait des fronces et des plis savants dans le tissu, et fait tenir le tout avec des épingles et des ceintures… Puis elle m’enroule un autre tissu pour faire une coiffe qui me couvre les cheveux.  Après l’empaquetage, elle commence à me couvrir de bijoux de pacotille : des grosses bagues à tous les doigts (je ne peux plus fermer les mains), des dizaines de colliers empilés les uns sur les autres et des boucles d’oreille de 30cm de long qui font bling bling. La touche finale : des bracelets de cheville de 20 cm de largeur qui me font l’impression d’avoir des boulets de prisonnier aux pieds !! Dans l’opération, j’ai donc gagné 1kg de maquillage, 3kg de tissu et au moins 5kg de bijoux. Je me sens comme un cosmonaute patapouf qui fait sa première sortie sur Mars ; à chaque pas ça fait bling bling…Le résultat n’est vraiment pas sexy, mais c'est magnifique!! Je vis une experience extraordinaire!

La touche finale de mon costume, c’est le niqab en tissu qui ne laisse voir que mes yeux. Vu la dose de maquillage que je porte, je suis assez contente de pouvoir cacher mon visage (jusqu’au mariage), car je me sentirais mal à l'aise d'etre dévisagée. Je comprends tout l'interet du voile... Il protège et assure la discretion.   

Amira et Maryam ont aussi revêtu leur plus belles robes : Amyra porte une robe rose avec un corsage à paillettes, et Maryam une robe turquoise. Elles ont la même couche de maquillage que moi dans des tons assortis à leur robe. On dirait 2 poupées Barbie... Pour mes yeux d'occidentale, le résultat est assez kitch, mais elles sont magnifiques et leurs yeux brillent de joie... 

Nasser nous dépose à la salle des fête où la cérémonie a lieu (puisque aucune des 3 sœurs ni la mère ne sait conduire).

Nous sommes accueillies par des femmes de la famille de la mariée ; elles me regardent bizarrement, et je comprends vite pourquoi :  je suis la SEULE à porter un costume traditionnel (alors qu’on m’avait dit que PLEIN de femmes s’habillaient comme ça !!).  Tous les regards se tournent sur moi, et je me sens rougir sous ma couche de fond de teint épaisse. Il faut dire qu’il n’y a pas d’autre distraction puisque la mariée n’est pas encore arrivée. Nous devons traverser la pièce par l’allée principale pour atteindre notre table, sous le regard pesant de 150 femmes déjà assises. C’est le silence complet ; seuls le bling bling métallique de mes bracelets de cheville perce le silence oppressant… j’ai l’impression d’être une condamnée à mort qu’on amène dans l’arène aux lions.

Nous arrivons enfin à la table, et j’ai enfin l’occasion de regarder autour de moi et d’observer ce spectacle surréaliste : les femmes portent toutes des robes aux couleurs flashantes tout droit sorti du monde de Disney. Une femme à ma droite porte une robe rose fushia bouffante avec une traîne et de gros noeux roses; une autre porte une robe jaune et verte rehaussée de violet. A coté du style « Princesses et Contes de Fées », il y aussi des femmes qui portent des robes très affriolantes et presque vulgaires (mini jupes en imprimé léopard, petites robes noires moulantes et décolletés plongeants). C'est très étrange de voir ces femmes habituellement si couvertes, complètement dévoilées...    

La mariée n'est pas encore arrivée... nous sommes assises par groupe de 4 ou 5 autour de tables et nous buvons du jus d’orange et du coca en attendant la mariée.

Soudain, on entend les youyous ; la mariée arrive !!! Tout de blanc vêtu, elle traverse l’allée principale et se dirige vers l’estrade qui a été aménagée pour elle : un canapé blanc et doré disposé sur une scène décorée de rubans dorés, et d’arcades de fleurs artificielles.  Cela marque le début du repas. Nous mangeons de délicieuses boulettes de viande avec pleins d'accompagnements... La musique libyenne traditionnelle de mariage est très forte, et on ne peut donc pas vraiment parler avec son voisin (enfin sa voisine!). Les 150 invitées mangent donc en silence, en regardant la mariée qui se prète à une séance de photo orchestrée par la photographe officielle qui lui fait prendre des poses lyriques (que je trouve une peu burlesques): elle s’essaie d’abord au style « décadent-romain » (à demi allongée sur le canapé avec grappe de raisin), puis lui fait prendre la pose «Kadhafi» (profil  ¾, regard perdu vers l’horizon), et la plus classique « pose bucolique » (fleurs et portée de Lyre).

Une fois tout le repas fini et la séance photo achevée, nous passons à la danse:une diizaine de jeunes filles en tenues affriolantes s’essayent à la danse du ventre sur de la musique pop arabe, sous le regard bienveillant de leurs mères. Elles sont belles et dansent tellement bien! J'aimerais les rejoindre mais avec mes 3 mètres de tissus et 12 kilos de bijoux, je ne pense pas etre capable de faire un seul pas de danse!!

Les femmes ont passé des heures à se faire belles pour être vues uniquement par d’autres femmes… C'est vrai que c'est assez étrange pour moi... Dans ma culture, on se fait belle pour un mariage dans l’espoir d’y rencontrer l’homme de sa vie. Se faire belle est un plaisir universellement partagé par toutes les femmes du monde, mais ici, on se fait aussi belle pour se faire repérer comme future mariée potentielle!

Vers onze heure, les premières femmes commencent à partir (les hommes viennent chercher leurs mères et épouses).

Nous passons saluer et féliciter la mariée. J'ai de la peine pour elle car elle est restée assise sur son canapé pendant toute la cérémonie. La pauvre a l’air complètement assommé après 3 jours à enchainer les représentations!  Quel n’est pas mon étonnement quand elle se met à me parler un parfait français !!! Elle a fait des études d'ingénieur en France !!!

Beaucoup de Libyennes viennent m’embrasser et me féliciter (elles ont appris au cours de la soirée que j’étais étrangère) ; elles se sentent fières et honorées que je porte le costume traditionnel Libyen. Une vielle femme se met même à pleurer en m’embrassant. Je suis très touchée.

Maryam et Amira partent le regard brillant plein d’espoir et de rêves de mariage. Moi, je repars avec des sentiments mêlés entre la joie de l’observatrice qui a assisté à un événement rare, magnifique et  fascinant, et la tristesse de la femme occidentale pour ces femmes dont l’unique but dans la vie est le mariage... J'essaie de ne pas regarder les choses avec le prisme déformant de l'occidentale, mais c'est difficile...

Encore une fois, je suis emerveillée et fascinée par l'accueil, l'hospitalité et la générosité de toutes ces femmes... Hadja Selma, Fatima, Maryam et Amira, les femmes du salon de beauté, qui n'ont pas hésité une seconde à m'ouvrir la porte de leur intimité alors qu'elles ne me connaissaient pas... Je me sens également tellement chanceuse d'avoir pu assister à un mariage Lybien!!

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Des japonais et de la neige en Libye

208163943.JPG396812249.JPGMon nouveau job pour une entreprise de tourisme Libyenne consiste, entre autre, à faire des photos de toute la Libye. Je suis donc envoyée dans les coins que je n’ai pas encore visités ; pour cela, je dois suivre des groupes de voyages organisés. Pour la Cyrénaïque , je vais être avec un groupe de japonais.

Avion Tripoli – Bengazi / 13 fevrier / 20h : Par principe, je n’aime pas les vols intérieurs dans les pays sous-développés. Même si la Libye n’est pas vraiment un pays sous-développé, je ne peux m’empêcher d’être angoissée à l’idée de voler avec une compagnie qui s’appelle « Buraq Airline», ; Depuis mon séjour en Syrie, « Bouraq » pour moi c’est une petite pizza au fromage!. Mais finalement, on ne volera pas dans un des avions de Buraq Airline puisque la compagnie a sous-traité le vol par la compagnie « Khallat El Katafiyah Airline»… de mieux en mieux !!

Je trouve un siège près d’un hublot et j’ai immédiatement 2 femmes qui s’assoient à coté de moi, poussées par leur mari qui ne voudraient pas qu’elles soient assises à coté d’un homme inconnu.

Le commandant de bord prend la parole en récitant un verset du Coran, comme pour se décharger de la responsabilité de nous acheminer vivants à Benghazi sur Dieu. On nous dit qu’on devrait arriver « inchallah » (si Dieu le veut) dans une heure. Quand on vole dans un avion de « Khallat El Katafiyah Airline», peut être que le bon vouloir de Dieu est plus important que les qualités du pilote…

Malgré les consignes explicites d’éteindre son portable pendant toute la durée du vol, les Libyens continuent à passer des coups de fils (« je suis dans l’avion à tout à l’heure"), jusqu’à ce que le réseau ne porte plus assez haut. Moi, si j’allumais mon portable, j’aurais peur de faire crasher l’avion. Mais j’imagine qu’on doit voir les choses différemment quand on est convaincu que c’est la volonté de Dieu qu’on arrive (ou pas) vivant à destination. Dès que l’avion commence sa descente, le manège recommence ; les chanteuses populaires Libanaises et Egyptiennes se remettent à chanter (sonneries de portable) pour laisser passer des conversations ultra importantes comme « je suis dans l’avion, on atterri bientôt » (le tout passé en mode « hurlant » pour couvrir les bruits de l’atterrissage).

Apres ce déchaînement d’incivilités, je rejoins mon groupe de japonais avec l’impression de retrouver La Civilisation. Une dizaine de japonais (une large majorité de femmes) du 3e age (la plus jeune doit avoir la cinquantaine) ; Ils sont tous très petits (du haut de mes 1,63m je les dépasse tous d’au moins 10cm) ; les femmes portent des petits chapeaux rond qui leur donne un air plutôt comique mais surtout renforce leur air de vulnérabilité attendrissante. Des petites vielles japonaises au milieu de la Libye. L ’une d’entre elles porte même un masque de pollution blanc, comme on voit parfois en Asie… Ils forment un ensemble surréaliste à Benghazi, et les Libyens (jamais très discrets dans leur curiosité) nous regardent comme si nous étions des extra terrestres.   

Au début, les japonais me regardent avec méfiance ; qui est cette intruse dans leur groupe ? Mais dans le car, leur guide, « Ayoko », une jeune femme d’une vingtaine d’année fait les présentations officielles: je suis « Wendy-San » la photographe Française, et j'ai le droit à des grands sourires, un amical « connichua » chanté à l'unisson, et des hochements de tête vigoureux.

Le guide Libyen m’explique le tour Marathon qui nous attend le lendemain: les japonais vont visiter la Cyrénaique en 2 fois moins de temps qu’il n’est nécessaire. Demain, départ à 6h du matin de l’hôtel, visite de Gaser Libya – Apollonia – Cyrène (à près de 300km de là) et retour à l’hôtel dans la même journée (à nouveau 300km). Il m’explique que les jours précédents, les japonais se sont couchés à 9h et étaient debout à 5h30, même si le départ n’était que 2 ou 3 heures plus tard.

La journée se passe en effet sur le mode course. Le guide Libyen (Suleiman) commence à donner des explications à Ayoko dans le car pour gagner du temps. Donc à 6h du matin, mon cerveau embrumé est agressé par 1h30 d’explications en japonais criées au micro.

Il y a un net problème de compréhension entre le guide Libyen et la guide japonaise. Il faut dire que Suleiman a un anglais très médiocre : outre les fautes de grammaire énormes, il a un accent arabe à couper au couteau et il a les fautes de prononciation classiques des arabes (tous les « P » deviennent des « B » ; ex : les Bains romains et leur « swimming Bool », les « é » qui deviennent « i ». Le summum de l’incompréhension est atteint quand Suleiman essaie de parler à Ayoko de « the Ibidroume » ; même moi qui suis habituée à leur accent, je mets 2 minutes avant de comprendre qu’il parle de l’Hippodrome !!! On est en plein « lost in translation »

Et puis il y a évidemment il y a un gros problème de connaissance de base ; Ayoko ne connaît rien à l’histoire ou la mythologie Gréco-romaine ni même aux symboles du christianisme, et donc quand Suleiman (qui essaie de résumer au maximum pour gagner du temps) parle dans la même phrase des « guerres puniques, de l’annexion de Cyrene par les romains, et de la réhabilitation de temple grecs puis romains en églises Byzantines… on lit la panique dans le regard de la guide !!…  de toute façon, ce n’est pas bien grave car comme me dira en fin de journée un petit japonais (le seul qui parle 3 mots d’anglais) « toutes les ruines sont pareil, on n’aurait pas du visiter tout ca ».

Mais dans cette journée au pas de course, il y a des moments de beauté ; de beauté humaine tout d’abord car les japonais m’attendrissent, et je suis conquise par leur chaleur ; Bien qu’aucun ne parle anglais, la communication passe ; les femmes me font de grands sourires, me prennent la main, demandent à être prises en photo à mes cotés puis me disent 15 fois « Aligato ». Je suis touchée qu’il aient encore la capacité d’émerveillement que bien des touristes blasés (dont je fais partie) ont perdu ; les explications du guide sont coupées par leurs « oooooh » enthousiastes ; alors peu importe qu’ils ne rentrent pas dans les détails des guerres puniques (pour nous, tous les temples en Asie se ressemblent) car ils sont touchés par l’esthétique et la beauté. Ils m’ont aussi touché par leurs tentatives de communication avec les Libyens ; complices et taquins avec les guides, ils prennent un grand plaisir à essayer de dire des mots en arabe…

Je prends plaisir aussi à les voir s’essayer avec entrain et bonne humeur à des mets qui leur semblent si bizarres (couscous…); mais ils ont emporté avec eux des petits tuperwares avec des algues marines (pour ne pas manquer d’iode pendant une semaine) et dès que l’occasion se présente, leur guide leur prépare des nouilles qu’ils dégustent à grands bruit de sussions avec des baguettes… Dans chaque visite de site, j’en vois un ou deux qui s’échappent pour faire des mouvements élégants et aériens de Tai-Chi… C’est beau…

Avant, pour moi, ils étaient « les japonais » ce peuple étrange et incompréhensible, et je ne cherchais pas à voir au delà de leur cotés ridicules. Ils ont pris aujourd’hui une dimension et une profondeur… une « substance » qui me donne envie d’aller voir pus loin.

Et puis dans cette journée, il y a aussi eu le choc de la découverte de Cyrène. Le site immense est sublimé par des paysages magnifiques. Malgré leur beauté, les sites archéologiques antiques dégagent souvent une impression de mort… la vie y est passé mais a quitté depuis longtemps les lieux; les sites sont secs, rocailleux ; Il faut faire un effort d’esprit pour imaginer ce que la ville pouvait être… Mais Cyrène n’est pas morte car la nature y est vivante. Le site, à flanc de montagne est logé dans une vallée fertile au vert flamboyant ; la source Kyre où les Crêtes ont fondé une colonie Grecque au 6e siècle av JC, coule toujours à flot, les vaches et les moutons se repaissent toujours de l’herbe grasse comme leurs ancêtres vaches l’ont fait pendant 2500 ans. Au loin, on aperçoit la mer méditerranée et son bleu profond. Cyrène est l’image cliché d’une antiquité idéalisée par les hommes d’aujourd’hui. Tout ce que nous imaginons de la perfection du monde antique est là: une vallée verte et fertile, une source claire, la mer bleue, les temples imposants… on n’a pas besoin de faire d’effort pour imaginer une femme à demi dénudée en toge de lin qui passerait devant nous en portant sa cruche d’eau sur l’épaule…

01:50 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fleurywendy@yahoo.fr

05/12/2007

De l'utilisation abusive du Inch'alla

Ceux qui ont voyagé dans les pays arabes connaissent bien l’expression « inch’alla » - « God willing ». /  « si Dieu le veut ».  Inch’alla est employé pour toute formulation d’une action future («alors, on se voit demain, inch’alla ? »). D’ailleurs, je pense que « Inchalla » devrait être rajouté dans la grammaire arabe, comme auxiliaire du modal futur.

 

Inch’alla sert également de réponse à une question posée dans le futur (« alors, on se voit demain? – inch’alla»).

 

Donc « Inchallah », peut vouloir dire « oui » ou «peut-être », mais ça peut être également un « non » déguisé (si la rencontre ne se produit pas, ce n’est pas la personne qui m’a posé un lapin, mais la volonté de Dieu qui s’impose). D’où le coté horripilant pour les non-arabes qui doivent se débrouiller pour comprendre le sens caché de « inchalla ». Moi je penche clairement du coté des paranos pessimistes qui reconnaissent toujours un « non » caché dernière le inch’allah.

 

Même si ce n’est pas intentionnel, pour moi, « inch’alla » a aussi un coté donneur de leçon. Quand je pose une question et qu’on me répond « inchallah », ca veut dire, «pour qui te prends tu ?  n’oublies pas que ce n’est pas ta decision qu’on se voie demain, mais la volonté de Dieu ». Mes amis arabes me disent que je suis vraiment parano.

 

 

Hier, j’ai rencontré les «sociopathe du inch’alla». Je commandais un hamburger à « Mou’min » (le Mac Do Libyen).

 

 

«  Un shish-burger s’il vous plait

 

-          Inshalla

 

-          Avec une frite moyenne

 

-          Inshalla

 

-          Et un coca light

 

-          Inchalla »

 

 

Oui peut être que la volonté de Dieu allait s’imposer entre moi et mes frittes pour me sauver des kilos en trop.

 

 

 

 

21:15 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (0)

Un weekend chez les Touaregs avec des Turcs (Libye)

 C’est l’histoire de Abdu, Kadir, Mehmet et Wendy dans le desert…

Quand j’y pense, l’idée est folle : partir seule en week-end avec 3 hommes inconnus: un libyen et 2 turcs !!

Je cherchais à organiser un trip dans le désert, mais il faut partir avec un groupe, or, je ne connais pas grand monde encore en Libye. J’ai rencontré Abdu lors d’un meeting pour le boulot (il est le PDG de la plus grande – surtout l’unique – entreprise de tourisme ici en Libye). Il m’a dit qu’il organisait un trip à Ghadames (la porte du désert) pour des investisseurs turcs ce week-end et m’a proposé de les accompagner. J’ai hésite 2 minutes (un trip tous frais payés? qu’attend-t-il de moi en retour ??), mais finalement, j’ai accepté… 

Petit topo sur les personnages: Abdu : la quarantaine, bel homme, divorcé, chef d’entreprise, voyage beaucoup à l’étranger, propriétaire de 5 hôtels en Libye, un bateau de croisières, et pleins d’autres petits business dans le tourisme … très classe, en costume italien à rayures, bouton de manchettes. Chaussures et montre passent également largement la moyenne au détecteur social. Bref, le typique « arab alpha male »…

Les 2 Turcs : Kadir, la quarantaine bedonnante, et Mehmet (son patron) chef d’entreprise provincial sans classe (veste informe avec patch aux coudes et polo marron sous la veste) qui ne parle pas un mot d’anglais… Bref, 2 ploucs. 

Jeudi soir, vieille du départ : dîner de rencontre avec Abdu et les 2 turcs.

Repas dans un resto « Grande Classe à la Libyenne »: 2 verres à pied en cristal (un pour l’eau, un pour le jus de fruit), fleurs (artificielles) dans un grand vase nacré multicolore, nappe en satin rose (rose papier-toilette), chaises style louis XIV… Succession de plats insipides et dans le même style que le resto (baroque mauvais goût) : légumes sculptés, crevettes théâtralement positionnées sur œuf-mayo, côtelettes d’agneau en pose lyrique…).

La « Grande Classe » à la libyenne, ça veut aussi dire une quantité astronomique de bouffe : on commence par des « mezzés » de houmous et mouttabal pour tremper son pain à l’apéritif  (au jus de pomme) ; puis on nous sert la salade (à base de pommes de terre et d’œufs) ; puis vient la soupe, la « chorba » libyenne traditionnelle (à base de mouton et de poids chiches) ; puis le plat de poissons (accompagné de frittes), puis un autre plat principal de viandes grillées (encore avec des frittes)… Pour faire passer le tout, on nous sert en continu du jus d’abricot bien épais…. Apres le plat de viande, on nous amène des fruits (une banane bien légère) puis un thé (5 sucres au centimètre cube) accompagné (pour ceux qui auraient encore faim) des noix de cajou, pistaches et amandes…. Je suis au bord de l’apoplexie…

Le weekend entier va se passer sous le thème de l’overdose culinaire : midi et soir, on nous sert un repas de 4 à 6 plats… Au bout de 3 jours, j’ai des images hallucinatoires d’oies qu’on gave pour la préparation du foie gras… je rêve de légumes bouillis à l’eau sans sauce, de concombres frais, de brocolis…

Si le premier dîner est lourd, l’ambiance l’est également et le week-end s’annonce gai :Mehmet (le patron Turc) ne parle pas un mot d’anglais. Quand je dis pas un mot, ça veut dire même pas « Thank-you » ou « Hello ». L’autre (Kadir) parle un anglais scolaire, lent et laborieux, ou comme alternative linguistique: l’arabe classique (équivalent du latin pour nous).

Les échanges sont donc lents et difficiles. Le premier dîner est relativement facile car les sujets de conversation basiques son abordés (femmes, enfants…)…; C’est à mourir : il faut entendre l’histoire en Truc, puis la traduction super lente en anglais. Et le même processus pour la réponse…  Qu’est ce que ca va être pour les 3 prochains jours !

Je commence à comprendre pourquoi Abdu tenait tant à ce que je l’accompagne: je suis l’élément divertissant et agréable, l’alliée linguistique qui lui permet d’échapper à 3 jours seul avec 2 turcs. Je paye mon voyage en faisant escort girl.  

Pour clarifier les choses et ne pas confirmer mon image de fille légère qui a accepté de passer 3 jours seule avec 3 hommes (ce qui pour des musulmans est choquant), je parle de mon financé (imaginaire) et de notre proche mariage (imaginaire). Au fil des pays, mon financé imaginaire se précise, prend du caractère ; il n’est pas parfait bien sur, (sinon ça ne serait pas marrant pour raconter des anecdotes à ses dépends), mais c’est un type bien; il me tarde de le rencontrer en vrai.

Vendredi matin, départ pour Ghadames. Notre premier arrêt se fait à Nalut, un village gris et laid  typique des pays arabes : maisons en parpaings à moitié peintes, toits plats avec les tiges d’acier qui dépassent du béton armé (pour construire un étage supplémentaire quand la famille s’agrandit). Nalut se targue d’avoir 2 intérêts touristiques: un vieux château en ruines, et un tibia de dinosaure retrouvé en 2006 (pour marquer cet événement, le maire du village a fait construire un dinosaure grandeur nature en carton pâte à l’entrée du village).  « Nalut, son château, son dinosaure… »

Abdu est le propriétaire du seul hôtel de Nalut (vue imprenable sur le château). Il l’a racheté au gouvernement il y a 6 ans, et je me demande bien pourquoi. Quand je découvre l’hôtel, l’image de ce millionnaire libyen classe et raffiné en prend un coup: un bâtiment sans charme, à l’image de la Libye de ces 30 dernières années (russo-communiste), aux couleurs criardes de mauvais goût (jaune pinson et toujours ce fameux rose-papier toilette). Il doit y avoir une marque de peinture spécialisée dans les pays communistes qui répond au cahier des charges : «mêmes les couleurs vives sont tristes et grises ».

Les couloirs qui mènent aux chambres ont un coté asile psychiatrique (haut plafonds blancs, echo des pas sur le carrelage gris). Je suis soulagée qu’on ne dorme pas là  (ce que je ne sais pas encore c‘est qu’on va y passer une nuit au retour !).

Mais les apparences sont bien trompeuses… Je ne sais pas encore ce que Nalut me réserve. Apres un déjeuner difficile (4 plats sous un soleil tapant, et de longs blancs dans la conversation arabo-anglo-turque), on fait la visite du château. En fait,  c’est quelque chose d’assez extraordinaire : il ne s’agit pas d’un château d’habitation, mais un château dédié au storage, pour les habitants, comme une grande banque. Construit il y a plus de 2000 ans (enfin personne ne sait te dire exactement : la seule inscription explicative dit (fautes comprises) « the castle was built during many incient historic times, the first of these was the beggening dated back from the 7th century (BC) »), les gens y conservaient leurs provisions, et leurs bien précieux. C’est une véritable ville-banque, avec des petites ruelles étroites entièrement composées de petites alcôves de 2m carrés, fermées par un système ingénieux de clefs. Il y aussi une petite mosquée du 9e siècle, et les vieux pressoirs à huile  avec la grande meule pour broyer les olives. C’est très émouvant et Nalut prend un air plus charmant.  

Le château est ouvert à tout vent. Pas de frais d’entrée. Pas de guide. C’est comme ça que l’histoire est conservée ici : pas muséifiée comme chez nous, mais par l’utilisation ininterrompue au fil des siècles ; les gens continuent à utiliser les lieux : la mosquée du 9e siècle est toujours utilisée par quelques personnes pour prier, les alcôves sont encore utilisées pour des siestes fraîches en été. Si un visiteur passe par la pour une visite, ma fish moushkil, pas de problème, on peut lui faire visiter, mais il ne faut pas qu’il s’attende à des explications détaillées et précises  sur les dates de construction, le style, les civilisations qui y ont habitées : la réponse sera « ça a toujours été la »…

Notre guide (le gardien des clefs) nous emmène ensuite dans les maison troglodytes qui entourent le château-banque… des dizaines de petites maisons souterraines creusées à la main il y a plus de 500 ans reliées les unes aux autres ; assez extraordinaire; Abdu veut racheter le lot de maison pour en faire un hotel sous-terrain. Ca ca me semble être une bonne idée !

On reprend la route pour Ghadames… 400 kilomètres de désert caillouteux et gris, une route qui trace tout droit: rien à gauche, rien à droite, du désert à perte de vue… le ciel est gris et bas. Il y a une lumière grise de fin du monde ; le soleil ressort comme un disque blanc à travers un écran de poussière… j’ai l’impression d’être sur la lune La seule trace humaine c’est le pipeline qui transporte le Gaz Libyen pour l’Europe via l’Egypte puis l’Italie.  Je pense à la mère de famille en Europe qui à ce moment précis allume le gaz pour faire cuire une omelette… Son gaz vient de la…

50km avant d’arriver à Ghadames, on commence à entrevoir le « vrai » désert : le sable s’affine, et on aperçoit quelques dunes de sable fin…  On croise quelques chameaux qui se baladent seuls. Abdu m’explique qu’Ils appartiennent à quelqu'un, mais les propriétaires les laissent libre de se balader car ils reviennent toujours aux points d’eau…

Abdu me fait remarquer que la belle route a coûté des millions à l’état, alors que peut être 10 voitures l’empruntent par jour. Avant, il fallait faire 4 jours de piste pour atteindre la ville. Même chose pour l’électricité : on voit des lignes de haute tension, qui servent a amener l’électricité partout en Libye, même si c’est pour seulement quelques personnes dans un coin recule. C’est ce qui fait la popularité de Kadhafi chez la population.

 L’arrivée a Ghadames se fait sous la pluie : pas l’image typique du désert !!

Le deuxième hôtel d’Abdu (celui dans lequel on va passer 2 nuits à Ghadames !!) est bien pire que l’hôtel de Nalut. C’est un ancien aéroport construit du temps des Italiens (donc plus de 70 ans) transformé en hôtel par le gouvernement libyen, puis racheté par Abdu qui y a fait rajouter des chambres en pre-fabriqué. Les chambres en pre- fabriqué (impression de dormir dans les toilettes plastique d’un chantier de construction) sont assez lamentables: un lit (une place) avec un matelas qui moule la forme du corps sans jamais plus reprendre sa forme d’origine, les toilettes placées quasiment dans la douche,collées si près du mur que quand on s’assoit, il faut tourner la tête sur le coté pour ne pas s’écraser le nez contre le mur… le robinet qui fuit, la chasse qui ne s’arrête jamais… Quant à la déco : moquette vert kaki mal collée, couvertures orange psychédélique, armoire à toilette en plastique  rose (toujours le rose papier toilette) ; évidemment, ne parlons pas des murs qui sont si minces qu’on entend son voisin de chambre respirer…

Comment un homme si plein de classe qui voyage en Europe, peut-t-il supporter d’être le propriétaire d’un tel bouge? Ca ne colle pas avec le personnage et ça m’étonne…  Mais je ne ferais pas cette description s’il n’y avait pas une petite morale sur la Libye à tirer de tout ça: Cet hôtel tout pourri est tout le temps plein…. De touristes... Car il n’y a rien de mieux à Ghadames : 2 autres hotels du même style, dans une ville classée Patrimoine de l’Unesco, à la porte du désert du Sahara…

Bon, Abdu est bien conscient que son hôtel est tout pourri : mais malin comme il est, il a acheté un terrain de 2 hectares il y a 10 ans (30,000 euros), qui en vaut 10 fois plus maintenant et en vaudra 30 fois plus dans 5 ans, et veux construire un hôtel neuf et faire raser celui là… C’est là qu’interviennent nos fameux businessmen turcs: ils sont chargés de lui construire l’hôtel en Libye et sont la pour étudier le terrain.

«Ghadames », ou «La ville où l’on a déjeuner hier »

Je ne vais essayer de ne pas faire dans des explications touristiques chiantes sur la vielle ville de Ghadames, mais je trouve l’histoire du nom de la ville charmant. C’est une légende que tout le monde aime,  on ne veut surtout pas essayer de la vérifier, et gare à celui qui dirait que l’histoire n’est pas vraie.

« En traversant le désert, une caravane de marchands s’arrête pour déjeuner et passe la nuit. Le lendemain, ils reprennent la route. A leur prochaine étape, ils s’aperçoivent qu’ils ont oublié leurs ustensiles de cuisine. Un homme dit « on a du les oublier là où on a déjeuner hier ». « Ghada » en arabe veut dire « déjeuner » et « ames » « hier ». L’homme prend son cheval pour retourner sur le lieu de repos de la veille. En arrivant à l’endroit, le cheval a si soif qu’il commence à fouiller le sol, et soudain, de l’eau jaillit. La fontaine est nommée « Ayn al fares » (la source du cheval) et la ville qu’on y construit « Ghadames ». 

L’Histoire prend un caractère très surprenant à Ghadames. Entre science et légende. Pour les sites antiques et romains, on connaît toujours très bien l’histoire, car il y a beaucoup d’écrits, on sait quels empereurs y ont séjourné, construit tel ou tel temple… Mais ici, il n’y a pas d’Histoire :Ghadames, c’est l’histoire d’une ville de berbères qui a été utilisée en continu pendant 3000 ans ; Bon en fait, personne ne sait quand elle a été fondée : certains disent 4000 ans, d’autres 2000. D’ailleurs, si la légende est basée sur un mot de la langue arabe (Ghada-ames), cela veut dire que la ville ne peut avoir été fondée qu’après le 7e siècle de notre ère…. Mais bon, je pinaille ; à Ghadames, il ne faut pas chercher à savoir… Ghadames est une ville historique sans histoire...

Fondée il y a des centaines, voire des milliers d’années, la ville n’est pas en ruine car elle n’a jamais été abandonnée. Constamment rebâtie, rafistolée par les habitants… Ghadames, est le symbole de l’ « histoire » dans son sens tribal : la continuité des coutumes, des traditions, des légendes orales passées de pères en fils… la culture arabe y a été englobée amalgamée sans qu’elle ne change vraiment les traditions…

Pourtant, l’histoire de Ghadames a une fin. Une fin un peu triste : son histoire s’arrête dans les années 70, quand Khaddafi construit des logements gratuits pour la population, à l’extérieur des murailles de la vieille ville. Certaines familles ont résistés jusque dans les années 80, mais ont finalement succombés aux charmes d’une maison avec l’eau courante, l’électricité et les toilettes… Pendant des centaines d’années, les habitants de Ghadames on vécu dans cette ville si bien conçue qu’elle conservait la chaleur l’hiver et restait fraîche l’été. Maintenant, ils sont dépendants de la clim pour lutter contre les températures infernales du désert… En 2006, l’électricité a sauté pendant plusieurs jours, et les habitants sont venus se réfugier dans la vielle ville fraîche…

Mais aujourd’hui, les rues de la vieille ville sont vides et sans vie… Ghadames est devenue une ville musée…

Je visite la vielle ville avec Kadir et Mehmet, pendant que Abdu parle affaires avec le maire de la ville. La visite commence par le musée. Je voudrai expédier la visite de ce musée poussiéreux pour voir la ville, mais Mehmet et Kadir prennent des photos de toutes les poteries en vitrine, des outils de cuisine, des métiers à tisser et  des habits traditionnels sur mannequins en plastique. Ils prennent même des photos des photos accrochées au mur. J’ai envie de les étrangler. Et puis il faut tout traduire en Truc à ce plouc de Mehmet. Ca prend un temps fou… 

Enfin, nous entrons dans la ville par Bab el Bar (« la porte vers l’extérieur »).  Notre guide nous explique que la ville était composée de 2 grandes familles de Berbères : Les Beni Walid qui avaient  le nord de la ville, et les Bani Wazid qui avaient le sud. Encore une fois, j’en demande trop quand je cherche à comprendre comment une ville peut n’avoir que 2 familles pendant des centaines (milliers ?) d’années, je soulève le problème de la consanguinité… Les mariages inter familles sont ils acceptés ? J’emmerde clairement le guide avec mes questions « smart-ass ». Ses réponses sont vagues, imprécises, contradictoires… Les 2 familles s’entendent-elles ? La réponse du guide est tellement manichéenne qu’elle sent l’endoctrinement à plein nez : « before Islam no, after Islam yes ».  On veut me faire croire que depuis 2000 ans (ou 4000) il y a seulement 2 familles à Ghadames et que avant l’Islam elles se détestaient, mais la parole du Prophète a apporté la paix à la communauté. Mwouais, je n’y crois pas vraiment ; encore une fois, je dois me re-formater en mode « n’essaie pas de comprendre, just enjoy ».

Notre guide fait partie des Beni Walid et nous montre la maison ou il est né.

La ville est divisée en 7 rues principales (mais il y a tellement de ruelles secondaires qu’au bout de 2 minutes on perd complètement son sens de l’orientation). Chaque rue a sa propre place principale et sa propre mosquée. La mosquée fait aussi office de bain public (douche pour les ablutions) et d’école (madrassa attachée à la mosquée).

Les rues et ruelles sont réservées aux hommes (à « l’époque »). Les femmes sont cantonnées au deuxième niveau (2eme étage des maison, et les toits) qui sont reliés entre eux. Elles peuvent passer d’une maison à l’autre.

Les habitants actuels de Ghadames qui vivent dans la ville nouvelle restent propriétaires de leur maison dans la vieille ville. Ils sont libres de laisser les maisons ouvertes aux visites. Certains les ont transformées en petit café pour les touristes, ou font visiter leur maison pour 2 dinars. Mais je suis surprise qu’il y ait si peu de gens qui exploitent l’idée de manière commerciale. Seules quelques maison sont ouvertes et il n’y aucun petit magasin. Nous nous arrêtons pour visiter une maison qui date (d’après Mohammed, le propriétaire) de 1050. Mohamed nous montre un vieux titre de propriété écrit en arabe datant de 1050. Son ancêtre, un caravanier arabe s’est établit dans la ville. Au fils des siècles, sont sang s’est mêlé aux berbères et aux noirs d’Afrique. Mohamed  est noir, d’origine arabe, africaine et berbère.

Il nous explique l’organisation d’une maison : les maison sont bâties sur 3 niveaux : le rez-de chaussez  (niveau de la rue) est une sorte de cave / entrepôt. Le premier étage est la pièce principale : là où on reçoit et on mange (à même le sol sur des tapis). Autour de cette pièce principales sont creusées des petites alcôves qui servent de chambre : la chambre des époux, des enfants, et « la chambre de la mariée »  Dans toutes les maisons, il y a une chambre qui s’appelle « la chambre de la mariée ». La pièce a 4 utilisations précises pour les grands moments qui marquent la vie d’une famille : c’est la pièce où les époux passent leur première nuit de noce ; puis c’est la pièce où le bébé (garçon) est circoncis. Cette pièce est aussi la chambre que la femme doit utiliser pendant toute la période où son mari part pour le Hadj (pèlerinage à la Mecque). Enfin, quand l’époux meurt, la femme reste dans cette pièce pendant 4 mois et 10 jours (la réciproque n’est pas vraie si l’épouse meurt avant l’homme).  

Il y a un petit escalier qui mène au deuxième étage. Entre les deux étages, on trouve généralement les toilettes : une petite pièce avec un trou (les excréments ne sont pas évacués vers l’extérieur mais se décomposent partiellement avec la cendre et la chaux qu’on verse après chaque utilisation.

Au deuxième et dernier étage, c’est la cuisine ; Il y a aussi une petite alcôve pour les poules et animaux. Cet étage est partiellement ouvert  sur l’extérieur: c’est l’étage qui permets aux femmes d’accéder aux toits reliés les uns aux autres. Elles peuvent donc circuler hors de la vue des hommes et passer d’une maison à l’autre. Sur le toit, Il y a aussi une petite pièce qui sert de chambre pour l’été : l’été quand il fait trop chaud, la famille commence la nuit en dormant sur le toit, puis quand la température tombe, se réfugie dans la petite chambre sur le toit.

Toutes les maisons sont décorées de la même manière : Les murs sont recouverts des tentures berbères et de peintures géométriques de rouge, vert et jaune (toujours ces 3 couleurs seulement). Il y a aussi plein de petits pots en cuivre accrochés sur les murs.

Lorsqu’un couple se marrie, le mari est charge d’acheter la maison, et la femme apporte tout ce qui est à l’intérieur et se charge de la décoration.

Nous visitons aussi le système d’irrigation de la ville. Ghadames a été fondée autour dans la fameuse source Ayn Al Fares. C’est une oasis de 30m carré au milieu de la ville. Couleur vert turquoise. De cette source partent 5 canaux, dans toutes les directions de la ville pour irriguer les jardins, alimenter les bains publics et les lavoirs.

La visite se termine par un déjeuner dans une maison traditionnelle. Nous nous installons à genoux sur les tapis épais et les coussins, et on nous sert l’habituel repas (salade-soupe-couscous-fruit-the-fruits secs) sur le sol. Notre guide mange avec nous et nous raconte sa vie à Ghadames. Il est né dans la vieille ville, et a fait partie de la génération qui a été relogée dans la ville nouvelle. Il porte un habit traditionnel (djellaba et petit chapeau blanc) mais je remarque à son poignet une montre à l’image de Khadafi… C’est le symbole de sa vie : né dans la vielle ville séculaire, mais formaté par Le Leader.  Quand on lui demande s’il regrette sa vie dans la vieille ville, il refuse de l’admettre et parle du confort des villes nouvelles... Peut être que c’est moi qui ai envie de l’entendre dire qu’il regrette, mais je ne peux pas m’empêcher de remarquer un ton nostalgique quand il en parle… Mais qui suis-je pour dire que les gens devraient continuer à vivre dans la vieille ville, quand j’ai tout le confort moderne chez moi.

Desert

Notre programme pour l’après midi : visite du désert…

Notre chauffeur s’appelle Mamdou. C’est un Touareg et il porte un long turban blanc autour de la tête. Il est très grand, très fin, il a des traits apaisants… Il parle un peu le français, car Ghadames est à la frontière de la Turquie et de L’algerie.

Mamdouh est le Touareg des temps modernes : aussi à l’aise au volant du gros 4*4 Toyota que sur le dos d’un chameau. Il règle la clim tout en passant un coup de fil depuis son Nokia, mais il connaît le désert comme sa poche.

Très vite, nous quittons l’asphalte pour de la piste. Il fait 37 degrés dehors et pourtant nous sommes en plein hiver. L’été, les températures montent jusqu'à 55-60.

Nous nous arrêtons pour voir un lac naturel d’eau salée. Le lac d’à peine 30 mètres de large aurait paraît-il 70m de profondeur et serait le puis d’un volcan.

Un peu plus loin, Mamdouh nous emmène voir les ruines d’un vieux château (encore une fois, impossible de savoir qui ? quand ? et quoi ?) monte sur une haute bute. Nous sommes exactement à la frontière entre la Libye, la Tunisie et l’Algérie ; les frontières sont des dunes de sable à perte de vue. Impossible de repérer une quelconque délimitation.

Au pied du château, Mamdouh nous montre la tombe d’un ami du prophète Mahomet (encore un fait invérifiable), ce qui déclanche un débordement de foi de nos amis Turcs : ils photographient la tombe une bonne cinquantaine de fois et se mettent à prier vers la Mecque (ca tombe bien, c’est l’heure de la pierre)… le soleil commence à bien tomber, et j’ai envie de leur dire de se presser, pour ne pas manquer le coucher du soleil en haut de la dune, mais on ne dit pas à un musulman en prière de se presser… 

Pour faire un rapide point sur les Turcs : c’est donc le 3e jours que nous sommes ensemble et Mehmet n’a toujours pas appris un mot d’anglais, à part Thank you very much et « ok ». Il croit d’ailleurs que c’est un seul et même mot donc il passe sont temps à dire « Zankyeuverrymeuch ». Quand il nous entend parler en anglais ou en arabe, des qu’il y a le moindre mot qui ressemble à un mot Turc, il s’exclame de rire et répète le mot 15 fois.  Il essaie aussi de nous faire apprendre le Turc !! Il désigne les objets et nous faire répéter leur traduction en Turcs ; le mec ne manque pas de culot : il est avec des gens qui parlent 2-3 langues, lui ne connaît même pas un mot d’anglais, et c’est à nous de faire des efforts pour apprendre sa langue !!!

Mamdouh nous emmène faire du 4*4 dans les dunes version Paris Dakar. La voiture glisse, dérape dans le sable, c’est quasiment du surf. Pour passer les hautes dunes il faut prendre son élan, rouler le plus vite possible dans le sable pour attaquer la pente raide… Le moteur ronfle. Il faut parfois si prendre à 2-3 reprises pour passer la dune. La pente est si raide parfois que la voiture se retrouve presque à la verticale à 80 degrés, ça fait peur !!! j’ai l’impression que la voiture va se retourner vers l’arrière, ou rouler vers l’avant !!  Mais Mamdouh connaît sa bête ; aussi a l’aise dans un 4*4 Toyota que sur un chameau…

Nous assistons au coucher du soleil sur la tranche d’une dune qui doit faire 200m de haut. C’est exceptionnel. Puis, alors que nous croyons rentrer vers l’hotel, Mamdouh passe une dune, et derrière la dune, nous apercevons une tente avec des gens qui s’affairent autour : Abdu nous a organisé un dîner sous la tente sous les étoiles du Sahara. Il m’a même arrangé une bouteille de vin (interdit en Libye) !! Je n’en reviens pas ; je suis d’ailleurs un peu gênée : je suis la seule femme, et la seule à boire de l’alcool.

Quelques minutes plus tard, un groupe de 3 Touaregs s’installe autour du feu pendant que nous mangeons sur la table basse qui a été organisée pour nous sous la tente. Je sais que ce n’est pas la rencontre du hasard, ils ont été invites (et payés) par Abdu pour venir, mais je me laisser succomber au charme de cette rencontre aux allures de coïncidence fortuite. Ils chantent des chansons Touareg pour nous  (qui je dois l’avouer sont très monotones et m’horripilent au bout de 5 minutes).

Le moment est beau, et j’aimerai pourvoir le passer avec des gens que j’aime, pas des Turcs ploucs inconnus.

Apres le repas (même au milieu du désert ils réussissent à nous gaver de nourriture : salade- pâtes-grillades), nous nous installons autour du feu avec les Touaregs et ils préparent du pain devant nous :

Is lavent le plat avec du sable ( !) puis font une boule de pâte avec de la farine, de l’eau et du sel. Ils la pétrissent pendant quelques minutes, l’aplatissent, puis la mettent directement dans le sable qu’il recouvrent de cendres brûlantes. Au bout de 10 minutes, le pain est prêt et il n’y a plus qu’à frotter la couche de sable qui le recouvre… Bon ok, le pain a la consistance d’un bloc de ciment qui crisse sous les dents, mais le moment est beau, alors j’oublie mes standards de pain français… J’aimerai pourvoir passer ce moment avec des gens que j’aime, pas des Turcs ploucs inconnus.

Le lendemain, dimanche, c’est la journée du retour :

Je voudrais rentrer directement à Tripoli, mais Abdu insiste pour qu’on fasse un arrêt par Nalut (« son château, son dinosaure »). J’ai compris qu’il nous réserve une de ses surprises…

 Je me retrouve donc à Nalut avec la perspective de dormir dans cet hôtel aux airs d’asile psychiatrique ; Abdu a été galant et m’a donné la plus belle chambre : la Suite (écrit « Sweet ») : 2 lits simples grinçants, la vue sur le château bloquée par des gros barreaux aux fenêtres).

Au moment du dîner, Abdu nous ramène à l’endroit des maisons troglodytes que nous avions visitées le premier jour. Il a fait déblayer et nettoyer les caves, et a fait transformer l’une d’elle en restaurant improvisé !!! Il y a des bougies partout ; c’est magique !! Il a invité le Maire de Nalut et le Mokhtar (le chef traditionnel du village – un Berbère habillé dans sa grande toge blanche). C’est très impressionnant !! Je suis assise dans une cave, avec un libyen, 2 turcs, et 2 berbères. Bon le dîner, ce n’est pas que du folklore pour nous impressionner : c’est un vrai dîner d’affaires pour Abdu qui les a invite pour négocier le rachat les caves Troglodytes pour les transformer en hôtel. Le Maire ne peut pas lui donner l’autorisation sans l’avis du Mokhtar. Abdu comme d’habitude joue bien son jeu : en invitant le Maire et le Mokhtar dans une des caves transformée en restaurant, il leur démontre le potentiel du lieu, et ses qualités de businessmen. Ils ont l’air séduit par l’idée…

 

Nous sommes assis par terre sur des tapis et des coussins en attendant le dîner.

Le Maire de la ville a soit disant passé 10ans en Allemagne, et donc je m’attends a un homme ouvert, occidentalisé, parlant anglais, mais en fait, il connaît à peine 3 mots, et s’adresse à moi avec froideur, et sans me regarder. Quelques minutes plus tard, à l’heure de la prière (même au fin fond d’une cave sombre ils ne loupent pas l’heure), il se met a genoux (dans la même pièce que nous!!) et se met à prier !!!… C’est très gênant : il dit ses « Allahu akbar » tout haut ; personne n’ose dire un mot évidemment. Sa tête arrive presque dans mes pieds quand il se penche en avant. Je me recroqueville et essaie de me faire oublier… Même les Turcs (qui ont fait leurs 5 prières pendant tout le weekend ont l’air gêné).

Le Mokhtar (qui n’a pas fait la prière) me lance d’un air moqueur,  « alors, vous voudriez bien avoir une petite bouteille de vin la hein !! » évidemment, dans le souci de ne pas le choquer, je lui dit que l’alcool ne me manque pas, et « In Rome, do as the roman do »… Mais Abdu me glisse discrètement que le Mokhtar est en fait un grand amateur de Cognac, et qu’il regrette le temps où l’alcool était autorisé en Libye…

Nous rentrons à l’hotel pour un dernier cafe-sheesha. Et là, nous faisons une dernière rencontre : un petit bonhomme de 70 ans est là sur la terrasse avec son ordinateur portable… image incongrue à 11h du soir dans un patelin paumé de Libye.  Abdu nous explique que cet homme est le Directeur des Impôts de Nalut, mais qu’il a une passion pour la photographie et passe sont temps à photographier tout Nalut et à organiser les photos sur son ordinateur… Nous l’invitons à nous joindre et il nous fait défiler des centaines de photos qu’il a prises de Nalut (avec effets dynamiques et musique de fond hard-rock !!)… Il est très doué et ses photos sont merveilleuses. Cette ville que j’ai si vite jugée laide et inintéressante il y a 3 jours, est devenue à mes yeux belle et charmante…

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02/12/2007

Etre une femme etrangere en Libye

J’ai été dans beaucoup de pays arabes. Je n’ai jamais trouvé ma position de femme difficile. En tant qu’étrangère, les arabes n’attendent pas de moi les mêmes attitudes que d’une femme arabe. Je suis une étrangère; ils savent que je viens d’une culture différente, que leurs lois sociétales ne s’appliquent pas à moi. En termes de travail, c’est même plus facile pour moi d’être une femme: les négociations sont moins agressives qu’entre 2 hommes, et on ne dit pas non a une femme!. Les arabes sont charmants, mais aussi charmeurs, et je me suis habituée aux regards un peu pesant des hommes, et surtout dans les quartiers un peu plus traditionnels, (car une femme non voilée est une minorité). Mais en général, dans tous les pays arabes ou j’ai été, je me suis sentie respectée.
Ici à Tripoli, c’est la première fois que je « souffre » de ma position de femme et mon moral en est gravement affecté.
La Libye est un pays très traditionnel; Il n’y a quasiment aucune femme qui ne porte pas le voile, et on ne voit jamais une femme seule dans la rue. Ce n’est pas de l’intégrisme religieux comme en Arabie Saoudite, mais plutôt les codes d’une société très conservatrice et fermée à l’occident depuis des décennies. La Libye a été fermée pendant plus de 30 ans, et les libyens n’ont pas l’habitude de voir des étrangers aux meurs et coutumes différentes. Par exemple, en Egypte, même si de plus en plus de femmes se mettent à porter le voile, les égyptiens ne sont pas choqués de voir une femme non voilée, surtout une étrangère ; ils sont habitués. Au Caire, et même à Damas (et évidemment Beyrouth et Dubaï), il n’est pas rare de voir des femmes voilées et non voilées prendre un pot entre elles à la terrasse d’un café. Mais ici, les terrasses de café sont réservées aux hommes. Il n’y a pas de lieux publics où les femmes peuvent sortir seules entre elles (cafés, centre commerciaux) ; L’impression générale, c’est qu’il n’y a que des hommes dans la rue.

Quand je marche seule dans la rue, je suis donc une des seules femmes en vue, et certainement la seule femme non voilée et marchant seule. On me fixe, on me regarde avec insistance, on se retourne sur mon passage. Mais ce ne sont pas des regards appréciateurs ou curieux, ce sont des regards hostiles et pervers qui veulent dire « toi, tu es une pute car tu marches seule et sans foulard, et tu es une étrangère ». Je ne suis pas parano : de nombreux libyens (éduqués et ouverts d’esprits) m’ont expliqué la mentalité du libyen de base (= toutes les étrangères sont des putes).
Si une libyenne marchait dans la rue seule sans voile, elle serait une honte pour sa famille. Les libyens nous appliquent directement ces critères sociétaux.

Bien sur, quand je dis « les Libyens », je parle de cette catégorie de libyens peu éduquée, ceux qui ne sont jamais sortis du pays. Ca ne remet pas en cause leur grande chaleur et générosité envers les étrangers ; mais cet accueil n’est possible qu’une fois que la confiance est établie et si on a été présenté, introduit. Mais dans la rue, seule, sans voile et sans introduction, je suis une « mauvaise femme ».

Je parle avec beaucoup de femmes étrangères et les histoires sont toutes les mêmes : on ne peut pas marcher dans la rue sans subir les regards, les commentaires murmurés en arabe, les sifflements, et pire : les bruits de bisous et les « tsss tsss » à notre passage. Porter tenue modeste (long pull col roulé + long manteau), ne change rien. L’attitude « modeste » doit aussi être dans la façon de porter son regard sur les choses et les gens : quand je marche dans la rue, je garde les yeux rivés au sol. Car croiser le regard d’un homme est une invitation. Cela m’est arrivé une fois : je faisais des courses dans un super marché, et comme je cherchais des produits sur un rayon en hauteur, en me tournant, mon regard a croisé celui d’un homme. Un seul regard. Une fraction de seconde avant que je ne baisse les yeux. Mais la réaction ne s’est pas fait attendre : 2 minutes plus tard, l’homme est venu me trouver dans le rayon sombre des produits ménagers pour me dire « on se connaît non » ? Un seul, regard, une fraction de seconde… une invitation.

Mon amie Florence me dit : « même quand je marche dans la rue avec mon mari, les hommes me regardent sans gêne, car comme je ne suis pas voilée, ils ne pensent pas me devoir de respect, car après tout, c’est la faut de mon mari s’il ne me cache pas des regards ».

Les regards sont parfois insupportables. Car je sais les pensées qui traversent leur esprit en me voyant passer. Ma seule consolation c’est de penser que leur imagination sexuelle est beaucoup moins développée qu’en occident, tout simplement car les media ne font pas l’éducation sexuelle de la population comme chez nous (dans les films montrés en Libye, tout est passé à la censure : les scènes jugées osées sont coupées – souvent au détriment du scénario - et les décolletés des femmes sont brouillés; même le décolleté de la Princesse dans Shreck est flouté !!!!!!)

Pour le moment, l’attitude modeste et effacée a été ma stratégie de protection et de défense. Mais je connais des femmes qui sont là depuis plus d’un an, qui ont depuis longtemps abandonné cette stratégie pour passer à l’offensive : elle se mettent à crier, insulter les hommes en anglais ou français dans la rue; elles font des crises de nerf…
J’ai une amie Libyenne, Naja, qui a vécu Europe pendant des années. Trilingue et complètement « occidentalisée », elle souffre plus que nous toutes. Car elle est Libyenne. Elle n’a pas « l’excuse » d’être étrangère. Elle doit subir les insultes, et regards lourds de reproches (« tu es une honte pour ta famille »). Sa réaction est toujours violente et agressive. Elle me raconte qu’elle a deja frappé un homme après avoir essuyé une insulte dans la rue.

Je comprends un peu ce qu’elle peut ressentir, car moi aussi on me prend souvent pour une arabe: brune, teint mat ; et comme je parle l’arabe Libano-Syrien (du moins pour les choses courantes et basiques) on me prend pour une Libanaise (qui ont très mauvaise réputation au yeux des Libyens !!). Je suis donc à leurs yeux une arabe qui déshonore sa religion et sa famille.

Mes copines expats souffrent de l’attitude des hommes. Mais elles rentrent le soir chez elles, dans leurs résidences sécurisées pour étrangers avec leurs maris ouverts et compréhensifs. Moi, je suis seule , et le soir, je rentre seule à l’hôtel El Kebir… Les clients de l’hôtel sont à 99% des hommes (les quelques femmes sont avec leur mari, ou des touristes avec un groupe) ; les employés (réception, restaurants, business center) sont des hommes. Je me sens comme une extraterrestre… En tant que femme seule, je suis remarquée et dévisagée; Même à l’hôtel, qui doit être mon lieu d’habitation pendant plusieurs moi je dois baisser les yeux… Je sais que tous les employés m’observent, sont curieux de savoir ce que je fais la toute seule, savent tout de mes allées et venues, savent avec qui je parle, avec qui je prend un verre, qui vient me chercher en voiture… Et je sais ce qu’ils pensent…

Hier j’ai craqué… ma carapace de protection est tombée… mon blindage a fondu… Un mois de solitude à l’hôtel Kebir a eu raison de moi.
Tout a commencé Jeudi soir quand je suis sortie avec des amis (enfin chez des amis, puisqu’il n’y a aucun resto ou bar où sortir à Tripoli), dans un complexe résidentiel pour étrangers appelé Regata. Pour rentrer dans le complexe, il faut montrer patte blanche, signer un registre, et laisser une pièce d’identité. Ce jour là, je n’avais que mon passeport sur moi (alors que normalement je ne le prends jamais avec moi) et j’ai donc du le laisser à la réception. Avant de m’autoriser à rentrer, les gardes me rappellent qu’il est INTERDIT de dormir ou de passer la nuit dans le compound.
Vers 2h du matin, la soirée terminée, je quitte le complexe résidentiel. Fatiguée et un peu emmêchée (par l’alcool illégal que nous devons acheter au marché noir), j’oublie complètement de récupérer mon passeport à la réception. Je rentre à l’hotel à 2h30 du matin, et les gardes de nuits me regardent comme si je rentrais d’une nuit de tapin. J’ai honte.
Vendredi, en début de soirée, je retourne à Regata pour récupérer mon passeport. Sur le chemin, le taxi s’arrête à un feu rouge et un type vient frapper à ma fenêtre et me fait des signes que j’interprète comme « tu prends combien de l’heure » ? mon chauffeur est gêné, tente de me faire croire que l’homme est un fou, mais j’ai très bien compris qu’il me prenait pour une de ces prostituées Tunisiennes qui prennent des taxis le soir pour faire le tapin.
J’arrive à Regata frustrée de toutes ces petites humiliations quotidiennes qui s’accumulent… Les 3 gardes m’accueillent avec un regard dur et ferme. Je leur explique que j’ai oublié mon passeport la vieille et que je suis là pour le récupérer. D’un ton très agressif, un des gardes me demande « Comment ça tu l’as oublié ? On n’oublie pas son passeport ». Les 3 gardes prennent un ton très ironique et moqueur et répètent « c’est ca… tu l’as ”oublie” » en laissant entendre que je n’ai pas ”oublié” mon passeport, mais que j’ai passé la nuit à Regata. Le sous-entendu est humiliant et blessant, mais ce n’est pas le plus grave. Ils m’expliquent ensuite qu’ils n’ont plus mon passeport car ils ont du l’envoyer à une «autorité supérieure » car j’ai commis un délit. Je ne comprends pas tout car la conversation se passe en arabe, mais je comprends que Dimanche, il faudra que j’aille m’expliquer auprès de cette autorité pour pouvoir récupérer mon passeport. J’ai le souffle coupé : il y a 3 gardes qui me parlent en arabe, m’accusent d’avoir fait le tapin dans une résidence d’expatriés et me disent que je ne peux pas récupérer mon passeport avant de m’être « expliquée »… Je tente de discuter, j’essaie d’expliquer en arabe que je ne suis pas restée passer la nuit, que quelqu'un a bien du voir le taxi passer à 2h du matin la vielle (ils feignent l’ignorance). Je suis en pleine crise de nerfs… je pleure… je crie… Au bout de 10 minutes, un des gardes me tend mon passeport… Ils ont juste voulu jouer avec moi…

13:09 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (3)

11/11/2007

Libye: le musee de Khaddafi

Un séjour en Libye ne serait pas complet sans la visite du fameux musée national.

 

Atmosphère poussiéreuse et vieillotte d’un musée qui n’a pas été changé  depuis 25 ans : petits panneaux d’explications jaunis tapés à la machine (uniquement en arabe évidemment), éclairage mal pensé et défaillant, ventilateurs grinçants… le tout sur un fond jaune-grisatre très ex-Allemagne de l’est.

 

Le hall d’entrée est hallucinant : c’est une introduction aux différentes sections du musée : il y a donc une statue grecque à coté d’une immense photo de Khadaffi, un lynx empaillé, un squelette de baleine, ( ?!) et le must du must : Une Volkswagen Coccinelle fièrement présentée comme l’authentique voiture que conduisait Khadaffi en 1969 !!!! hahahahahahaha je suis morte de rire !!!

 

Comme tout est en arabe, je me joins à un groupe de Touristes anglais (après avoir demandé l’autorisation).

 

Je fais une visite assez sympa en leur compagnie. Le guide est très bon. Bien sur, comme dans tout groupe de touriste, il y a toujours le mec chiant qui sait tout et qui pose des milliers de questions pour étaler son savoir, et prend des notes en patte-de-mouche dans un petit carnet.

 

Le guide nous présente les sections d’histoire antique, mais nous laisse libre pour visiter le reste : le folklore Libyen, La section pre-historique, et la section à la gloire de la révolution libyenne… Je suis impatiente de découvrir la section Khaddafi et je regrette que le guide ne vienne pas avec nous… la section Khadaffi est à l’image de son règne : pas de guide… pas d’explication… nous étrangers, on n’y comprend pas grand chose, et personne ne se propose de nous expliquer !!

 

C’est très frustrant car tout est en arabe… il y a des posters du Leader partout, dans ses poses lyriques bien connues (3/4 profil, le regard au loin vers l’horizon ou le poing levé). Il y aussi une salle entièrement réservée au « livre vert » (les principes fondateurs de La Grande Jamaliha Populaire et Socialiste - le nom officiel de la Libye).  Le Livre Vert original est  placé dans un grand présentoir en verre, sécurisé comme les bijoux de la couronne.

 

Le musée s’achève sur une note glauque avec une section lugubre d’animaux sauvages empaillés, d’embryons de veaux et de poissons conservés dans du formol, et de vaches à 2 têtes… la foire des horreurs…

 

 

20:27 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (0)

Le souk de Tripoli

Aujourd’hui, je suis partie à la découverte de Tripoli. Direction la vieille ville. Le souk.

 

Les souks, c'est mon domaine de prédilection. J’ai commencé il y a 4 ans ma découverte du monde arabe, et je me rappelle du jour où je suis tombée amoureuse de la culture arabe : c’était au Caire, quand j’ai découvert que derrière les quelques rues touristiques du souk de Khan-al-Khalili se cachait le « vrai souk » , avec les « vrais gens » qui achètent des « vraies choses »… Rues tortueuses, sales, capharnaüm de produits variés, des fruits et légumes frais aux shampoings L’Oréal… Derrière les apparences désorganisées d’un souk, se cache une organisation presque mathématique : la rue des épices, la rue des tissus, la rue  des cosmétiques…

 

Depuis 4 ans, je suis à la recherche de l’ultime « souk expérience » : me perdre dans les coins où les touristes ne s’aventurent pas… Le summum de l’aventure : réussir ne pas passer pour une touriste! Les vêtements doivent être sobres et discrets, mais surtout pas touriste (à bannir : les pantalons en toile beige, la chemise en lin faussement orientale et bien sur l’appareil photo. Attitude : air dégagé, serein, ne pas regarder avec des yeux ronds, et faire semblant de savoir où on va alors qu’on n’est complètement paumé.

 

Les souk peuvent être classifiés en niveaux de 1 a 5 : Le niveau 1 pour les souks à Touristes compléments artificiels où tu te fais harceler constamment par des vendeurs qui parlent 5 langues et savent repérer à 2km si tu es Espagnol, Français ou Américain et adaptent leurs prix en fonction de ta nationalité. Dans les niveaux 1, je mettrais Marrakech et Essaouira au Maroc. Niveau 4-5 : le souk de Damas. Niveau 5 : le souk de Téhéran. Je suis heureuse de constater que Tripoli est un souk de niveau 5: je suis restée 2 heures à me balader dans le souk, sans qu’on me hèle une seule fois, qu’on me propose une babiole locale, ou qu’on s’adresse à moi en anglais!!… Par contre, pour ce qui est de passer pour une locale : impossible. Je suis la seule femme à ne pas porter le voile. Au Caire, c’était facile car il y a pas mal d’égyptiennes habillées à l’occidentale, et à Téhéran, je devais porter le voile donc je me fondais facilement dans la masse. Ici, à Tripoli, je perds ma carapace invisible et je dois donc supporter les regards insistants  (pas hostiles, juste une curiosité ouverte) des hommes et des femmes… 

 

 

Tripoli est la ville du blanc et vert… le souk en arbore les couleurs. Petites rues sinueuses et étroites peintes à la chaux, avec les volets des échoppes peintes en vert.  Très maghreb. Je retrouve aussi les vielles femmes type berbère qui s’entourent d’un grand voile blanc, comme en Algérie; elles ont généralement des tatouages au menton et au front. Mais on trouve aussi le style Saudi/Golf qui se répand de plus en plus dans le monde arabe : des femmes qui sont entièrement voilées de noir et ne laissent  voir que leurs yeux. Mais la majorité des femmes porte une djellaba et un voile en tissu imprimé. Pour les plus jeunes qui veulent être à la mode : un jean avec une chemise longue qui couvre les fesses et un voile assorti (généralement de couleur vive). La dernière mode (je n’avais jamais vu avant), semble être le voile froufrou : un voile avec des espèces de voilettes, porté assez lâche, et qui donne l’impression (de loin) d’être des cheveux frisés. 

 

Ici, je ne retrouve pas la sophistication des égyptiennes ou des riches Saudi (les libérales) qui portent un voile noir certi de décorations brillantes porté de façon lâche sur une haute queue de cheval.   

 

 

Coté boutiques, on n’est pas dans la contradiction de Damas (une boutique qui vent de la lingerie affriolante, à coté d’une boutique qui vent des voiles et des djellaba). Le Souk de Tripoli est beau par sa simplicite. Il y a la rue des bijoux en or, adjacente à la rue des produits pour le mariage (robes super kitch en satin rose, paniers floraux etc…). Il y a aussi la rue des tissus et des vêtements, prise d’assaut par les femmes, qui jouxte la rue des chaussures et des cosmétiques; on peut y trouver toutes les marques de shampoing, de colorant pour les cheveux, mais également des choses plus incongrues comme des paquets de cire à épiler vendue en vrac (c’est à dire pas dans une boite avec des bandes de tissu, mais en gros blocs de cire marron).

 

Je suis attirée par un bruit métallique : c’est la rue des forgerons ; enfin, là ou on façonne des plats, coupes, gobelets, assiettes en cuivre… Les fines décorations orientales sont obtenues en tapant des milliers de petits coups de marteaux très précis sur le metal… des heures de labeur dans un bruit infernal et inhumain qui donne le vertige rien que d’y penser…

 

Je passe aussi par le souk aux poissons et aux viandes. Images et senteurs fortes, et crues…

 

Et puis il y a les gens, les visages les voix… Un univers bigarré, une culture fascinante et incompréhensible…

 

Une visite au souk c’est comme faire de la plongée sous marine : un univers étrange, magnifique, on flotte, on se laisse porter par le flot, sans vraiment savoir où on va… On est spectateur mais jamais acteur de ces univers etrange et étranger… C’est agréable, beau, mais on n’y est jamais complètement à l’aise… On est soulagé d’en sortir et de reprendre une bonne bouffée d’air frais, mais on a aussi envie d’y retourner…

 

 

20:27 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (0)

Premier weekend en Libye: Leptis Magna

Si Beyrouth, Istanbul, Dubai sont connues pour leurs folles nuits une chose est sure : je ne vais pas faire la fête en Libye… Alcool interdit, pas de bar ou de resto… Donc en attendant de connaître des gens et de découvrir la scène underground de Tripoli, je vais faire des visites culturelles…

 

 

La Libye a des sites romains et grecs exceptionnels, inconnus du grand public… La Libye commence à s’ouvrir au tourisme et je vois beaucoup  de groupes (français, espagnols et italiens) dans les hôtels ; mais tout est relatif : on est loin des hordes de touristes en short comme en Egypte ou en Grèce.

 

Jeudi, j’essaie de trouver une agence de voyage qui puisse m’organiser une visite à Leptis magna pour le vendredi. Apres 3 agences, j’abandonne : impossible de trouver quelqu'un qui parle anglais (ca commence bien pour un agence de voyage !), et quand j’explique mon problème du mieux que je peux en arabe, on me répond que les visites en Libye sont organisées pour des groupes, par des agences de voyage en Europe !!  Oui oui, c‘est bien ça : si je veux visiter Leptis Magna à 100 km de Tripoli, il faut que je contacte une agence en France hahahaha… autrement, on me suggère de prendre un taxi collectif pour Khomes (la ville la plus proche du site), puis prendre un taxi jusqu'à Leptis Magna et trouver un guide sur place.

 

Je zappe l’option taxi collectif, et je négocie avec un taxi pour m’emmener directement à Leptis Magna.

 

Mon chauffeur de taxi a 65 ans, 9 enfants et seulement 3 dents. Il parle un patois arabe incompréhensible, déformé par sa mauvaise dentition… 120km, conduite arabe à la testostérone. J’arrive vivante au site, hamdulilah.

 

A l’entrée du site (il faut payer une sur-taxe pour emmener un appareil photo). Puis on me dit que je n’ai pas le droit d’emmener mon sac à main !!! Je ne comprends pas pourquoi : c’est un site en plein air, et je ne vois pas le mal à emmener mon sac avec une bouteille d’eau et mon porte monnaie !! je résiste,  j’insiste et je me heurte à l’indifférente placidité des gardes à moustache (la moustache et la chemise kaki est une composante bien connue des dictatures communistes arabes). Têtue comme je suis, je leur dit « je veux bien laisser mon sac, mais je veux que vous m’expliquiez pourquoi je ne peux pas le prendre » réponse: « ce sont les instructions »… Où avais-je la tête ? pendant une minute, j’ai oublié que j’étais en Libye…

 

 

On me propose un guide anglophone pour 3h de visite : Fawzi, 35 ans, célibataire, les lunettes de soleil à la Khadaffi, l’accent américain forcé mais la grammaire d’un émigré polonais.  Bref, tout à fait le type de guide qui va être « pesado » avec une jeune femme seule.

 

Je n’y coupe pas : entre quelques explications sur le site (assez vagues et imprécises), j’ai le droit à la biographie mythomane de Fawzi, ancien footballeur professionnel à Malte, qui sait tout, connaît tout et tout le monde, et va émigrer « aux states » l’année prochaine… je n’échappe pas non plus aux allusions à peine subtiles sur sa situation de célibataire, un cœur à prendre et bon parti, si je suis intéressée… Il me sort le grand jeu  en se faisant passer pour le mec le plus cool de Libye : « le soir, je sors avec mes potes et on reste à discuter parfois jusqu'à 11h du soir ( !!! il marque pause pour insister sur cet acte de coolitude rebelle sensé m’impressionner) en fumant le Narguilé.. » 

 

Entre ces tirades promotionnelles, j’apprends quelques trucs  sur le magnifique site de Leptis Magna,une ville fondée par les Phoeniciens en 1000 avant JC mais qui a atteint son apogée entre le 2e siècle av JC et le 3e siècle après JC sous l’empire romain.

 

Le site est vraiment magnifique et immense. C’est une ville entière, et exceptionnellement bien conservée... Les bains par exemple: j'ai vu des bains dans presque toutes les villes antiques que j'ai visitées (Rome, la villa d'Hadrien, Palmyre en Syrie, Petra en Jordanie, Balbec au Liban, Tipaza en Algérie, Persépolis en Iran...) mais jamais aussi bien conservés: Il y a une piscine intacte avec le marbre et les mosaïques d'origine, le tepidarium avec les conduits de chaleur en briques, même les toilettes sont intactes: on voit encore les plaques de marbre avec les trous pour les latrines, et le système de chasse d’eau… Le forum: une immense place dallée de plaques de marbre… les rues pavées sur des kilomètres, le marché aux tissus avec les étalons de mesures (pied et coudées) gravées sur le mur... C’est très émouvant. Mais le plus impressionnant: le Théâtre : parfaitement préservé avec une magnifique vue sur la Méditerranée, et le cirque de gladiateurs… J’entends presque les clameurs de la foule, et j’imagine sans mal le lâché des lions dans la fausse…

 

 

Toutes les 2 phrases, Fawzy me lance  un « understand ? » irritant, une traduction littérale du « fhemti ? » tic de langage typique des arabes pour s’assurer que tu suis.

 

 

J’invite Fawzi et le chauffeur de taxi à déjeuner. Je cherche de l’authentique, de la saveur locale, mais ils m’amènent dans un resto à touristes avec ambiance libyenne faussement recrée pour les goûts occidentaux et une musique d’ascenseur insupportable. Fawzi est de plus en plus irritant il insiste pour m’apporter son aide dans mon travail, et m’introduire à des hommes d’affaires Libyens. Il me propose même de faire une « Joint Venture » (plus classe que « business ») entre la Libye et la France pour le développement touristique. Je n’en peux plus et le repas traîne en longueur : mon chauffeur fume sa trentième clope en somnolant… il y a encore le cafe, et les dattes…

 

 

J’essaie de les lancer sur le thème de Khadaffi…. Pas facile, je ne sais pas trop comment aborder la question du Leader Maximo. Quand je demande comment « Le Leader » est perçu ici, Fawzi me répond comme dans un enregistrement automatique «un grand homme, droit, qui n’a fait que des choses bien pour la Libye » point final, je n’aurai rien de plus…

 

Je me demande si c’est de l’hypocrisie, mais je crois que non. Quand on a vécu toute sa vie dans une dictature, coupé du monde, c’est difficile de développer son sens critique. C’était la même chose en Syrie : j’étais étonnée de l’amour des gens pour Bashar El Assad. La chose magnifique avec le culte de la personnalité, c’est que les gens finissent par être tellement convaincus que la censure et la propagande se fait d’elle même… 

 

 

20:26 Publié dans Libye | Lien permanent | Commentaires (0)

16/07/2007

Cairo II le Retour

C’est bon de revenir au Caire, après 4 ans… C’est au Caire que j’ai commencé ce blog… cairoconnexion, retour aux sources… le Caire a changé… pas vraiment en fait, mais c’est mon regard qui a changé… après 4 ans de voyages, en Afrique et au Moyen Orient, après avoir appris l’arabe… Je comprends mieux… Mais il y a toujours des choses que je ne comprends pas… que je ne comprendrai jamais :

Un des trucs qui me frappe toujours au Caire c’est cette fantastique pollution sonore…
De la chambre d’hôtel, je reconnais cet incessant brouhaha de klaxon… des milliards de coup de klaxon par jour à toute heure du jour et de la nuit…
La navigation au klaxon : le code de la route égyptien est très simple : éviter la voiture qui est devant : même si elle fait n’importe quoi et ne respecte pas les règles (quelles règles ?), si elle est devant même d’un centimètre, elle a la priorité.
Deuxième règle, la plus importante : klaxonner. Un ptit coup de klaxon avant de tourner, un ptit coup de klaxon en doublant, un ptit coup de klaxon pour dire « attention je suis derrière », un ptit coup pour dire « attention je suis devant », un ptit coup pour saluer un collègue chauffeur de taxi… Et puis très souvent, un ptit coup pour rien… pour absolument aucune raison… aucune justification au coup de klaxon… juste un réflexe acquis, une impulsion du pouce qui répète le geste 350 fois par jour..
Aujourd’hui, j’ai compté le nombre de coup de klaxon donné par mon chauffeur de taxi entre Mohandesseen et l’Intercontinental Semiramis (un trajet de 15 minutes sans trop de trafic)… Exactement 57 coups de klaxon au total… incroyable…

22:21 Publié dans Egypte | Lien permanent | Commentaires (0)

Se deplacer à Teheran

Petit topo géographique pour ceux qui veulent (sinon, rendez vous au prochain paragraphe): Téhéran est une mégalopole immense de 15 millions d’habitants construite sur un plateau à 1500 mètres d’altitude au pied d’une grande montagne (la 10e plus haute du monde), le Mont Damavant qui culmine à 5600 mètres d’altitude (ah ouais, quand même !).
Pour simplifier, les quartiers nord (au flanc de la montagne) sont les quartiers riches et les quartiers sud sont les quartiers pauvres (mais pourquoi dans toutes les villes c’est toujours la même chose ?) et aussi les plus « traditionnels » (puisque c’est bien connu, les riches ont des goûts de luxes occidentaux, et les pauvres doivent se contenter de la religion) ; Donc pour une simplification encore plus honteuse, au nord on trouve les filles fashionista qui portent des voiles « Dior » et « Versace » et qui abusent de la chirurgie esthétique, et au sud, les filles en chador.

Moi, hébergée chez un expatrié européen, j’habite évidement dans les quartiers Nord. Ma première aventure consiste donc à me déplacer (seule) dans Téhéran.
Dans la rue, je hèle un taxi (qui ne portent aucun signe de taxi, mais je sans que tous les gens font plus ou moins taxi a Téhéran, pour se faire un revenu complémentaire), évidemment, c’est une voiture « Paykan » (fleuron de l’industrie iranienne).

L’Iran produits ses propres voitures dont personne n’a jamais entendu parler !! Il y a donc la Paykan (LA voiture en Iran), produite par la compagnie « Iran Khodro » depuis plus de 30 ans (gros succès commercial en Turquie et en Afghanistan !!) ; Un design très « Lada 1975 » (inchangé depuis 30 ans), un moteur à propulsion, poussif, 30 litres aux 100, incassable, infatigable….

Notre bonne vieille Paykan file à vive allure sur l’autoroute avec une forte odeur d’essence. Le carburateur est percé ? pas de problème, de toute façon, en Iran, l’essence est gratuite ou presque, ce qui fait de Téhéran une des villes les plus polluées au monde.

Bon, comme j’en suis à faire des briefings culturels, je rajoute que l’entreprise Iran Khodro produit aussi des Peugeots et notamment des 206 et 405. La 405 ne s’appelle pas 405, mais « Peugeot Persia ». Il y a aussi un deuxième grand constructeur, Saipa, qui a l’exclusivité de production des Citroën Dianes et nos fameuses R5, et top du top des Citroën Xantia et des modèles Kia.
Voilà, juste pour donner une image de ce qui forme l’incroyable circulation de Téhéran…

Oui pour l’instant, j’ai plutôt l’impression d’être à Los Angeles qu’a Téhéran !! Des autoroutes a perte de vue, des voies 4 X 4 qui s’entrecroisent, se chevauchent, fon des 8 a en donner le tournis… le tout gère avec un code de la route approximatif dont les règles, comme le Coran sont inchangées depuis le VIIe siècle… Je m’accroche aux fauteuils de la Paykan (en manquant de justesse d’arracher une poignée branlante). Les boulons vibrent de tous leu corps, le moteur hurle, la Paykan brave la circulation…

On arrive finalement a destination : la place Imam Khomeiny…
La Paykan résumé bien l’Iran : on a l’impression que tout a été construit avec un cahier des charges visant l’efficacité plutôt que l’esthétisme. Pour la ville, c’est pareil : grands bâtiments gris en béton, triste, terne, solide, bref, on se croit fortement dans la Russie de l’avant perestroïka.
Apres un interlude artistique et culturel des plus agréables au Palais du Golestan (ancien palais des rois Qajars), je décide de faire le chemin du retour en metro… Le metro de Téhéran, encore une idée de l’iran qu’on n’a pas…
Je passe devant le palais de justice (ou la loi islamique de la charia est la loi officielle), avec les photos 4 par 3 des Ayatollah Khomeni et Khameini… Des barbes blanches de père noël, mais le turban noir au dessus de leur tête promet d’autres types de cadeau… Khomenei a une tête de grand père fouetard, et Khamenei, avec ses grosses lunettes en cul de bouteille…
Un peu plus loin, j’aperçois de grands panneaux de propagande anti USA. Ils sont sympa, ils traduisent même en anglais, pour être sur que le message est clair:
« USA the great Satan », « we will inflict a severe defeat to America”, “we protect Palestinians and join the fight against his enemies, USA and Israel”…
J’apprécie particulierement le message de bon voyage à l’aéroport de Teheran: “This revolution is not recognized anywhere in the world without Imam Khomenei’s name – Have a nice trip”
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Ces slogans sont toujours accompagnées des photos de nos 2 stars Khomenei et Khamenei (pères noëls à lunettes) – nommons les Kho et Kha pour plus de facilite. Ils sont complètement starisés, en photo partout sur les murs, les façades des mosquées etc… Par contre, étonnamment, point de Ahmadinejad… Alors que chez nous, il représente l’Iran qui fait peur, en Iran, il est le nabot invisible.
Bon, je m’égare de mon propos… le metro. Je m’engouffre dans la station Imam Khomenei (on s’en doutera, c’est la station « hub », le croisement des 3 lignes de metro de Teheran).
Je suis super impressionnée par le métro de Teheran. Ecrans plasma partout pour passer les info en boucle, annonces en voix électronique en farsi pour annoncer les arrêts (voix masculine car la voix d’une femme, même si c’est un robot, est bien trop érotique).
Je dois rejoindre les quartiers nord et je choisis donc la ligne Mirdamad. Je m’en tire assez bien pour acheter mon billet (« yek biliet » - je ne suis pas peu fière de mon farsi !! hihihi), mais je commets une erreur de débutante quand je me précipite en courant dans la première rame de métro (pour ne pas avoir à attendre le prochain)…merde, j’ai complètement oublié que je devais aller à l’arrière de la rame, dans le « wagon des femmes ». Le temps avant la prochaine station me paraît interminable : je me sens dévisagée de toute part par des centaines d’hommes. Je suis la seule femme. Je rougis, je baisse les yeux, je rajuste mon voile…Pourquoi, moi, européenne libérée j’ai soudain peur des hommes ??
Heureusement que le metro n’est pas trop bondé…
Des que le train s’arrête, je me précipite dehors et je cours vers l’arrière du train, et je m’engouffre juste a temps dans le wagon des femmes… C’est étrange de se retrouver entourée de femmes… Tout Teheran y est représenté : les femmes en longs chador noir cottoient les iraniennes modernistes maquillées et habillées à l’européenne qui portent des voiles Versace et Dior. Ici je passe totalement inaperçue et je respire…

 

21:35 Publié dans Iran | Lien permanent | Commentaires (0)

En route pour Teheran

Je m’imaginais que l’avion pour l’Iran allait être rempli de femmes voilées ou portant des chadors noirs… Moi-même, je m’étais habillée de façon conservatrice, avec un long pull et un long manteau noir, un foulard dans la poche, prête à le dégainer à la sortie de l’avion à Téhéran… Mais dans la file d’attente, pas une femme voilée… Seulement des femmes bien habillées, très maquillées aux coiffures sophistiquées.
Je suis assez gênée quand je découvre que mon siège 15F est situé au milieu de 2 barbus islamiques iraniens. Ils ne se lèvent pas pour me laisser passer, et je dois donc me glisser en me frottant à leurs jambes pour atteindre mon siège… Pendant toute la durée du vol (5 heures depuis Milan), mes deux amis mollah prennent leurs aises dans les minuscules sièges de la classe eco, et occupent largement les accoudoirs. En fait, leurs coudes dépassent de chaque coté d’au moins 10 centimètres, ce qui fait que j’ai 2 coudes qui me rentrent dans les cotes. Je laisse ostensiblement voir ma gène, par le biais de moultes soupirs et retournements sensés témoigner de mon inconfort, mais rien n’y a fait.
Au moment du repas, je suis assez étonnée de découvrir que la compagnie aérienne sert de l’alcool, substance totalement interdite en Iran (j’ai même dû vérifier que la boite Godiva que je ramenais à mon hôte ne contenaient pas de chocolats fourrés au Kirch), mais à mon grand étonnement, non seulement Alitalia sert de l’alcool sur son Minalo-Teheran, mais tous les passagers en prennent !!! Moi, à 2 heures du mat un dimanche soir, je me contente d’un jus de pomme, mais mes 2 compères se descendent leur petite bouteille de Chianti.
Mon voisin de droite me propose un petit coup de chianti. Je refuse poliment. Il n’en faut pas plus pour déclencher la conversation. « première fois en Iran ? » « vous y allez pour le travail » ? Pour les bienfaits de la lecture, je traduit les dialogues en français courant, mais je dois préciser que, en fait, mes 2 potes mollahs barbus parlent à peu près aussi bien anglais que moi le farsi, donc pour chaque question, je dois les faire répéter 15 fois et deviner si la question veut dire « d’où venez vous ? » ou bien « êtes vous déjà allée en Iran ? ». Evidement, mes réponses leur sont également incompréhensibles. L’un des deux parle légèrement mieux anglais que l’autre (bon, allez, nommons-les Mahmud et Mohammed), bref, Mahmud parle un peu mieux l’anglais que Mohammed, et donne des phrase-type (en anglais) a Mohammed, pour que Mohammed me les pose ensuite. Le petit cours d’anglais se passe donc sur mes genoux puisque Mohammed et Mahmud sont penchés sur moi pour pouvoir se parler.
J’apprends que mes 2 comperes se sont rendus en Europe pour le travail et qu’ils ont assisté à la foire Internationale Industrielle de Dortmund en Allemagne, et que Paris est très joli. Ce passionnant échange terminé, je montre clairement mon intention de dormir, quand Mohammed sort un papier et un crayon de sa poche, se penche vers moi, pose sa main sur ma cuisse, et me dit tranquillement (il ne me « demande » pas, il me « dit ») d’écrire mon numéro de portable sur le papier. Je repousse sa main de ma cuisse et je réponds « no téléphone » (je leur laisse le soin d’interpréter si je veux dire « je n’ai pas de téléphone », ou bien « non je ne veux pas te donner mon numéro ».
L’échange s’arrête donc là, mais a pour conséquence de me faire sortir mon voile 45 minutes avant l’arrivée à Téhéran, et de me protéger derrière cette armure anti-homme.

Je viens donc de faire ma première expérience du voile. Pour la première fois, je comprends que beaucoup de femmes ne veulent pas qu’on leur enlève le voile, cette protection… Car si j’avais porté le voile au moment de m’asseoir, les deux hommes ne m’auraient surement pas adressé la parole, et encore moins mis la main sur la cuisse…

21:23 Publié dans Iran | Lien permanent | Commentaires (0)

Une europeenne voilee en Iran

Le premier jour, j’avais choisi de porter un voile en soie, couleur marron glacé ; je l’avais trouvé élégant, discret, et léger, bref, parfaitement bien pour les circonstances. Au bout de 5 minutes, j’ai compris mon erreur : la soie trop légère et soyeuse ne cesse de glisser vers l’arrière et me rend donc « indécente » (selon les critères de la loi Islamique d’Iran). Or, je n’ai vraiment pas envie de me faire repérer par la brigade des mollahs du Ministère de « La Prévention des Vices et de la Protection de la Vertu », la PVPV, et d’avoir un casier judicaire en pour attentat à la pudeur. Je suis donc constamment en train d’ajuster mon voile, de le tirer vers l’avant, ce qui a pour effet de me rendre cheveux complètement électriques (à cause de la soie). Au bout de quelques heures, non seulement mes cheveux sont apparents, mais ils se dressent sur ma tête et j’ai l’air d’une folle hirsute.

Deuxième jour. Aujourd’hui, je choisis la prudence : j’ai apporté un voilé très joli, noir et doré, mais il est légèrement transparent et on entre-aperçoit mes oreilles par transparence… Autant dire carrément érotique !! Toujours dans le souci d’éviter de me faire arrêter pour attentat à la pudeur par la PVPV, je me colle un pré-voile noir sur les cheveux (qui couvre tous mes cheveux jusqu'à la limite du front) très serré et attaché derrière le cou, et par dessus, je pose mon voile érotique doré (en gros comme si je portais un sous-vêtement Damart sous une nuisette noire transparente et sexy). Bon en tout cas, je joue la sécurité ; car il faut dire que je me balade toute seule dans les rues, donc je n’ai pas envie d’attirer l’attention.
A la fin de ma journée, je vais au bureau de l’ami qui m’héberge, et ses employées iraniennes éclatent de rire en me voyant. Apparemment, avec mon sous-voile noir, je suis catégorisée comme « fanatique islamiste intégriste » !!! Bref, pas du tout à la mode iranienne…

Troisième jour. Suite aux conseils des iraniennes, je me contente de poser une écharpe sur mes cheveux : une matière souple mais pas glissante, en laissant une large bande de cheveux apparente. Je ne serre pas le voile sous mon cou, et je le laisse au contraire tomber de manière lâche. Au besoin, (si je suis dans un quartier plus « traditionnel », je réajuste le voile de façon plus formelle, plus couvrante) ;

Pendant la journée, j’observe les iraniennes autour de moi : il y a les iraniennes « traditionnelles » (traduction européenne = intégristes) qui portent le traditionnel chador noir; ce n’est pas le chador « bien coupé » des saoudiennes (qui ne laissent voir que leurs yeux), non, en Iran, le chador, c’est un grand drap noir que les femmes posent sur leur tête et s’enroulent autour du corps (sans toutefois se couvrir le visage) et qui tombe jusqu’aux chevilles; Le chador n’a pas de manches, pas de boutons, pas d’attaches, pas de ceinture, et les femmes sont donc constamment en train de le réajuster. Imaginez-vous donc marcher, monter des escaliers, faire vos courses à Leclerc, du shopping chez Zara en trimbalant un drap de 3 mètres de long sur la tête, et qui vous tombe sur les chevilles.
Pour faire tenir en place ce drap long et incommode, elles font des nœuds bizarres et surtout, le tiennent constamment avec leur main (au niveau du cou), bref, très pratique. Quand elles ont besoin de leurs 2 mains (pour attraper quelque chose, chercher de l’argent dans leur porte monnaie etc…) elles retiennent le voile par leurs dents, en gardant les pans de voile dans leur bouche. Super confort !!
De dos, elles ressemblent à des fantômes qui se déplacent sans toucher le sol.
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Mais il y a aussi les Iraniennes « flashion victimes » ; celles là viennent clairement de familles libérales, et se passeraient bien du voile s’il n’était pas obligatoire. Comme elles doivent faire avec, elles en font clairement un « accessoire de mode » qui devient partie intégrante de la tenue.
Tout d’abord, il y a la couleur : le voile ne doit surtout pas être noir comme le chador des iraniennes traditionnelles, mais de couleur, ou en tissu imprimé, et doit évidement s’accorder avec le reste des vêtements (totalement occidentaux du moment qu’ils couvrent le corps).
Ensuite, il y a la façon de le porter. Il s’agit de le porter dans les limites de la décence imposée par la loi islamique, tout en restant sexy ; c’est donc l’art de se couvrir sans ne rien cacher. Plusieurs principes opèrent : porter le voile de façon très lâche (il laisse donc apparaitre le cou et parfois les oreilles), mais aussi, le porter très en arrière sur la tête, (aussi en arrière que les lois de la gravité le permettent), de manière à laisser apparaître le plus de cheveux possible. La encore, cette technique a 2 conséquences : en portant le voile en arrière, il a tendance à glisser. Donc, les iraniennes (pour ne pas avoir à porter d’épingles ou de barrettes) se font des coiffures (sous le voile) très hautes (queue de cheval portée très haut) pour que voile s’accroche à la queue de cheval comme sur un porte-manteau et évite de glisser. La deuxième conséquence du voile porté vers l’arrière, c’est qu’il laisse une large bande de cheveux visibles (environ 10 cm), qu’il faut mettre en valeur !!! Là encore, une large gamme de choix possible : grosse frange gonflée au brushing, mèches décolorés… mais la technique la plus en vogue reste la grosse banane, technique que j’ai expérimentée pour mon 4e jour…

Quatrième jour. Donc voila, après avoir fait la sorcière hirsute, la fanatique islamiste, j’ai envie de jouer à l’iranienne fashionista. J’opte donc pour la banane. Je me fais donc une haute queue de cheval (le porte-manteau qui permettra au voile de ne pas glisser). Pour la banane: je crêpe mes cheveux avec un peigne, pour les faire gonfler de 5 à 10 cm (il faut prévoir que la journée va progressivement les aplatir, donc compenser avec un maxi-gonflage en début de journée), puis je rabats une mèche laissée libre devant, qui n’a pas été crêpée au dessus des cheveux crêpés, et je retiens le tout avec des barrettes. Je me retrouve donc avec une queue de cheval ridicule et une banane à la Dick Rivers. Mais quand je pose le voile sur tout ca (aujourd’hui, soyons fou, j’ose mon voile érotique légèrement transparent), je deviens une Iranienne fashionista…

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19/03/2007

Afrique du Sud - Joburg premieres impressions


Joburg c'est une ville construite " à l'américaine" c'est à dire qu'il n'y a pas de centre ville en soi, mais une multitude de petits quartiers, ou "villages" reliés entre eux, avec chacun un "centre" plus ou moins développé (généralement, le "centre" en question est un mall).
Notre "ville dans la ville" c'est donc Sandton, et notre quartier, c'est "Morningside". "Sandton", c’est le centre d'affaires et commercial le plus posh et populaire de Johannesburg. Notre rue c'est Rivonia, une très longue avenue ou sont concentrés à la fois la plupart des bureaux des grandes entreprises, les plus grands centres commerciaux et les meilleures résidences... Donc on est un peu sur les Champ Elysee de l'Afrique du Sud.

Notre appartement se trouve dans une "rue sécurisée" (fermée par une barrière: seuls les habitants de la rue sont autorisés à la prendre après 8h du soir) et dans cette rue sécurisée nous sommes dans un lotissement lui même sécurisé (donc une autre barrière avec des gardiens et un passe spécial pour entrer). Ca donne une idée des problèmes de sécurité ici...

Quand je dis que Joburg est très "américaine" (voire californienne), je veux aussi dire aussi que tout se fait en voiture. A part dans les centres commerciaux, il n'y a pas vraiment d'espaces où marcher, et les voies princiales de la ville sont d'immenses autoroutes. Nous avons une voiture que nous louons mais on ne s'aventure pas trop loin, de peur de nous perdre dans cette immense mégalopole, et de nous retrouver à Soweto par erreur!! Il faut vraiment qu'on s'achète un GPS. Donc pour l'instant, on se contente de sillonner dans les environs (dans un rayon d'environ 10km ou nous trouvons absolument tout: cinéma, malls, shopping centers, gym etc...).

Ca à l'air assez déprimant dit comme ça, mais il y a aussi le coté nature et grands espaces. Tout est vert, des arbres partout. Tiens, rien que chez nous: on habite au coeur de Johannesburg, mais notre balcon fait face à une immensité d'arbres et de nature et on ne voit aucun buildings!

Bon pour continuer dans le trip "california life", je me suis inscrite à la gym locale. Comme c'est la gym de Rivonia, c'est une concentration de rich- white-healthy-fit-young executives. La gym évidemment est immense avec une piscine olympique, des dizaines de tapis de course, de vélos, des dizaines de machines à poids et des salles spéciales pour cours d'Aérobic, Steps, Yoga, Pilates (la version "inn" du yoga), du Spinning (25 tarés qui font du velo de salle en groupe sur de la musique), et des trucs qui sortent de l'espace comme le "V Box", le "V Core" (faire des exercices sur/avec un gros balon gonflable) et d'autres trucs de malade... Les gens sont tellement "health-freaks" ici que la gym est pleine de monde dès 5 heures du mat, et dès les heures de sortie du bureau (à 5h00, il faut faire la queue pour accéder à un tapis de course - et pourtant il y en a au moins 50). Les machines sont placées de façon à pouvoir regarder les télés qui passent en continu CNN ou la chaîne de Criquet (le seul élément qui te rappelle que tu es en Afrique du Sud plutôt qu'a L.A).

Au niveau sociologique, on voit vraiment de tout: de la bimbo blonde qui trouve qu'elle a grossi du coude, à musclor qui pense qu'avoir une taille de tour de bras plus gros que son tour de sa tête ça fait "cool", à la "quinqua" branchée qui vient faire son yoga.
Evidement, la gym, c'est un lieu de "show-off" qui commence dès le parking (qui arrive avec la plus belle bagnole? - Notre Toyota Tazz est garée à coté d'une Aston Martin aujourd’hui), puis qui continue par la manière de s'habiller (la bimbo en question choisit évidemment un petit short taille basse moulant avec une brassière rose qui va très bien avec son i-pod assorti, et elle reste super maquillée).

Pour rester dans le move, et jouer la carte integration, je suis des cours de "Pilate", et "V-Core" à 7h du matin avec tous les autres Cadres-sup qui font du sport avant d'aller au boulot.

Le midi, pour déjeuner, on va à Sandton Mall, un immense centre commercial avec 17 entrées, 6 étages et des milliers de magasins, si grand qu'il faudrait un GPS pour se retrouver car je ne comprends pas le plan multi-dimensionnel qui est affiché.
Nous rentrons toujours par l'entrée No 12 (car comme des pisteurs de montagne, nous avons "reconnu la voie" auparavant), pour aller chercher des sandwichs au "Food Court" (le coeur du mall où sont regroupés environs 35 restaurants et fast-food).
Evidement, comme les « Sud-Af » sont obsédés par "fit and healthy" lifestyle, on peut acheter des pizza ou des pâtes qui sont faites avec une base sans blé... C'est le monde du "wheat-and-gluten-free" + "low fat" + "low salt". Notre choix aujourd’hui va pour "Yo sushi" une immense table qui tourne sans interruption où tu attrapes au vol le plat de sushi qui te tente et tu paies en fonction de la couleur de l'assiette que tu as shoppé (bon, ok, cette chaîne existe aussi en Europe).

Notre qualité de vie (QOL "Quality Of Life" ratio, comme on dit) est assez exceptionnelle: comme tout le monde ici, on finit rarement le boulot après 4h30 ou 5h (oui même pour les cadres!) donc on a encore plein de temps pour profiter de la journée après et passer encore plus de temps a la gym!!...

Cote qualité de vie, il y a également beaucoup de très bons restos en ville. La grande mode évidemment c'est la "fusion-food" avec des mélanges de style, du genre : "blancs de poulet marinés au gingembre dans une feuille de banane rôtie, délicatement parfumés au coriandre frais, agrémentés d'une sauce indienne au soja, légèrement relevée aux épices de Madagascar"

Comme il n'y a pas de "centre ville" Johannesburg, les restos et les bars sont éparpillés aux 4 coins de la ville, et donc, il faut avoir étudié la carte pendant 3 heures avant de se lancer sur la route (notre carte de Joburg fait 350 pages!!). Bref, sans GPS ou co-navigateur (moi) qui regarde constamment la carte, tu as plus de chance de te retrouver à Soweto qu’au restaurant en question.
Il faut rappeler aussi que si certaines rues ont des « noms » comme chez nous, la plupart sont numérotées. Les gens qui ont construit le plan de la ville devaient avoir un sens de l’humour prononcé pour créer des adresses aussi tordues que « Corner of 19th avenue and 21st street », surtout quand on sait qu’il y a PLUSIEURS 19th avenues et 21st streets dans la ville.
Evidement, cette navigation nocturne dans ce labyrinthe se fait avec le stress de savoir que tu ne peux pas t'arrêter pour demander à quelqu’un, et de ne pas pouvoir t’arrêter aux feux rouges (trop dangereux)!!

Le truc vachement à la mode aussi c'est les "Bries" (si tu dis "Barbecue" tu passes pour un gros plouc ou un étranger). Donc les « bries », c'est donc une teuff d'après-midi où tu fais griller des saucisses en buvant du Chardonay, habillé comme pour une Garden Party anglaise.

De toute façon, pour ce qui est de se fondre dans la masse et ne pas passer pour un étranger c’est impossible car leur accent est vraiment inimitable. Leur façon de dire "yes" c'est soit "yiiis" ou "ya". Pas de juste milieu.

Un des cotés frappant de l’Afrique du Sud, c’est bien sur le multi ethnisme. L'Afrique du Sud a mis son passé raciste derrière lui, et on est en pleine décennie du "Black empowerment". Les entreprises ont des quotas raciaux à respecter, et le taux de chômage des blancs a décuplé... Mais cela ne veut pas dire que tout va bien dans le meilleur des mondes : tout marche sous une apparente harmonie, mais on voit bien en regardant autour de nous que personne ne se mélange: les blancs restent entre eux, les blacks avec les blacks et les indiens avec les indiens...
Mais au moins, ça change du reste de l'Afrique où black = pauvre, et blanc = riche. Une large classe moyenne – supérieure de noir s’est développée, et les Porshes, BMW et Mercedes qui pullulent ici ne sont pas uniquement réservées aux blancs.

12/11/2006

Syrie - Préjugés d’européens

Un monde d’hommes… 80% des gens dans la rue sont des hommes… C’est ce qui frappe à première vue… Même  les « femmes de ménage » dans l’hôtel sont des hommes… Où sont les femmes ? Cachées? Enfermées ? Non, non… la Syrie n’est pas un de ces pays à l’islamisme dur… Même si beaucoup de femmes (à vu d’œil 75%) sont voilées, c’est un hidjab léger qui ne couvre pas le corps ou le visage… Bien sur, il y a toujours cette petite proportion  de femmes qui portent le « voile intégral », entièrement recouvertes de noir, dont on voit à peine les yeux… Je pourrais parler de ces femmes enfermées sous leur voile noir par 40 degrés, qui portent gants et chaussettes pour ouvrir la moindre partie de leur corps… leur vision me fascine, j’essaie d’imaginer ce qu’elles voient, ce qu’elle ressentent… Mais pourquoi en parler alors que c’est déjà la vision que nous avons du moyen orient en Europe… Pourquoi ne pas dire plutôt qu’elles sont une minorité ?…

C’est étonnant comme les media donnent une image délibérément déformée du Moyen Orient : ils insistent sur ces images « choc », qui heurtent notre sensibilité européenne… Les media ont montre les images violentes de l’ambassade danoise en proie aux flammes, à Damas, suite aux protestations contre la publication de caricatures du Prophète, donnant l’impression à tout l’occident que la Syrie est un pays islamiste, de musulmans fondamentaux… Les media font leur job : relater des événements « extra-ordinaires »… Une bombe, une émeute violente… Mais ces images déforment notre perception du monde et nous font penser qu’en Afrique il n’y a que des famines et des guerres, au Moyen Orient des musulmans fondamentaux poseurs de bombes qui voilent leurs femmes des pieds à la tête… C’est drôle de penser que Damas, d’après une enquête internationale récente, a été classé dans le top 5 des villes les plus « sures » du monde !!!  A Damas, je peux laisser la porte de ma maison et de ma voiture ouvertes, marcher dans la rue, seule, le soir, habillée normalement, sans craindre pour ma vie, sans subir de harcèlement… Je m’y sens plus en sécurité qu’à Paris ou Londres !! Pas la vision qu’on s’en fait !

Enfin bref… les femmes… Je me rappelle ma frustration en Egypte puis en Algérie de n’avoir que très peu souvent l’occasion de parler à des femmes… Les perspectives, les pensées, les analyses m’étaient dispensées par les hommes… Ici, en Syrie, j’ai rencontré beaucoup de femmes, qui me parlent ouvertement, avec qui je peux sortir boire un verre sans problème… (Attention, pas complètement à l’européenne… Il y a des couvre-feu implicites, des conventions à respecter)… De belles rencontres avec des femmes modernes et dynamiques… Je suis aussi étonnée de voir des femmes voilées, qui ne donnent pas du tout l’impression d’être « prisonnières », comme nous le pensons souvent en Europe… Elles travaillent, sortent sans leur mari, fument des cigarettes ou le Narguilé  à  la terrasse des cafés… J’ai même vu une femme voilée danser avec ses amis dans une boite de nuit !

Il y a aussi les  riches damascènes, hyper fashion, sur-maquillées, les cheveux colorés, méchés, le brushing parfait, les seins refaits, et les bijoux qui brillent… Elles portent les dernières tendances achetées à Beyrouth… Il faut du tape à l’œil, du flashy…  Armani en lettres brillantes, et tout ce que Gucci et Versace fait de plus clinquant.

Je suis perplexe et perdue : je vois ces femmes entièrement couvertes de noir, côtoyer des syriennes surper fashion… c’est fascinant… Ces contradictions sont bien résumées au souq de Damas, ou on peut trouver un magasin qui vend et vante le « voile intégral » juste à coté d’un magasin de lingerie osée…. 

medium_voiles_et_lingerie.JPG

Mais qu’est ce que ça me dit tout ça ? Que quand on fume une cigarette en portant le voile c’est signe de libération ? Que porter ostensiblement du Versace sur la poitrine est la voie de la femme musulmane moderne ? Libérée ? Libération de quoi de qui? Tout compte fait, je ne sais rien, je ne connais rien, je ne comprends rien… Qui suis-je pour tirer des conclusions hâtives ou analyser quoi que ce soit… Regard d’une européenne sur un moyen orient qui nous fascine et nous trouble…

23:45 Publié dans Syrie | Lien permanent | Commentaires (0)

02/06/2006

Syrie - La planche a repasser

Depuis que nous sommes arrives, nous somme frappes par la gentillesse des syriens… toujours prets a nous aider, a nous renseigner, aucune agressivite, aucune arnaque… a chaque fois que nous rencontrons une nouvelle personne, la conversation commence immanquablement par « ahlan wa sahlan » (bienvenue), et se termine toujours par « si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hesitez pas a m’appeler… Mais ici, ce n’est pas une formule en l’air…

Je suis vannee… Une journee difficile, longue… je n’ai qu’une envie, rentrer chez moi, me faire livrer a manger, m’entendre sur le canape et regarder une connerie a la tele… Avant de rentrer chez moi, je passe juste a l’epicier du coin, pour acheter du pain… Comme c’est une des seules personne du quartier qui parle anglais, j’en profite juste pour lui demander ou je peux acheter une planche a repasser (pour plus tard, car il n’y en a pas dans l’appart)… Il me donne quelques indications, mais au bout de quelques minutes, je decroche… En fait, a ce moment precis, je m’en fou de savoir ou je peux acheter une planche a repasser… Je n’ai qu’une envie, c’est de rentrer chez moi… Je lui dit « ok, ok, j’ai compris», pour couper court a la conversation… mais ca n’en finit pas… il me dessine un plan, ecrit des mots en arabes et ce met a passer des coup de fils !!!  Mon dieu, quelle tete je fais quand il me dit, tout content de lui « j’ai appele un taxi, il va t’emmener directement la bas » !!! « quoi maintenant ?? la la la la !! non! non ! »!! je ne veux pas partir en vadrouille dans un souq de Damas pour aller acheter une planche a repasser a 8 heures du soir !!! J’essaie de lui faire comprendre que vraiment, je ne peux pas y aller maintenant, que je dois rentrer, que j’ai compris ses explications et que j’irai demain !!! j’ai a peine le temps de finir ma phrase qu’il est deja en train de donner les explications en arabe au chauffeur de taxi, et de me pousser dans la voiture… 8h30. embouteillages. Bruit. Fatigue… je n’arrive pas a croire que suis le chemin du souq pour acheter une planche a repasser… Nous arrivons dans un quartier tres anime… tout est ouvert.. epiceries, drogueries, marchants de legumes, etales de fruits colores, chawarmas fumantes… Oui c’est beau, mais pitie, pas maintenant !!!  Evidement, le chauffeur de taxi se paume, il n’a pas retenu les explications de l’epicier, il me demande ou aller… Je ne sais meme pas ou je suis, comment pourrais-je lui dire ou aller !!… J’ai envie de lui dire de faire demi tour, et de me ramener chez moi, mais je sais que mon epicier attend de me voir rentrer avec ma planche… Je dois trouver cette planche a repasser ou sinon il va me renvoyer avec plus d’explications  !!!

Je me retrouve dehors dans la rue, paumee dans cette rue grouillante, a 9h du soir, a demander aux gens ou je peux trouver une «tawl hatt kawi » (heureusement que j’ai eu la presence d’esprit de demander le mot « planche a repasser » avant de partir)… La situation est sur-realiste… En 5 minutes, c’est quasiment tout le quartier qui s’occupe de mon probleme… les gens se concertent entre eux, s’interpelent.. « he, ou est ce qu’on peut trouver une planche a repasser dans le quartier ? » « chez Ibrahim ? » « non, va plutot chez Abu Mohamed » !!! Je ne comprends pas grand chose, mais c’est un debat anime !!  Apres avoir pris l’avis de 15 personnes, je finis par trouver un petit magazin qui vend des planches a repasser… Je me sens obligee de negocier le prix, car tous mes gentils syriens me regardent, me soutiennent et attendent le resultat !! J’ai honte, je suis perdue, fatiguee, je ne comprends rien, j’ai envie de rentrer chez moi !! Laissez moi tranquile !!Trop de gentillesse tue la gentillesse !!! Je resors avec ma planche a repasser sous le bras… J’ai presque l’impression d’etre acclamee, comme si j’avais fais quelque chose d’exceptionnel… On me porte ma planche a repasser jusqu’au taxi, on m’aide a la coincer dans la minuscule lada, et je repars avec les benedictions de tout le quartier…  

Je suis fatiguee mais evidement, tres touchee… emerveillee… je sais que j’assiste a quelque chose de rare… est cela pourrait arriver en europe ??? je ne crois pas…

19:00 Publié dans Syrie | Lien permanent | Commentaires (0)

Syrie - Hospitalite

La legendaire hospitalite arabe…

Dans tous les appartements meubles que j’ai loue, le proprietaire met generalement tres « genereusement » a notre disposition couverts, verres, assietes… par jeu de 3… 6 si la generosite l’etouffe, avec une poele qui accroche et un jeu de 3 casseroles cabossables…

Dans l’appartement que nous louons a Damas, j’ai compte 120 tasses a cafe (de differente sorte, de la gamme « quotidien » a « grand luxe reception »), 17 theieres et cafetieres, environ 70 verres (y compris des verres a pied et coupes de champagne pour des musulmans qui ne boivent pas d’alcohol), 15 casseroles, 10 poeles, 12 plateaux, et un nombre de couvert que je n’ai pas eu le courage de compter…

18:50 Publié dans Syrie | Lien permanent | Commentaires (1)

19/05/2006

Syrie - Baragouiner

En Syrie personne ne parle anglais… Bon, d’accord, je suis injuste… Oui il y a surement beacoup de gens qui parlent anglais… Les gens « eduques », qui sont alles a l’universite… Et contraiarement au Liban, les syrien ne semblent pas avoir garde leur attache au francais, seulement parle par quelques vieux ayant connu la periode du protectorat… Bref, 95% des gens que je cottoie dans ma journee (chauffeurs de taxi, vendeurs etc…) ne parlent pas un mot d’anglais ou de francais. Je ne m’en plains pas, ca fait plusieurs mois que j’essaie d’apprendre l’arable avec un livre («spoken lebanese») que je trimbale partout… Passons de la theorie a la pratique… pas si simple… Mon cerveau recoit, reconnaît beaucoup de mots, mais rien ne connecte… Je ne sais pas encore passer des mots au sens… mon cerveau est brouille et ma langue est bloquee… les mots et expressions que je connais ne sortent pas, ou trop lentement… et quand elles veulent bien sortir je ne comprends pas la reponse… je me sens nue, fragile, vulnerable, illetree… je ne peux pas lire, a peine parler, je suis comme un nourisson jete dans un monde d’adulte… Un monde qui va a 100 a l’heure…
Tout devient aventure… fatiguant mais excitant !! Quand je quitte l’hotel, cette bulle securisante, mais etouffante ou tout le monde parle (relativement bien) anglais, j’ai l’impression de me jetter a la mer sans savoir nager… Les choses les plus simples paraissent impossible… vais-arriver a destination ? comment demander ou je peux trouver une pharmacie ? une librairie ? Dans ma tete s’entrechoquent le vocabulaire le plus incongru et inutile…Comment est-il possible que je connaisse des mots comme « chaussures pour femmes » ou «toux seche» mais que je ne puisse pas communiquer mes pensees les plus simples !!! « my tailor is rich »… methodes d’apprentissage… frustration, desir d’apprendre… impatience…
Communiquer devient un challenge, mais aussi une recompense immense…  Quand je reussi a faire comprendre ce que je veux, ou je veux aller sans avoir a repeter 10 fois, ou a utiliser le langage des signes, quel sentiment d’accomplissement, quelle fierte !!…  Je suis fascinee par cette langue… elle m’est familiere, mais incomprehensible…j’aimerai la dompter, la dominer…
Apres quelques jours, je suis de plus en plus a l’aise dans mon arabe-petit negre… Mon cerveau s’est debloque, ma langue s’est deliee, mais main battent de l’air… j’ai abandonne toute ambition de conjuger, d’utiliser le masculin/ feminin, le singulier/pluriel, de faire de belles phrases… Je ne m’applique plus, mais je parle !! Je mets les mots bout a bout, sans coherence grammaticale.. La honte m’a quittee… Yalla, je communique !!  Mon vocabulaire basique remonte a la surface… Les taxis ne sont plus un probleme, je suis sure d’arriver a destination, et au prix « juste »… (il n’est jamais bon d’avoir l’air d’un touriste qui melange les mots « 50 » et « 500 » !!)
Je dois raconter notre conversation a la pharmacie avec une amie a moi… Nous avions besoin de creme hydratante pour le corps (le climat est desechant), de solution pour lentilles de contact, et de… tampax !!… Je suis quasiment sure qu’il est impossible de trouver des tampax ici, mais ma copine veut essayer…     
Pour lotion hydratante, facile… la pharmaciene me comprends quand je dis «halib» (lait) et «jismi » (corps)… Un peu plus dur pour la solution pour lentilles, mais on s’en sort avec « maya » (eau) et « ayni » (mon œil)… Pour les tampax… on se lance : «shur » (mois) et « daam » (sang) !!! et la pharmaciene comprend immediatement !!! elle nous ramene des serviettes hygieniques de la taille d’une couche pour bebe… on fait un signe de la main (que je n’ai pas besoin de decrire…) pour demander « tampax » et elle nous regarde d’un air choque et fait un vif « non » de la tete… Qu’est ce qu’on a pu rire !!
 
Et l'ecriture... quelle beaute... Les caracteres defilent de droite a gauche… s’enchainent, s’enlassent… courbes erotiques… des characteres etroits, hauts et elances s’accouplent avec d’autres charactere longs, sinueux, alanguis et deja alonges sur la ligne… Un ziguigui par ci, trois petits points par la… c’est beau et fascinant comme de la magie que l’on ne comprend pas…

13:40 Publié dans Syrie | Lien permanent | Commentaires (2)

Syrie premieres impressions

Apres pres d’un an et demi en Afrique, je retrouve les pays arabes qui me sont si chers… Le Moyen Orient cette fois…

Moins grand que le Caire, Damas me fait la meme impression de ville tantaculaire, grouillante, a la circulation folle… Poussiere et polution qui desechent la peau… Batiments jaunes-gris… couleur indefinissable… Le portrait ne paraît pas brillant… je m’exprime mal… Difficile d’expliquer que la beaute vient parfois de la laideur… On pourrait dire brouillon, bouillant, bruyant, mais je choisis vivant, vibrant, piquant… Une ville qui vit, marche, souffle, respire… La cachophonie des myriades de taxis jaunes qui klaxonent et se bousculent… Des sons, mais aussi des images brutes, des couleurs… Tout tourne et tourbillonne autour de moi… je suis desorientee… j’essaie de me raccrocher aux panneaux mais je ne sais pas lire… la beaute incomprehensible des characteres arabes… Seul le panneau « Lebanon – Beirouth » est lisible… c’est donc vrai… ca y est j’y suis… Je suis au Moyen Orient…
Le nouveau Damas a une architechture de ville sovietique des annees 60… (la Syrie est encore officiellement sous regime communiste)…Des batiments carres, gris, efficaces… laids. Mais cette laideur apparente cache un tresor… Le vieux Damas, protege de sa muraille millenaire… Ses ruelles sinueuses, la fraicheur des pierres de taille, les maisons Damasciennes avec leur immense patio interieur… Mais nous en reparlerons plus tard…

Mes premieres impressions d’un pays sont souvent fondees sur l’arrivee a l’aeroport… Ici, etonament, pas de harcelement a l’arrivee… les chauffeurs de taxi ne nous helent pas, ne nous harcelent pas, mais attendent « sagement » qu’on vienne les trouver… Je me suis renseignee sur le « vrai » prix d’une course pour le centre ville, et je m’aprete donc a negocier dur… Mais etonnament, le chauffeur de taxi ne cherche pas a nous escroquer et ne nous demande pas un prix exorbitant… Nous avons 2 enormes valises qui ne rentrent pas dans le coffre… Ma fi mushkil, pas de probleme, on les laisse depasser du coffre en les retenant par un tendeur… On file a vive allure vers Damas… Merde, j’ai oublie comment on dit « ralentir »…  mish bsura mish bsura mindfadlak !!!

13:40 Publié dans Syrie | Lien permanent | Commentaires (0)

26/12/2005

Marabout (Gambie)

En Afrique de l’ouest, les marabouts sont des figures locales… on les consulte pour prédire le futur, pour arranger des mariages, jeter des sorts, obtenir un travail, faire passer quelque chose en douce à la douane, préparer des potions d’amour, et même se protéger contre « les balles » des ennemis…
David est le premier à  s’aventurer chez le marabout… On rigole, on se moque de lui pour cette idée loufoque… Les gambiens le mettent en garde, lui disent que c’est dangereux, qu’il faut faire attention… Il écoute les histoires de magie noire, d’ensorcellement, de potions d’amour qui ont « mal tourné »… mais rien qui le décourage… il est décidé à tenter l’aventure…  Il part donc voir  le marabout du quartier (hautement réputé dans toute la ville, il a même été exercer son art au Liberia, pour protéger les guerriers rebelles contre les balles)… David revient tout chamboulé… Le marabout a lu son passé , prédit son avenir et va exhausser son vœux : Le marabout à su deviner que son frère avait un problème avec la justice et dans une semaine, si David suit bien les instructions, le problème sera réglé …. Pour que son souhait soit exhausse, David doit suivre des règles strictes et  deux consignes bien précises: il doit porter, pendant 3 mois autour du cou, une amulette en cuir  qui contient une phrase magique en wolof… ensuite, David doit enterrer un os de poule dans le jardin en disant une incantation en wolof, et distribuer des « kola nuts » à 3 vieilles femmes choisies au hasard dans la rue…  Nous évidement, on est  morts de rire !!! on regarde David enterrer son os au pied d’un arbre, et accoster des vieilles gambiennes sans dents pour leur donner des noix a manger… Une semaine plus tard, alors qu’on commence à peine a oublier l’aventure, David reçoit un email de son frère qui lui annonce que le département des Impôts a « perdu les papiers » et laisse officiellement tomber l’affaire…  Alors là, soudain, le silence tombe, et pendant au moins 5 minutes on se regarde sans rien dire… quelles sont les probabilités pour que les Impôts perdent des dossiers ??? 
Cyril décide alors lui aussi d’aller voir le marabout… juste pour rire, juste pour voir… Il subit les même mises en garde, et décide de passer outre… Le marabout montre a Cyril son passeport expiré depuis 1996, qui porte pourtant les tampons d´entrée de la douane française pour 97, 98, 99, 2000 et 2002… Et oui, c´est la spécialité de notre marabout: ensorceler la douane pour entrer illégalement en Europe… D’après ce qu’on nous raconte, au moment de passer la douane, le marabout jette un sort et le douanier qui « ne voit pas » le passeport expiré (sans visa), et tamponne… Ca paraît complètement incroyable, mais Cyril a la preuve sous ses yeux… 
Le marabout dit à Cyril cette phrase énigmatique:  “Un jour, nous nous reverrons; vous serez à Paris, vous marcherez dans la rue et nous nous croiserons, et vous me reconnaîtrez” (traduit du wolof)… Le marabout prédit 6 enfants à Cyril, et d’autres évènements tout aussi improbables… Cyril lui demande d’aider sa sœur (artiste) à trouver du travail… Cyril doit aussi suivre des consignes strictes: il doit verser une poudre étrange dans un bassin d’eau, puis se reverser le sceau d’eau sur la tête en prononçant une formule en Wolof ; Il doit aussi porter une amulette (qui pue la viande séchée)… Encore une fois, on rigole, et encore une fois, on est choqué d’ouvrir le journal une semaine plus tard, et de découvrir qu’une exposition des œuvres de la sœur de Cyril est organisée dans une grande galerie parisienne… bien sur, on raisonne, il ne s’agit que d’une coïncidence, une expo comme ça est organisée des mois à l’avance bien sur, mais c’est suffisamment troublant pour me convaincre d’aller voir le marabout…
 
 
Me voici donc partie pour mon périple chez le marabout…  Je dois être accompagnée d’un interprète car le marabout ne parle ni anglais ni français… Nous arrivons dans un quartier de la ville que je ne connais pas… dédales de rues étroites et encombrées, de petites bicoques insalubres… on tourne à gauche, à droite, encore à gauche… très vite, je suis perdue… les gens nous dévisagent…  peu de blancs passent dans le quartier… Puis nous arrivons dans la maison du marabout… dans la cours, une dizaine d’enfants jouent dans la petite cours au milieu des chèvres… Nous entrons dans une petite pièce sombre… Je m’attendais à un capharnaüm de sorcier africain, avec des squelettes d’animaux accrochés aux murs, des bocaux étranges, des grigris africains, des accessoires magiques, et  à un sorcier traditionnel habillé en peaux de bête et peinturluré de tatouages rituels… Je ne m’attendais certainement pas à une pièce carrée, avec une moquette violette et la télévision qui trône au milieu,  et un sorcier habillé en jean et T-Shirt d’environ 35 ans. Le marabout et mon interprète échangent quelques mots… le marabout me dévisage d’un regard pénétrant… je suis très intimidée surtout que je ne sais absolument pas ce que je fais là, ou ce que je veux demander… Quand on va chez le marabout, c’est avec un but précis, une requête, mais je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais lui demander… Le marabout organise son plan de travail : il déroule une peau de chèvre sur le sol et installe des objets rituels : une effrayante petite poupée en peau avec des yeux en coquillages et des cheveux hirsutes en poil de chèvre, et un bocal qui contient un serpent entortillé, flottant  dans une eau jaunâtre. J’ai du mal à ne pas éclater de rire car je pense à la grenouille dans le bocal  chez les montagnards  dans le film «Les bronzés font du ski ».
Et là, le marabout fait un truc absolument hilarant : il prend une bouteille de deodorant AXE, et en  asperge la peau de chèvre et le bocal de serpent!!!!  la on est vraiment en plein mélange de tradition et modernité !!!!
 
 
Par l’intermédiaire de mon interprète, le marabout me demande de m’adresser à la poupée et de lui, parler de mes problèmes, de mes souhaits… « parler à la poupée ?? »… je suis gênée car je ne sais toujours pas vraiment ce que je veux. Je lui demande si je dois dire le message à haute voix, et le marabout me dit que je peux parler à la poupée par « pensée », puis lui cracher dessus… « cracher sur la poupée???» Me voilà donc en train de dialoguer en silence avec une poupée en poils de chèvre… Je « lui demande » de me dire un peu ce qu’il voit pour mon avenir, et comme « requête », je pense à ma maman et ses problèmes de dos… Je finalise notre conversation en crachant sur la tête de la poupée… Je me sens complètement ridicule…  Le marabout remet la poupée à sa place et sort une feuille de papier… Il me demande de prendre du sable dans ma main, et de frotter la feuille de papier avec ma main… J’obéit et en frottant mes mains sales sur la feuille blanche, des lettres en arabe commencent à apparaître…  Je suis un peu septique et incrédule sur le procédé, mais je m’empêche toute pensée rationnelle… aujourd’hui, j’ai envie de « croire »…
Le marabout m’explique ensuite ce qu’il a déchiffré sur la feuille : je vais avoir 4 enfants…  Je lui demande de préciser… où ? ici en Afrique, ou chez moi en France ?? il semble un peu embarrassé, (il n’a sûrement pas l’habitude d’avoir pour client des femmes qui voyagent et qui « choisissent » le nombre d’enfants qu’elles veulent avoir !!) Pour ne pas trop se mouiller il me dit que je vais avoir 2 enfants ici, et 2 enfants « là bas », dans mon pays… ha tiens ?? alors je vais vivre ici ?? (c’est la meilleure, je quitte la Gambie dans 2 jours, et les chances que j’y remette les pieds sont minces!!)… Et la ça devient vraiment pas clair, il me parle de différents maris, d’un travail qui m’amène à voyager (aah il a enfin compris le profil de la cliente, pas con le marabout !!), et après s’être pas mal emberlificoté, il change de sujet… il me dit que ma mère est une femme très riche et qui a beaucoup d’ennemis… je lui dit mon pote t’as tout faux, alors il essaie de se rattraper en disant que quand même, elle est « relativement riche » (oui j’imagine, par rapport au salaire gambien), et a quelques ennemis… oui, pourquoi pas, comme tout le monde j’imagine !! Bon, à ce niveau là, j’ai beau me forcer à « croire », j’ai moyennement confiance dans le marabout… On passe à l’étape suivante : mon souhait… j’explique à mon interprète que ma mère a souvent mal au dos, et j’aimerai bien l’aider…  le marabout reste silencieux quelques minutes… il semble réfléchir… il ferme les yeux et frotte ses mains dans la terre en récitant une incantation… Puis soudain, le verdict tombe : il faut que j’égorge une chèvre, que je partage la viande entre 7 personnes de son village, et que je ramène les boyaux de la chèvre à ma chère maman pour qu’elle procède à une danse rituelle (nue a la pleine lune ??)… Je manque de m’étouffer de rire, mais je me contiens pour ne pas vexer le marabout (je n’ai pas envie qu’il me jette un sort)…. Pendant une fraction de seconde, j’envisage la possibilité de faire ce qu’il me demande… Je me vois aller choisir ma chèvre au marché de Banjul (pour la modique somme de 200 euros !!), ramener la pauvre bête en voiture jusqu’à Serrekunda, l’égorger de mes propres mains au milieu d’une danse rituelle wolof… Je me vois, sanguinolente, en train de donner mes 7 paquets de viande aux habitants du quartier, (contents que je soit tombée dans l’arnaque), je m’imagine expliquer à la douane que je transporte des boyaux en putréfaction pour les offrir à ma mère, et surtout, je me vois expliquer à ma maman qu’elle doit s’enrouler les boyaux d’une chèvre gambienne autour du cou, et danser à la pleine lune en chantant en wolof !!!!… Je suis un peu gênée et je ne sais pas comment décliner l’offre… j’explique au marabout que ce n’est pas ma « culture » et qu’il faut que je réfléchisse… il me regarde avec indignation « c’est comme vous voulez, après tout ce n’est QUE pour votre mère » !!!! sympa le petit chapitre culpabilisation !!! Bon finalement, je suis super lâche et je lui dit que je vais revenir le voir le lendemain avec la chèvre…
 

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02/11/2005

Malaria (Gambie)

Ça y est, je fais parti du « cercle »… baptisée par la malaria… le paludisme… ce mot qui en Europe  fait si peur et évoque les fièvres tropicales incurables des voyageurs et explorateurs…
Ici, rien de plus banal… la saison des pluies est la saison de la malaria : la chaleur est étouffante, l’humidité insupportable, les peaux moites et collantes… bref, le paradis du moustique…
Il n’existe pas de vaccin contre la malaria. Il existe bien des pilules préventives anti malaria, mais les effets a long terme et les effets secondaires du Lariam ou de la savarine sont nocifs (pour le foie notamment), et il vaut mieux, quand on reste pour une longue période se contenter de se protéger des moustiques… sprays, moustiquaires etc…
 
Ici la malaria est  une chose très courante, et c’est presque l’excuse à la mode pour le pas venir au boulot…
J’ai commencé par ressentir une immense fatigue… pas une fatigue comme un manque de sommeil, mais plus comme une absence totale d’énergie… Puis les douleurs dans les articulations sont apparues quelques heures plus tard… signe typique. Je vais me faire tester au labo le plus proche (une goûte de sang prise dans le doigt est suffisante pour repérer la trace de parasites) et le résultat revient positif. A par moi, personne ne s’émeut de mon cas… c’est comme de paniquer pour un rhume… on me dit d’aller acheter des médicaments à la pharmacie… quoi ? mais je n’ai pas besoin de voir un docteur ?? Maiiiis nooooon ma bonne dame, si tout le monde allait voir des docteurs pour la malaria, on aurait besoin de plus de medecins !!! … Je me rends donc docilement  à la pharmacie du coin et on me donne un  traitement pour 4 jours… 4 pilules de chloroquine par jour pour les 3 premiers jours, puis 3 pilules de « malarech » pour le dernier jour… Pendant 3 jours, je ne décolle pas de mon lit… la fièvre est arrivée, et j’ai de moins en moins d’énergie… Et pourtant, je suis chanceuse : j’ai été traitée des les premiers symptômes donc la fièvre n’est pas très forte, et on ne peut pas vraiment dire que je souffre, mais pendant 3 jours allongée, je suis trop fatiguée pour lire ou regarder la tele, et pourtant je ne peux pas dormir… un ennui mortel… Les minutes s’écoulent lentement à écouter les bruits du quartier, le ronronnement du ventilateur, les allées et venues de mes collocs… je voudrais être chez moi, dorlotée par ma maman !!!
Au bout du 3e jour, je vais un peu mieux… la fatigue est toujours là  mais la fièvre est tombée et je peux me lever… j’attaque la deuxième série de médicaments, le malarech.. Je prends  les 3 pilules d’un coup… Et là, en quelques heures, tout bascule : je sens mon état s’empirer, et je me sens encore plus mal que le premier jour… une amie me traîne à la pharmacie et on me conseille de prendre une double dose de médicament car la malaria est toujours là… je vais de plus en plus mal et je ne sens plus mon corps… on se met a la recherche d’un médecin… On se perd dans la ville à la recherche « centre médical », le taxi tombe en panne, il fait 40 degrés,  je me sens plus faible que jamais, et je suis en pleine crise de panique car je ne sens plus mon corps, mes bras, mes jambes… On finit  par trouver le « centre médical » (une baraque avec 2 lits et un docteur)… Je ne peux pas parler et ma copine explique au médecin que la malaria semble avoir empiré depuis ce matin… il fait vite le lient entre la détérioration de mon état et le second médicament : réaction allergique au sulfur… génial !!!! il me fait une piqûre anti-histamine en prévenant ma copine qu’elle a environ 20 minutes pour me ramener dans mon lit avant que je ne sois plus en état de marcher par moi-même, et que je tombe dans un sommeil profond… En effet, à peine 2 minutes après la piqûre (qui me fait un mal de chien dans la jambe) je commence à sombrer dans un état léthargique profond… je tente de marcher mais mes jambes ne me soutiennent plus… au bout de 5 minutes il faut carrément me porter… j’entends ce qui se dit autour de moi, et je suis incapable d’articuler un seul mot… c’est un effet très bizarre car dans ma tête, je suis éveillée et lucide, mais mon corps ne me répond plus, je ne peux plus bouger et plus parler… J’ai l’impression d’avoir reçu une de ces doses qui servent à endormir les éléphants quand on veut les soigner… Je perds conscience et je ne me souvient pas qu’on me porte jusque dans mon lit… je dors 14 heures… Au petit matin, je me sens un peu mieux : juste sonnée des effets de la piqûre… J’essaie de prendre un petit déjeuner, et progressivement le malaise revient : je ne sens plus mes membres, je vois mon corps bouger sans le sentir, je n’ai plus de sensations dans les bras et les jambes… je commence à paniquer… ma copine appelle le médecin pour lui dire que mon état ne s’est pas amélioré. Pas de bol, aujourd’hui,  c’est « sanitation day », le jour où on n’a pas le droit de sortir dans les rues avant 1 heures de l’après midi sous peine d’arrestation…  le médecin ne pourra pas venir avant 4 heures… Je commence à faire une vraie attaque de panique : je suis en train de crever et personne ne peux venir me sauver car il faut respecter un putain de couvre feu !!! de toute façon, où aller ? il n’y a pas d’hôpital digne de ce nom ici !!! la panique fait empirer mon état. Je pleure, je me débat dans le lit en essayant de faire revenir les sensations dans mon corps. Ma copine commence à paniquer aussi et rappelle le médecin… Il brave l’interdiction de sanitation day et vient à pied en catimini jusqu'à chez moi… Il me dit de me calmer, que c’est toujours la réaction allergique au sulfur, qu’il faut que je reprenne plus d’anti histamine…. Mais je peux lire dans ses yeux qu’il n’est pas sur… je deviens hystérique, je lui dit que l’anti histamine ne fait que m’assomer, ne me soigne pas du tout, il essaie de me cacher la vérité, je le sais !!! Je demande une analyse de sang : je veux qu’on me trouve un « vrai » problème, visible, concret, clair,  pour pouvoir le soigner… Le docteur m’explique qu’une analyse de sang ne donnera rien car en Gambie les analyses ne sont pas fiables et ils ne sont capables que de tester les trucs basiques (glycémie, HIV, malaria) et les résultats ne reviendraient pas avant 2 jours… je panique toujours et je demande à être évacuée sur Dakar. N’importe où, où quelqu'un puisse me dire ce que j’ai !!!  Le médecin appelle un confrère pour discuter de mon cas et s’en va pendant une heure… J’apprendrai par la suite qu’il a été discuter avec 2 médecins du centre de recherche anti malaria : un spécialiste de la malaria et un neurochirurgien… Ils tombent tous les 3 d’accord pour dire qu’il ne s’agit plus de la malaria, mais bien d’une réaction allergique… je ne suis toujours pas convaincue car ces deux autres médecins ne m’ont pas examinée, mais je n’ai plus l’énergie de débattre et je ne demande qu’ à « croire »… j’avale mes pilules anti histamine qui me donnent encore un gros coup de massue et m’aident à me calmer… au fil des jours, mon état s’améliore progressivement et je me remets peu à peu… mes premières sorties sont difficiles : j’ai l’impression d’être un jeune poulain qui vient de naître et tient à peine sur ses pattes, la lumière m’aveugle, les bruits me fatiguent, je me sens si fragile et vulnérable… j’ai soudain une vision de ma propre vieillesse… je me dit qu’ un jour ce sera mon état permanant… cette sensation de vulnérabilité, de dépendance…
Mon corps de 25 ans reprend vite le déçu, mais mon système immunitaire est vraiment à plat et je me choppe tout ce qui passe… dans les deux semaines qui suivent,  je fais de gros coups de fatigue, une tourista, de l’urticaire, bref, la totale…  Maintenant, la vraie surprise c’est de savoir quand la prochaine crise de malaria va venir !!!!

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11/08/2005

Le President Yaya

Ce weekend c'était les célébrations du coup d'Etat du 22 Juillet 1994.
Le Président Colonel Aladji Yayha J.J Jammeh a pris le pouvoir a 29 ans. Je m’arrete une seconde car je ne resiste pas a donner son nom complet et son titre ; voila, je lache le morceau : His Excellency President Alhaji Dr. Yahya Abdul-Azziz Jemus Junkung Jammeh, Commander In Chief of The Armed Forces and Chief Custodian of the Sacred Constitution of The Gambia.
La Gambie n'est pourtant pas sous dictature militaire, et le Président a été réélu 2 fois relativement démocratiquement avec une opposition existante et des suffrages plutôt réalistes (52%)...
Le Président Jammeh n'est sûrement pas le plus démocratique ou le plus transparent des Présidents (pour preuve sa façon de prendre le pouvoir, les rumeurs sur son argent tiré du trafic de diamants du Liberia etc...) pourtant, on ne peut pas nier qu'il a fait des choses biens pour le pays et le peuple, et qu’il est assez populaire... Il faut dire qu'avec 40% d'illetrisme, et un niveau d'education tres bas, le sens critique de la population est tres limite... Au niveau économique, il a initié la diversification et la privatisation de l'économie, stabilisation du Dalasi, il a également sensiblement amélioré l'éducation primaire etc... Je ne vais pas me lancer dans une éloge du Président Jammeh car il y a déjà bien des failles dans sa démocratie… la presse est officiellement libre, mais surveillée de très près, l’opposition politique est autorisée,  mais la constitution vient juste de changer pour introduire par une subtilité du vocabulaire une loi qui limite fortement les partis d’opposition etc…
 
Vendredi, nous avons assisté aux célébrations officielles du 11e anniversaire de la "révolution". Les festivités se déroulaient sous le monstrueux arc de triomphe en plâtre construit en 95 en l'honneur du Président, près de la statue dorée super kitch du Président dont je parlais dans mon premier blogg…  La foule est très nombreuse… Des milliers de gambiens dansent dans la rue, les enfants nous suivent intrigués « toubab, toubab toubab !!!» (blanc),  des groupes de « simbas » (jeunes hommes peints de la tête au pieds revêtus de fourrures ou costumes traditionnels)  dansent autour de nous en poussant de grands cris… Il fait très chaud. Il faut se frayer un chemin au travers de la foule compacte vers les tribunes officielles. Nous avons des invitations officielles pour entrer dans la tribune des VIPs. Après avoir passé tous les contrôles policiers, les soldats nous laissent entrer dans la zone réservée.
Nous sommes assis au milieu d’une centaine d’invités et nous faisons face à la tribune Présidentielle où un gros fauteuil rouge attend d’accueillir le postérieur sacré du Président de la Gambie. Tout le gouvernement est déjà assis autour en attendant Son Excellence. La Vice Président (première femme Vice Présidente d’Afrique) se tourne les pouces, visiblement ennuyée.
On entend des sirènes au loin… C’est l’arrivée du Président dans sa Hummer avec sont cortège de voitures blindées et de gardes du corps.  Il est escorté jusqu'à son trône par 10 gardes du corps qui maintiennent la foule à distance et pointent leurs fusils dans toutes les directions…
Assis dans son gros fauteuil rouge, le Président Jammeh a l’air d’un gros pacha. Il porte son invariable toge blanche, son chapeau blanc et son mystérieux bâton (sceptre ?)  qu’il trimbale partout (on n’en a pas encore découvert la signification). Je lui trouve une bonne tête : jeune (40 ans), plutôt pas mal, grands sourires…
Les discours sont précédés s’une prière dite par un alhadji. Tous les invités ferment les yeux et tournent leurs paumes vers le haut et récitent la prière pour le Président. Après la prière les discours commencent. Une bonne heure de congratulations sirupeuses, de remerciement et d’hommages au Président. Les principales figures du gouvernement nous donnent leurs vues sur le futur merveilleux qui attend la Gambie grâce au merveilleux Président…  Les discours sont en anglais, et l’alhadji qui a ouvert la cérémonie par la prière est chargé de traduire en Wolof. Il a l’air de se tromper très souvent car les Ministres lui font de gros yeux et n’ont pas du tout l’air d’apprécier sa façon de traduire leurs mots, l’assistance pouffe souvent de rire en entendant sa traduction… Il fini par être viré et doit s’en aller la queue entre les jambes…
C’est maintenant au tour du Président de parler. Il décide de faire sa propre traduction anglais-wolof. Il commence donc par une phrase de quelques mots en anglais puis en fait la traduction en Wolof. Sauf que la phrase en anglais dure 2 minutes, et la traduction 15 minutes !! … Tout le discours se passe ainsi : quelques mots en anglais avec la mine sérieuse, et une traduction rallongée en wolof où il fait pleins de blagues et fait hurler de rire toute la foule !!! On ne comprend donc pas grand-chose sauf qu’il est déjà en campagne Présidentielle… Il a beaucoup de charisme et nous sommes sous le charme de ce jeune bel  homme, avec sa toge immaculée, son sourire bonhomme et ses blagues en Wolof… 
Vient le moment de la revue des armées… Tous les corps de l’armée sont alignés depuis 3 heures sous le soleil. Je n’y connais pas grand-chose, mais j’imagine qu’il y a la marine (en beaux costumes blancs), l’Armée de Terre (en vert ??), l’Air Force (la Gambie a 100 pilotes pour un seul avion donné par l’Ukraine) et le reste je m’y perd… Le Président inspecte ses troupes remet des médailles et sert des mains…  Une fois rassis sur son Trône, les troupes font la présentation aux armes. Ils se mettent a manipuler leur fusil dans tous les sens aux ordres hurlés par un colonel, et pointent leurs fusil à 45 degrés en l’air, mais quand même dans notre direction… pas rassurant !!  Et soudain, sans qu’on s’y attende, ils se mettent tous à tirer en même temps… Ça fait un bruit à te péter les tympans…  Ils vont tirer 11 fois. Pour les 11 années de règne du Président Jammeh.  Après les 11 x 200 coups de feu, l’air sens la fumée et le ciel est blanc… C’est alors le défilé de toutes les écoles qui commence.  Des milliers d’enfants en uniformes roses, bleus, verts, mauves, ou portant le voile (les écoles coraniques pour filles) défilent devant leur Président avec un billet de 10 dalasis a la main pour symboliser leur gratitude pour avoir tant développé l’éducation…
Que nous réserve Yayha Jammeh pour la suite ??… il a prouvé qu’il pouvait faire des choses bien pour son pays, mais ne va-t-il pas se vautrer dans l’oisiveté du pouvoir acquis et devenir un nouveau dictateur démocrate africain qui reste au pouvoir pendant des décennies ?

18:10 Publié dans Gambie | Lien permanent | Commentaires (3)

25/06/2005

Gambie, premieres impressions

Chaud il fait chaud... la langueur et la lenteur se lit sur tout les visages... Nous tournons au ralenti et le moindre effort nous coûte… Dans la journée, nous buvons au moins 2 litres d'eau, mais nous ne faisons jamais pipi! tout s'évacue par la sueur qui dégouline sur notre visage et par tous les pores de notre corps... Une chaleur moite, poisseuse, étouffante, paludique... 100% d’humidité… Les mains collent comme si on les avait plongées dans un pot de confiture, les mouches volent, attirées par nos peaux moites et collantes, puis le soir, les moustiques gorgés de malaria prennent le relais... On a beau se couvrir d’anti moustique, ils trouvent toujours le centimètre carré qui n’a pas été couvert… Les moustiques d’ici ne sont pas comme leurs cousins d’Europe, édulcorés par des décennies de civilisation, et débilités par les pots d’échappements et la pollution, avec leur petit appétit d’oiseau de moustiques européens, des moustiques bien élevés qui te piquent presque par loisir, pour le fun, plutôt que pour survivre, bref des moustiques gâtés et riches… Non ici, les moustiques sont des maouss costaux, des moustiques africains qui ont la vie dure, qui ont appris à se battre pour survivre, et qui prospèrent dans ces terres équatoriales gorgées d’humidité… des moustiques nourris et élevés au paradis des moustiques, sur les bords de la « Rivière Gambia » dont l’embouchure se trouve justement à Banjul même… les boutons que nous avons sur la peau font 5 cm de diamètre, comme des œufs sous la peau… On joue à la roulette russe de la malaria !
La terre rouge-sang est soulevée par le vent chaud et colle à la peau déjà moite et poisseuse... Dans quelques jours, c'est la saison des pluies qui va commencer, et la terre va devenir boue, et les moustiques vont se régaler…

Banjul est la capitale de ce pays, le plus petit pays d’Afrique continentale… un million et demi d’habitants seulement, et donc une capitale de 42000 habitants !!! A coté, maintenant qu’on y repense, Nairobi c’était New York ou Paris !!!
Banjul, la capitale administrative est nichée sur une petite île entourée de mangrove, à l’estuaire du fleure, sur l’Océan Atlantique... La ville n'a absolument aucun intérêt esthétique ou historique, et le seul "monument" important ou digne d’intérêt (pour sa kitchitude) est une monstruosité architecturale appelée "l'Arche", construite en l’honneur du Président Jammeh après son coup d'Etat de 1994... Une immense arche avec des piliers imitation gréco-romaine de 3 mètres de diamètre en stuc blanc, couronnée d’une statue du Président tenant un enfant dans ses bras… Le sculpteur a du être jeté en prison pour avoir commis une telle monstruosité car le Président apparaît difforme, et il a l’air d’égorger l’enfant qu’il tient dans ses bras…

A quelques kilomètres de Banjul, sont les quartiers de Serekunda, Fajara, Senegambia... C'est là que sont regroupés les quelques hôtels de Gambie, les ambassades, et les quelques bars et restaurants qui composent la « night life » de Banjul... En gros, une rue de terre battue (genre rue principale dans un western) avec 3 restos et 5 bars… Nous sommes en ce moment hors saison, et il y a relativement peu de touristes… En pleine saison, des charters entiers d’anglo-saxons débarquent à Senegambia pour se faire cramer la couenne pour par cher, sans décalage horaire … La Gambie attire un tourisme très bas de gamme d’anglais qui ne cherchent pas à mettre un pied à l’extérieur de l’hôtel, à part pour acheter LE masque africain du séjour au marché à bibelots local. La spécialité locale c’est également les gigolo blacks pour femmes européennes désespérées.

Voila, maintenant que j’ai brossé un portrait terrible et déprimant de la Gambie et de la ville dans laquelle je m’apprête à passer les 3 prochains mois, je peux dire pourquoi j’aime cette ville, ce pays, et que je suis heureuse d’être ici…

Nous finissons notre première semaine à Banjul... Cette après midi, (vendredi) je ne travaille pas car c’est jour demie journée réservée a la prière (95% de musulmans)... La religion et l'islam ici ne se vit pas du tout comme en Afrique du Nord... En Algérie, le vendredi avait quelque chose d’inquiétant… les rues désertées, la ville fantôme… En Gambie, c’est l’effervescence, tout le monde est habillé pour l’occasion, avec des costumes traditionnels encore plus beaux et colorés que d’habitude, les femmes sont dans la rue, elles portent des boubous colorés aux manches bouffantes, avec le fameux chapeau-foulard assorti à l’imprimé de leur robe … Même le bébé qu’elles portent est attaché sur leur dos par une grande pièce de tissu assortie à leur robe… Les hommes portent de magnifiques robes longes avec les petits chapeaux typique d’Afrique de l’Ouest. En Afrique de l’Est, les Africains portaient très rarement le costume traditionnel et avaient plutôt adopte la mode occidentale…
La religion est vécue comme une fête, une occasion de célébrer. Même si la population est a majorité musulmane, toutes les communautés religieuses vivent en harmonie: comme nous dit Omar, notre chauffeur, au moment de Noël, tout le monde devient chrétien, car ça nous donne une occasion de plus de faire la fête ! Les différentes ethnies vivent aussi en harmonie : Peules, Wolof, Makindas, tout le monde parle la langue de l'autre... Omar est illettré, n’a jamais été à l’école, mais il parle 5 langues!!! Quand je lui demande comment il sait, quand il s'adresse à quelqu’un, s'il doit lui parler en Wolof, ou en Makinda, il m’explique qu'il reconnaît les tribus à leur physionomie... Différences qui bien sur m’échappent totalement….

Autre différence majeure avec l’Afrique de l’Est, ici, la communauté la plus influente (hors africains) ne sont plus les indiens, mais les libanais, comme dans toute l'Afrique de l'Ouest... Au début du siècle, les bateaux chargés de libanais en partance pour le nouveau monde ont fait escale au Ghana et ont fait croire aux émigrants libanais qu'ils étaient arrives en Amérique... quand les libanais se sont aperçu de la supercherie, le bateau était déjà reparti...
4 ou 5 générations plus tard, ils ne sont bien sur plus ces pauvres émigrants leurrés et expatriés qui arrivaient en terre inconnue et hostile, mais la communauté la plus riche, qui tient le haut du pavé, qui gère le commerce et les affaires du pays, reposant sur des liens et des réseaux très puissants, et des relations étroites avec le Liban…

Au niveau politique et économique, les choses vont plutôt bien (évidemment en Afrique, tout est relatif, quand je dis plutôt bien, c’est compare aux autres pays de la région genre Liberia, Sierra Leone etc…) Le Président a été porté au pouvoir par un coup d'Etat, mais depuis, des élections « démocratiques » ont eu lieu pour crédibiliser et légitimer sa position, et la population est assez contente de son Président qui a fait des choses pas mal pour le développement et la modernisation de la Gambie ces 10 dernières années. Les journaux sont libres, et une opposition politique est tolérée.

L'océan apporte une légère brise qui rafraîchi les peaux moites, les palmiers sont des présences apaisantes pour les yeux, la mer et la rivière se conjuguent pour apporter because d'eau au pays, et beaucoup de poissons délicieux... La Gambie ce n'est donc pas ce pays de moiteur poisseuse, de poussière étouffante, ce trou miséreux où règne la malaria, c'est également un havre de paix, un pays de couleurs, de diversité et d'harmonie...

17:12 Publié dans Gambie | Lien permanent | Commentaires (2)

Sanitation Day - Grand nettoyage

Aujourd’hui, c’est « Sanitation day »… Non, non, ce n’est pas une fete religieuse ou une coutume Wolof…. Comme au Nigeria, la Gambie a adoptée cette loi absolument incroyable, du «Sanitation day »… Un fois par mois, le dernier samedi du mois, c’est « le grand jour du ménage »: Entre 9h du matin et 1h de l’après midi, il est strictement interdit de conduire, de circuler ou même de se trouver dans la rue. Chacun doit rester chez soi et nettoyer sa maison. Les rues sont bloquées, et si la police te trouve à conduire entre 9h et 1h, tu es prié d’arrêter ta voiture et tu es raccompagné par la police… Et ce n’est même pas une blague…

17:10 Publié dans Gambie | Lien permanent | Commentaires (0)

07/04/2005

Kenya - La Machine à remonter le temps...

Week end de Pâques… 4 jours de vacances… ouf, une bonne occasion de souffler du boulot… Pour ces quatre jours, personne n’a l’intention de rester a Nairobi… la ville sera désertée… Destination de prédilection : Mombasa sur la cote, of course !! Ça fait trois mois que tous les avions sont complets et évidemment, comme nous nous y sommes pris trop tard, nous devons trouver une autre solution pour arriver à Mombasa. Conduire n’est pas une option envisageable. Le trajet ne prendrait « que » 6 heures, mais c’est la route la plus dangereuse du pays, et les probabilités d’accident trop grandes… Il nous reste donc une seule option… le train !!!! Kenya Railways organise un spécial Easter Steam Train qui part le jeudi soir et arrive le vendredi matin… Le train à vapeur, ça promet d’être une sacrée expérience !!!
Pour redonner le contexte : Kenya Railways, entreprise d’Etat réputée pour son infiabilitée, ses accidents (5 déraillements mortels sur les 3 dernières années), ces pertes (1,5 million de déficit par mois que l’Etat vient combler)…

Nous arrivons jeudi après midi a la gare de Nairobi, excités comme des gosses, prêts pour l’aventure et les vacances… La gare a un cote suranné qui me plonge direct dans le passé : les petits tickets bleus minuscules (encore plus petits que les tickets de metro), inchangés depuis 1922, le guichet pour les « 3e classe »…


La loco est là… magnifique, soufflante, chuintante, ronflante sur le quai. J’ai vu peu de locomotives à vapeur dans ma vie, mais c’est à chaque fois la même impression : on n’est pas devant une machine, mais un être vivant, qui souffle, souffre, halète, pleurniche, trépigne d’impatience, fait ses caprices…
Nous sommes peu étonnés quand on nous annonce que le train a du retard… et à la limite, on ne blâme même pas Kenya Railways : démarrer une bête comme ça, ça ne peut pas se faire à la précision électronique du 21e siècle…
Nous montons dans le train pour nous installer. Nous sommes en 2e classe, dans des cabines de 4 personnes avec lits superposés… Les cabines ne sont pas de toute première fraîcheur, mais on ne va pas faire les difficiles…


A 6 heures et demi, nous n’avons toujours pas démarré. Nous avons eu le temps d’observer les banlieusards kenyan qui prennent le train pour rentrer chez eux : le billet ne vaut que 5 shillings (0,5 cent), mais 95% des passagers ne payent pas le ticket : ils attendent sur le quai l’arrivée du train, et quand le train arrive, ils sautent sur la voie pour aller de l’autre cote (entre 2 voies, entre 2 trains pour être cachés) et sautent dans le train en marche… incroyable…


Nous commençons sérieusement à nous impatienter… La nuit tombe et on ne va même pas voir la traversée du parc national de jour… on va louper tous les animaux…
Le nuit commence a tomber et le ciel commence à se couvrir… en quelques minutes, le ciel devient gris, noir, puis se fend pour libérer la pluie… la pluie est torrentielle. En quelques minutes, le temps qu’il nous faut pour réaliser et fermer les fenêtres, les cabines sont trempées, les sacs mouilles, et nous marchons dans la bouillasse…

A 7 heures, avec 3 heures de retard, la loco s’ébranle, et s’arrache doucement… notre périple commence dans le noir et dans la boue… Notre bonne humeur n’est pas encore ébranlée.

A 8 heures, on nous sert le souper. Encore un grand bon dans le passé direction Orient Express… On sent bien qu’il y a plusieurs décennies, tout cela devait être beau et luxueux… Les serveurs portent des tenues blanches noeux papillons, les couverts gravés « KR » (Kenya Railways) sont en argent !!! Mais en 2005, l’épreuve du temps et le manque de rénovation a laissé ses traces : les costumes blancs sont grisâtres et décousus, les siéges en cuir sont troués, le rouge est passés, les ventilateurs grincent, les assiettes sont fendillées, les couverts en argent tordus et oxydés… On assiste aux vestiges d’une époque révolue, d’un luxe non entretenu… c’est un peu comme faire une plongée pour aller voir les restes du Titanic à 4000 mètres de fond…


Le menu est encore assez impressionnant : c’est un menu a 5 plats, même si tout est quasiment immangeable et effrayant… Le capitaine ( ?) du train vient nous faire son petit speech dans un micro grésillant, et nous dit sa fierté de faire rouler la vieille loco sur ce trajet mythique qui va de Mombasa au Kenya, à Kampala en Ouganda…

Le train s’arrête quelques fois, on ne s’inquiète pas, la grosse bête doit avoir besoin de boire un grand coup d’eau, les rouages doivent sûrement être huilés… A ce stade, les arrêts font encore partie de la magie du train à vapeur… Nous poursuivons gaiement la soirée en mâchant de la « mira » l’équivalant de la feuille de coca locale. Pour moi, c’est aussi une nouvelle expérience… On peut appeler ça une drogue douce, mais bien inoffensive : la mira tient éveillé, et relaxe en même temps. C’est un anti dépresseur naturel, qui j’imagine devient une drogue quand on en prend tous les jours… Une expérience assez étrange toutefois : La mira se mâche avec des « Big G’s » (l’équivalent local du malabar). On mâche les tiges (très tendres) au goût assez immonde en prenant des petits bouts de chewing gum pour que le tout forme une boule dans la bouche. La consigne : ne jamais avaler. Après quelques heures, la boule devient énorme, et on ressemble tous à des hamsters ou à des vaches en train de ruminer… un processus très long pour un effet très très léger…


Vers 2 heures du matin, le train s’arrête. Il ne repartira pas avant 6 heures du mat.
C’est le début de la débandade de Kenya Railways…
Pendant toute la nuit, on se demande ce qui se passe, et les rumeurs circulent entre les passager « il parait que le train n’a plus d’eau », « il parait que le train n’a plus de fuel » (mais un train a vapeur n’avance pas avec du fuel !!! »), «Il parait qu’il y a un problème technique »… bref, tout le monde prend son mal en patience… Nous nous levons vers 8 heures, après une nuit difficile. Nous sommes sensés arriver vers 9 heures. Comme je suis avec des Kenyans, qui connaissent le chemin et les noms de bled, j’apprends rapidement que nous n’avons pas encore fait la moitié du chemin (qui nous a déjà pris 12 heures). Je regarde avec pitiés les quelques touristes qui pensent arriver dans une demi heure et commencent à s’apreter… je leur apprend la mauvaise nouvelle.

Nous avons quand même le droit à un petit déjeuner royal de toast, bacon, saucisses, œufs, que nous mangeons avidement, car nous savons qu’il nous reste une douzaine d’heures sans autre repas… Nous interrogeons les serveurs qui n’ont pas l’air étonnés du tout… 12 heures de retard doit être une chose assez courant pour Kenya Railways.
Nous commençons à être sérieusement énervés : cette « aventure » va nous coûter presque une journée entière de vacances… Le soleil monte et peu à peu, et le train se transforme en fournaise… plus possible d’essayer de dormir sur les couchettes, car il fait trop chaud dans les cabines… nous sommes dans le train depuis plus de 18 heures, sans douche, et nous suons à grosse goûtes… Je passe mon temps debout dans le couloir à la fenêtre, à observer le Kenya… Je connais ces paysages, le ciel bleu chargé de nuages de pluie, la terre rouge vif, les hautes herbes grillées par le soleil, les arbres plats si familiers qui tranchent sur le jaune de la savane… Ce que je découvre c’est « la vraie Afrique »… Après 6 mois passés à Nairobi dans un appartement luxueux, dans une ville où j’ai accès à quasiment tout ce que nous avons en Europe, j’oublie que seulement 10% de la population est reliée a l’électricité… Les villages que nous traversons se résument à un cercle avec une dizaine de cases en terre, des toits de paille…

La terre est cultivée, en fonction de ce que le climat aride peut permettre… Les villageois vivent en autarcie de l’élevage de leurs maigres troupeaux… Nous traversons des champs de « sisal » une plante d’où est extraite une fibre pour faire du tissu (le Kenya est un des plus gros exportateurs de sisal)… Evidemment, avec la concurrence du synthétique, les habitant ne retirent pas grand chose de la culture du sisal…

Les enfants accourent au bruit du train pour nous faire des grands coucous… Le train n’avance qu’a 35 km/h de moyenne, alors nous avons le temps d’entendre leurs rires, d’échanger trois mots avec eux (les 3 mots qu’ils connaissent en anglais)… Les gamins nous suivent en courant (et vont presque aussi vite que le train)…

Vers deux heures de l’après midi, nous arrivons a la grande station de « Voi », à 200 km de Nairobi. Nous calculons qu’à 35 km heures de moyenne, il va nous falloir encore 5 heures pour atteindre Mombasa (6 h jusqu'à l’hôtel), et cela si le train ne tombe pas encore en panne… Il ne nous faut pas longtemps pour ramasser nos affaires et descendre du train. Nous négocions un Matatu (petits vans qui font office de transport public dans tout le Kenya), et nous nous entassons a 14 dans un petit van Nissan, sur des sièges recouverts de plastique, dans une chaleur étouffante… Malgré l’inconfort, nous sommes heureux de rouler à 80 (ça nous parait être une vitesse folle !), et nous arrivons a Mombasa en moins de 2 heures… Nous nous considérons chanceux car les voyageurs qui sont restés dans le train sont arrivés à Mombasa à 8h du soir… 26 heures de train (contre 45 minutes d’avion).

3 jours a Mombasa… 3 jours de soleil, d’Océan indien à 30 degrés, plongée sous marine (requins et tortues !), bains de minuit 4 heure du matin…
Même pendant le weekend, nous n’avons pas eu de bol avec les moyens de transport : 2 pneus crevés… On s’en rend compte à 5 heures du matin alors qu’on est déjà en retard pour prendre le Ferry de 6 heure pour rentrer sur la « North Coast »… Une seule roue de secours évidemment, et nous voila donc à 6 heures du matin à arrêter les gens sur la route pour leur acheter leur roue de secours !! Nous rentrons à l’hôtel à 9h30, prêts à attaquer le petit déjeuner et la journée…

Lundi après midi… 16h00… l’heure de reprendre le train… Nous appréhendons et nous avons déjà appelé la gare 15 fois pour s’assurer que le train va partir à l’heure…
Tout semble aller à la perfection… à quatre heures pétante, la loco lance son Tchoutchou signal de départ, et le train s’ébranle lentement…
Vers 7 heures, à une centaine de kilomètres de Mombasa, le train s’arrête… Nous sommes dans la salle à manger en train de prendre notre repas à 5 plats. Le dessert prévu est une glace qui arrive dans nos coupes sous forme de lait chaud et sucré. Après une demi heure d’arrêt, la température à l’intérieur du train est montée de 10 degrés, et nous commençons sérieusement à souffrir de la chaleur… Nous cherchons à savoir ce qui se passe… Tout le monde appelle Madame Marsha, la Responsable du Service Passagers qui depuis le départ de Nairobi se prend toutes les plaintes et les insultes des passagers au nom de Kenya Railways… Madame Marsha essaie bien sur de nous rassurer : « ce n’est rien. Un train de marchandise a déraillé Samedi, et il faut finir de dégager la voie… l’équipe arrive en ce moment de Mombasa, et le travail de dégagement devrait prendre maximum une demi heure » quoi ??? Un train a déraillé ? C’est déjà une nouvelle peu rassurante… et un train déraillé, ça se dégage en un demi heure ? «Oui, vous savez, ils ont l’habitude, ils font ça rapidement avec des crics ». Des crics ??? mon dieu… soulever un train avec un cric…

Bref, tout pour nous rassurer… A l’intérieur du train, la température a atteint les 45, et ce n’est vraiment plus possible de rester dans les wagons. Nous sommes arrêtés à la station de Samburu (en plein milieu du parc national de Samburu), et nous attendons dehors sur le quai… C’est la pleine lune… La nuit est belle… Madame la lune fait son petit chemin dans le ciel, monte monte, et toujours aucune nouvelle, aucun mouvement… Madame Marsha a disparu, et nous soupçonnons qu’elle a une chambre dans toutes les gares sur la ligne… il est déjà 10h30. A chaque bruit, nous tressaillons en pensant qu’on est sûrement entourés par les lions et les léopards du parc de Samburu. Après 4 heures d’arrêt, c’est quasiment l’émeute… tous les passagers partent à la recherche de Madame Marsha qui doit se calfeutrer dans une cachette secrète pour éviter de se faire lyncher… Toujours pas de nouvelles. Vers une heure du matin, la loco se détache du train et part seule dans la nuit… Nous sommes maintenant au milieu de nulle part, avec des wagons sans loco… Je rentre dans le train pour essayer de dormir, mais au bout de 5 minutes, je suffoque dans mon wagon à 60 degrés sans oxygène… Nous sortons les draps et nous installons des lits de fortune dehors sur le gravier… La situation est assez comique, et on essaie de prendre ça bien… L’ambiance est tellement unique : tous les passagers se parlent, tout le monde raconte son histoire… Si on ne se faisait pas dévorer par les moustiques gorgés de Malaria, cette petite sieste à la belle étoile serait même agréable… Je crois que tout le monde se plaint, mais tout le monde apprécie en secret l’expérience… C’est mon cas…

Vers 2 heures du mat, la loco revient… enfin ce n’est plus notre belle loco à vapeur totalement infiable, mais une loco diesel qui devrait nous ramener lentement mais sûrement à bon port quand la voie sera dégagée… Vers 2h30, le train est prêt a repartir, avec 7 heures de retard. Au petit jour, nous passons devant le train déraillé: un monstre d’acier couché sur son flanc, les roues en l’air, les wagons déformés… les hommes sont encore en train de travailler au dégagement.. On a un petit frisson en pensant que c’est une chose courante ici qui aurait pu nous arriver…

Avec nos 40 km /h de moyenne (la loco diesel va légèrement plus vite), nous arrivons a Nairobi a 4 heures de l’après midi au lieu de 8 heures du mat…

Je pense à nos TGV qui filent a 300km /h, même à nos bon vieux trains corail… Et nous, français, toujours à se plaindre de la SNCF, des retards, des grèves… Après cette expérience mémorable que je ne regrette pour rien au monde, je ne veux plu entendre une seule critique!!

11:00 Publié dans Kenya | Lien permanent | Commentaires (3)

Oecumenisme

Comme pour le 11 septembre 2001, chacun se rappellera où il était, et ce qu’il faisait au moment de la mort du Pape… Pas forcement car c’est sa religion, ou parce qu’il sera touché personnellement, spirituellement, mais parce que c’est un de ces rares événements d’ampleur mondiale où toutes les chaînes du monde retransmettent la même image, où le battage médiatique reste énorme pendant des jours. Personnellement, je ne suis pas pratiquante, et ça fait 15 ans que le pape me parait être un vieil homme souffrant qui mériterait bien de rejoindre son Dieu.
Hier soir, au moment de la mort du Pape, j’étais à une fête-concert dans la famille de mes amis indiens.
Le mot « famille » n’a pas du tout le même sens pour moi et pour eux… Quand je parle de ma famille, je pense à mes parents, mes grands parents, et quelques cousins… et encore, jamais réunis ensemble… Ici, le mot famille prend une autre dimension : c’est un clan, une tribu, une communauté. Une bonne centaine de personnes… La Famille était donc réunie hier pour écouter un chanter indien local… Un des parents avait loué les services du chanteur et organisé une Garden Party pour toute la Famille… Le chanteur (avec une perruque genre Elvis Presley pour cacher sa calvitie) et sa partenaire (indienne en Sari violet) chantaient des chansons indiennes traditionnelles en Hindi… Les chansons, sûrement des chansons d’amour étaient chantées sur le mode « eco » du micro, pour donner une résonance « love » super kitch…Le tout chanté en duo évidemment ! Toutes les femmes de l’assistance avaient la larme à l’oeil…
Evidemment, en tant que seule blanche et non indienne, j’avais les regards intrigués et dubitatifs des membres les plus traditionnels de la famille braqués sur moi. Heureusement, après 6 mois d’entraînement, je n’avais pas l’air trop ridicule devant le buffet de bouffe, car désormais, je masteurise complètement les plats, les dizaines de petits pains différents, manger sans couverts avec un chapati, et je résiste parfaitement aux épices à faire pleurer un taureau (la moitié de mes amis a déjà un ulcère à l’estomac)…

Vers 11 heures, (9 h en Europe), la musique s’arrête, et quelqu'un prend le micro pour annoncer la mort du pape, et demande une minute de silence pour une prière pour le Pape… Je suis la seule catholique ou même chrétienne. Tous les invités sont musulmans (ismaélites branche de l’islam réputée pour sa grande tolérance). 150 musulmans se taisent soudain et prient pour le Pape… Beaucoup de gens me regardent et attendent ma réaction à l’annonce de la mort du pape… je prends un mine très triste, car je sais que personne ne comprendrait mon indifférence à la mort de mon leader spirituel… Je suis dans une position assez inconfortable, mais je suis intimement touchée et bouleversée par le geste… quelle preuve de tolérance, d’œcuménisme… La mort du pape pour moi restera dans ma mémoire comme un échange entre religions, un symbole de paix…

Depuis que j’ai commencé ce boulot, j’ai quitté une Europe en plein « islamalgame » basique et simpliste (arabe = musulman = terrorisme), et depuis ma palette s’est élargie et je vois aujourd’hui des nuances subtiles qui m’échappaient… J’ai rencontré des arabes musulmans, des arabes chrétiens (maronites, cooptes), des Kabyles musulmans mais qui détestent les arabes, des indiens musulmans aux prénoms arabes mais qui parlent punjabi et portent des saris, des indiens qui détestent les « moguls » (indiens musulmans) etc… Les combinaisons de couleurs et d’identités sont infinies…

En matière de religion, je suis totalement neutre, moi l’agnostique. Au Kenya, je suis entre toutes les religions : les églises protestantes, anglicanes, méthodistes à tous les coins de rue cottoient, les mosquées, les temples Hindous, les temples sikh dans une parfaite harmonie… Dans mon groupe d’amis (indiens), il y a des musulmans (ismaélites), des hindous, des sikhs. En Inde, ces communautés rivales se font la guerre depuis des millénaires, les musulmans et les sikhs s’entretuent depuis des générations. A Nairobi, Herjinder (Sikh) interroge Ali (Ismailite) sur la venue de l’Aga Khan (le pape des ismaélites), et Ali interroge Herjinder sur l’enseignement des 11 gurus, et les 5 piliers du sikhisme…
C’est cette tolérance et cette ouverture que j’aime ici.

Je n’idéalise rien, je sais bien que le racisme existe ici comme partout, et je suis la première à remarquer que les communautés ne se mélangent pas (bancs, blacks, indiens)… Mais je veux penser au message de paix d’hier soir…

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24/02/2005

Des Flamants roses au Mariage Hindou

Vendredi, nous avions un meeting au « Pyrethrum Board » à Nakuru. Qu’est ce que c’est que ce machin ? le cousin de l’Uranium ? et non, le pyrethrum est une fleur (type marguerite) qui sert à faire les insecticides (Baygon etc). 70% de la production mondiale de pyrethrum vient du Kenya. Les fermiers qui ramassent le pyrethrum sont payés 1 euro pour un sac de 50kg de fleurs… Voila pour la petite note agriculture du jour, et la pensée exploitation du tiers monde.

Evidemment, impossible d’aller à Nakuru sans aller voir le lac au milliers de flamants roses (comme dans « Out of Africa », la scène de l’avion).

25 km de piste défoncée dans le parc national avec notre Toyota Corola de location, pour atteindre l’éco-hotel. Sur le chemin, nous croisons des zèbres, des girafes, des babouins (on est presque blasées tellement il y en a), mais aussi un Rhinocéros qui fait la sieste dans une marre de boue, et un léopard en train de bouffer un zèbre en haut d un arbre !! (incroyable, le léopard a réussi à remonter la carcasse de la bête en haut de l’arbre pour pourvoir se faire un petit festin tranquille sans être dérangé!!!) Et puis évidemment le lac d’eau salée, avec des milliers de flamants roses et de pélicans... Magique. Samedi matin. Nous avons loué des chevaux pour se faire une petite balade... Galop et trot pendant une heure au milieu d’un paysage grandiose…

Retour a Nairobi samedi après midi. L’échappée nature nous a fait du bien, mais on est contentes de rentrer à Nairobi.

Samedi soir, nous étions invitées à un mariage indien (pas musulman comme la plupart de nos amis, mais hindou). Fascinant. La cérémonie à laquelle nous avons assisté n’était qu’une des nombreuses cérémonies du mariage qui dure plus d’une semaine. Au programme du samedi soir pour les époux (qui venaient juste d’être officiellement mariés au temple) : la cérémonie des congratulations. Le marié et la mariée, sont habillés tout en rouge et or, et sont attachés l’un à l’autre par une corde. La mariée est tellement peinturlurées et couverte de bijoux qu'on voit à peine son visage. Les jeunes époux sont assis sous un autel de fleurs et de lumières, super kitch, et voient défiler les milliers d'invités qui viennent les congratuler... Nous faisons également la queue pour féliciter les mariés que nous ne connaissons absolument pas!! Toutes les femmes portent des saris magnifiques… myriades de couleur, de bindis sur les fronts (le point rouge qui indique qu’une femme est mariée), de bijoux clinquants. Tout le monde nous regarde car nous sommes les seules blanches, et nous ne portons pas de sari !!!
Après avoir félicité les mariés, direction salle de banquet pour s'empifrer… Un immense buffet (végétarien évidement) nous attend. Nous faisons la queue pour le « self service ». On nous donne un grand plateau argenté avec 3 petits bols, et nous devons passer devant chaque plat pour nous servir. Oui, un self service, ça a l’air tout con comme ça, rien de plus simple, mais pas quand on ne sait pas reconnaître ce qu’on met dans son assiette (et pourtant, on est généralement des pro de la cuisine indienne)!! Par exemple, ce qu’on ne remarque pas au premier abord, c’est que le buffet commence par le sucré. Mélanie et moi ne faisons pas la différence entre les samosas salées et épicées et les petites boules de miels… Puis viennent les plats avec des couleurs, et des légumes étranges, les sauces, le riz… Comme nous ne savons pas ce qu’il faut mettre dans les bols ou dans le plateau, nous nous servons exactement comme la personne qui nous précède (mais de toute façon, on a déjà tout faux puisqu’on a mélangé le sucré et le salé…).
Au final, outre les des boules de miel arrosées de sauce au piment, tout est absolument délicieux. Après presque un an en Afrique, je dois dire que je supporte plutôt bien les épices, mais là, ça dépasse toute mesure… Tout le monde en pleure, même nos potes indiens qui ont été élevés au biberon de sauce chili.

On a une petite pensée pour les pauvres mariés, qui, pendant que tout le monde s’empifre, sont toujours sous leur autel à voir défiler des centaines de gens... Pas très marrant pour eux! Quand tout le monde est bien reput, la salle se vide ; seule la famille reste avec les mariés pour la « cérémonie des pleurs » : la famille de la mariée sanglote pendant des heures car leur fille s’en va et ne leur appartient plus (ce qui est plutôt comique quand on sait que le couple vit à Londres depuis 3 ans et ne sont revenu au Kenya que pour faire le mariage traditionnel).

Une étrange ambiance vraiment ce mariage : les mariés dans un coin, les invités de l’autre qui mangent tous dans leur coin sur des chaises en plastique, pas de musique ou d’animation, et tout le monde qui se barre après s’être empifré. Bien sur, c’est une fausse impression car ce à quoi nous avons assisté n’est qu’une des nombreuses cérémonies du mariage, et la vraie fête, où tout le monde danse et chante, c’est demain soir.

J'ai vraiment ete fascinee. qu'elle chance d'avoir pu assister a cela...

13:55 Publié dans Kenya | Lien permanent | Commentaires (4)

22/02/2005

Une semaine ordinaire pour privilegiees a Nairobi

Pendant la journée, nous quadrillons la ville d’un meeting à l’autre, à visiter les entreprises ou à faire des ronds de jambes aux Ministres corrompus.

Nous passons donc la journée avec Steven, notre bien aimé chauffeur... Marié, deux enfants (Pince et Presley), responsable du groupe des jeunes à l’église évangéliste de Nairobi, il prend des cours du soir de « Community Development » (pour devenir un gourou évangélise ???). Il prend vraiment son travail à cœur et tente d’être parfait…. Un peu trop parfait même à notre goût !! Quand on lui pose une question, la réponse dure au moins vingt minutes : si on lui demande où on peut acheter une recharge pour notre téléphone portable, il nous fait l’historique du secteur des telecommunications au Kenya de 1950 à nos jours. Il ne peut jamais répondre par un simple "yes ok" ou "no". Quand on lui demande s’il peut nous conduire à Nakuru pour un meeting et passer la nuit là bas car c’est trop loin pour rentrer à Nairobi (bien sur on paye son logement), il nous répond "I don't see myself handicaped in terms of accomodation" (= yes no problem). Ou encore, quand on lui demande de nous conduire quelque part, il se sent obligé de nous répondre par un grand paragraphe "yes I can most certainly do so, that is exactly where we are heading". Aujourd'hui, je lui ai fait la remarque que pour quelqu'un d'aussi cultivé que lui, j'étais surprise de ne jamais le voir lire un livre quand il nous attendait dans la voiture, et il m'a répondu q’il préférait prier et méditer sur ses lecture précédentes, car « it's not what you read, but how you remember what you read" (dit en beaucoup plus élaboré évidemment). Bref, parfois, on a vraiment envie qu'il soit humain... Comme nous avec notre mauvaise humeur du matin, notre fatigue, notre verre de vin du soir, nos fous rire... Mais évidemment, on ne peut pas lui reprocher d’être trop parfait quand même !!! On l’adore notre Steven !! La dernière fois, on parlait entre nous dans la voiture, et Melanie a mentionné que j'étais "agnostique" voire "athée", et je pense que Steven a été profondément choqué. Depuis, chaque jour pour me dire au revoir il me dit "god bless you".
Hier, je lui ai demandé ce qu’il pensait de la campagne de pub qui prône l’abstinence plutôt que le préservatif (grands panneaux publicitaires en ce moment au Kenya). Il a été tellement gêné que j’aborde ce sujet qu’il en a calé la voiture.

Après notre meeting du matin, nous rentrons à l’appartement pour déjeuner. Comme nous n’avons pas le temps de cuisiner le midi, nous avons engagé une cuisinière pour le déjeuner.
Notre cuisinière s'appelle July. July est très belle et très timide, et elle ne sait cuisiner que 3 plats: un vegetable curry (sans curry), des cubes de moutons à la sauce tomate et autres variations à base de concentré de tomate...
Après 5 mois de concentré de tomate, on ne peut même plus voir la couleur rouge… Ces dernières semaines, nous avons pris le temps de lui écrire une recette par jour avant de partir bosser: Nous lui avons appris à cuisiner un poulet aux olives au vin blanc, une ratatouille, du taboulet, du gaspacho. July collectionne ses nouvelles recettes dans un petit cahier. Aujourd'hui, nous lui avons laissé un mot pour qu'elle nous prépare une gratin de légumes avec de la béchamelle, mais nous avons oublié de lui préciser comment faire une béchamelle; quand je suis arrivée, elle était en train de faire bouillir une sauce plein de grumeaux (farine et eau) dans laquelle flottaient des bouts de tomates... Une fois par semaine, nous lui demandons de nous préparer un plat africain. Cette semaine, nous avons goûté à l’Ugali un plat à base d’épinards et de farine de maïs. Un petit délice de simplicité. Notre plat préféré reste toujours les pomme de terre douces à l’ail et au gingembre… Les légumes sont vraiment délicieux ici… En Europe, les tomates sont bien rondes et bien rouges, mais sans aucun goût. Ici, tout est plus petit, moins joli, moins poli, mais une tomate a vraiment le goût de tomate!! On essaie généralement de faire nos courses dans les petits marchés en plein air, mais comme on a souvent la flemme, on s’autorise le super marché du coin, « Nakumatt » où tous les expats et les riches kenyans font leurs courses. Les produits sont évidemment 3 fois plus chers, mais toujours 5 fois moins cher qu’en Europe (sauf quand on veut s’autoriser un luxe exceptionnel comme du Nutella vendu à 5 euros le pot).

Le soir, quand nous rentrons à l'appartement, après une journée de boulot bien remplie, nous devons écrire le "daily mail" pour la Head Office où nous devons raconter absolument tout ce qui s'est passé dans les moindres détails. (y compris les expressions du visages, si notre interlocuteur a froncé un sourcil, esquissé un sourire etc…); un document de 3, 4 pages, absolument horrible à écrire. Pendant la semaine, nous restons à l'appart à regarder des vidéos et des séries débiles en buvant du vin chilien pas cher pour se reposer la tête de nos journées... une vie passionnante!!!


Le week end, tout s'anime. Vendredi soir, on met notre "going out mix" (une sélection de musiques qui nous donnent la pêche) et on danse dans le salon tout en se préparant à sortir… Puis on prend un taxi pour aller à "Gypsies" un bar sympa (le choix est limité) où toute la ville se retrouve. On retrouve généralement nos amis indiens ismaélites qui sortent juste de la mosquée et on boit des tusker (la délicieuse bière locale).

Le samedi, en fonction de l'heure où on est rentrées, on se la coule douce, on regarde la télé, on fait une sieste, on sort un peu, mais en gros on ne fait pas grand chose. Le samedi soir, on essaie de se faire un resto: souvent Misono un japonais pour manger des Tapaniakis (repas préparé sur une grande plaque chauffante), Mediterraneo, Haandi (North Indian cuisine), Moonflower, ou Bangkok... Ensuite, on a deux options du samedi soir: Casablanca, notre bar à sheesha qui est devenu l'endroit le plus populaire de la ville, ou bien « Carnivore », le resto le plus célèbre de la ville car on peut manger du zèbre, du crocodile, du chameau, autruche et toutes sortes de viandes a volonté (pénurie d’autruche en ce moment car les lions sont entrés dans la reserve, et c’est même pas une blague). Carnivore fait aussi bar / club en plein air, et sert le célèbre « Dawa » (médicament en Kisswahili) à base de Vodka, citron vert et miel...

Le dimanche, Melanie cuisine un full english breakfast, avec bacon, saucisses, oeufs, baked beans, tomates grillées, pommes de terre sautées... mmmmm. Notre étape suivante est le "Massai Market" un marché en plein air juste en bas de chez nous, où les Massai (entre autre) viennent vendre leurs colliers et souvenirs pour les touristes. Nous achetons pleins les colliers colorés magnifiques et nous flânons à regarder les masques africains, les Kikoys (étole que les femmes portent en jupe) de toute les couleurs, les sculptures en « soap stone » et autres babioles … Dans l'après midi, nous allons à "Village Market". C'est à peu près la seule fois de la semaine où nous conduisons nous même (c'est Melanie qui conduit car elle a l'habitude de conduire à gauche). Village Market est à l'opposé de chez nous, on doit traverser toute la ville dans une circulation intense, au milieu des « Matatus » (mini vans qui font office de transport public) qui conduisent comme des fous et roulent même sur les trottoirs pour rentabiliser leurs trajets.

Le tout Nairobi se donne rendez vous à Village Market (une majorité de blancs et d’indiens, les deux communautés qui ont le pouvoir d’achat). Village Market est un grand shopping center en plein air avec plein de petits restaurants, de petites boutiques hors de prix, et une horrible cascade artificielle... Pas la panacée, mais pour Nairobi, c'est génial. On commande un sandwich au « German Point » ou au « farmer's corner » et on se paye un café à « Dormans ».

Vers 8 heures, on va voir un film au ciné (dans le mall). Mon dernier film, "Coup de foudre a Bollywood" ; pas du grand cinéma, mais hilarant quand on a vu des vrais films indiens, et aussi car on est baignées de culture indienne ici. Apres le ciné, on file directement à "Diamond Plaza" aussi appelé "Little India", un autre type de shopping center beaucoup moins classe avec plein de boutiques indiennes et des petits restaurants, où se retrouvent toutes les familles indiennes de la ville. Invariablement, nous commandons un verre de jus de pastèque, des frites ail-masala (super épicées), des brochettes au chili, et le must : "des brochettes de gras" (oui, du pur gras cuit au kerozene... un délice).
Nous rentrons au volant de notre Toyota Corola, en priant de ne pas se faire attaquer car le « Car jacking » est le sport national ici.
Une semaine pour privilégiées s’achève à Nairobi. Même à minuit, les vendeurs de rue sont toujours là, à essayer de gagner 3 sous en vendant n’importe quoi (bouquets de fleurs, antennes tele, photos encadrées du Président Kibaki, lunettes de soleil). Nous avons une vie dorée alors que la majorité de la population vit avec moins d’un dollar par jour, et habite dans les slums (bidonvilles) qui entourent Nairobi.

09:40 Publié dans Kenya | Lien permanent | Commentaires (5)

04/12/2004

L'Aid dans le bush

Pas mal de temps que je n’ai pas écrit… La vie suit son petit bonhomme de à Nairobi.. la saison des pluies se termine, le boulot s’intensifie, les sorties se multiplient… bref, une vie bien remplie pour Mélanie et moi… A Nairobi, il y a seulement un bar ou deux digne d’intérêt (Gipsys) et une boite « branchée » où toute la ville se retrouve (Pavement)… Les communautés se mélangent rarement (indiens avec les indiens, blancs avec les bancs, les noirs avec les noirs) et seules les prostituées blacks font le liens entre les communautés et les générations !!! (papi anglais sous viagra, en plein sex safari en Afrique dansant avec une belle black de 20 ans…) A Nairobi, plus de 30% de la population sont des indiens (indiens d’origine, mais kenyans depuis plusieurs générations)… Hindu, seeks, ou musulman. La communauté indienne contrôle l’économie ici : la classe aisée est essentiellement composée d’indiens, et vice versa, la majorité des indiens est aisée. La plupart de nos amis, sont des kenyans-indiens-musulman, un étrange mélange pour nous, mais évidement plein d’intérêt… Depuis un mois, nous suivons leur Ramadan. Ils sont Ismailis (sensés donc être beaucoup moins radicaux, plus ouverts et libéraux que les sunnites ou chiites) et font le Ramadan plus pour le challenge, (comme on court un marathon), que par pure conviction religieuse… et ils ne respectent pas toutes les règles!! (un verre d’alcool le samedi soir ne tue personne… un petit café avant un meeting difficile pour ne pas tomber… ce genre d’écart…) Lundi c’était l’Aïd, la fête de fin du Ramadan, (ici, comme 35% de la population est musulmane, c’est un jour férié pour tout le pays), et c'était le premier jour où ils pouvaient manger pendant la journée après un mois de jeun... Lundi, nous étions invitées par nos amis, à assister à un Rallye automobile en plein bush avec toute la famille (le Rallye était juste un prétexte pour faire un bon pique nique et s’empifrer de bouffe pour l’Aid…) Nous sommes partis à 6h30 du matin, avec sept 4X4 (!!!), en direction du bush (une heure de route de Nairobi)... Avant que la course ne commence, on a pu faire mumuse avec les 4X4 dans les terrains boueux et les routes en terre... Jusque là, ma conception du véhicule tout terrain s’arrêtait aux ridicules 4X4 qu'on voit à Paris ou dans les grandes villes, et qui n’ont jamais vu la boue… Mais ici, c’est évidement LA voiture qu'il faut avoir (Mel et moi, on a une pauvre Nissan Sunny qui tient mal le choc sur les routes défoncées de Nairobi)… Bref, j’ai ravalé mon mépris et revu ma conception du 4x4 et j’ai vraiment adoré cette balade chaotique dans la boue au milieux des antilopes qui se baladent en liberté dans la savane... Puis, vient l’heure de l’organisation du campement: même pour une journée, il faut prévoir: le soleil tape déjà très très fort à 9h du matin, alors on installe une grande tente / bâche qui nous protége du soleil... Puis c'est la préparation pour le petit déjeuner : les femmes commencent à sortir des réchauds énormes et une marmite pour 50 personnes… (Evidement, elles ont amené deux bonnes et un cuisinier (noirs) pour les "basses tâches")... Le petit déjeuner se prépare: les traditionnel english baked beans (avec épices indiennes donc très tres épicé), saucisses (bœuf ou poulet, mais pas de porc évidement) oeufs (frits dans 10 cm d'huile dans une énorme poêle), pain beurré avec du miel (3cm d’épaisseur de beurre, et le double de miel)... Après un mois de jeun et de levers à 4h30 du matin pour prendre son petit déjeuner avant le lever du soleil, tout le monde apprécie ce petit dej au soleil !!! Nous aussi, on apprécie, même si les beans nous font pleurer tellement c'est épicé... Je n'ai pas encore parlé de la famille, mais j'y viens: pour eux, nous sommes évidement des extra terrestres (Indiens musulmans VS européennes blanches chrétiennes) et les différences ne sont pas faciles à faire avaler à la famille. Karim, Ammar, Natacha et Kalu nous ont amené ici sans vraiment demander l’avis de la famille, et notre position est difficile… Ils nous avaient prévenus qu'une de leur tante allait être « difficile » avec nous (pur racisme), mais on ne s’attendait pas à autant d’hostilité... La rencontre et les salutations sont difficiles: nous, trop intimidées pour aller vers les gens (environ 25 monstres bruyants de plus de 100 kg), et eux trop fiers et embarrassés pour venir nous dire bonjour... Heureusement, autour de la nourriture, l'ambiance se détend un peu (on se ressert 4 fois pour faire plaisir et montrer qu’on apprécie)... C'est étrange: la jeune génération (nos amis) parlent un anglais parfais, car ils ont tous été éduqués au Canada, mais leurs parents et le reste de la famille parlent anglais très accentué, et parlent la plupart du temps en Kisswahili, (la langue du Kenya mais que j'associais jusqu'ici aux noirs kenyans), et un mélange de dialecte indien que la jeune génération ne comprend pas... la course commence vers 9h30... le soleil est déjà haut et brûle très fort... je ne suis pas très intéressée par la course... des voitures normales trafiquées pour aller plus vite, faire plus de bruit, et soulever plus de poussière…(enfin c’est mon impression). Après une heure ou deux à bouffer de la poussière sous le soleil, le groupe des « jeunes » (nos amis + les petits frères et cousins) décide de partir en excusions pour trouver un autre endroit où faire du 4X4 dans la boue... Une heure et demi de route au milieu de paysages magnifiques (une déclinaison de verts à couper le souffle), à traverser des villages Massai isolés où les gens nous regardent comme des extra terrestres avec nos grosses voitures... J'ai un peu honte, j'ai l'impression de faire partie du Paris Dakar que j'ai toujours détesté (avec les blancs qui traversent les villages africains avec leurs bagnoles polluantes et bruyantes)... Mais je dois avouer que vu de ce point de vue, cette petite excursion est magnifique et fascinante... Nous croisons des centaines des massais aux habits rouges et colorés, aux oreilles alourdies de grosses boucles d'oreilles en perles, qui conduisent leurs troupeaux de vaches maigres à grandes cornes dans la brousse... Nous arrivons à la bifurcation. A partir de là, plus de route mais une piste non balisée, un relief accidenté... La terre est rouge, nous suffoquons sous la poussière, le soleil a déjà séché toutes les grosse flaques créées par la saison des pluies... Nous croisons d’autres Massai qui font paître leurs troupeaux... les enfants nous font de grands signes, le paysage a un air d'Andalousie en plein été, petits arbustes desséchés par le soleil, les senteurs subtiles et impossibles à identifier qui flottent dans l’air... Après une heure de passage d'obstacles et de dérapages dans la poussière, nous rebroussons chemin car il faut aller déjeuner... Nous arrivons en retard, vers 3h de l'après midi, et Melanie et moi avons la paranoïaque impression que toute la famille nous rend responsables!!... Pendant que nous étions partis, la cuisine s'est organisée: nous mangeons un plat délicieux à base de mouton mariné avec du gingembre, des piments, du citron... très épicé évidement. A coté, un mélange de légumes (mangues, citrons, carottes, sweet potatoes), le tout mariné dans des épices... délicieux. Les salades que nous avons apportées pour ne pas arriver les mains vides (taboulés, salades de pomme de terre, quiches, que nous avons préparé pendant toute la journée la vieille) n'ont pas grand succès... Le bilan est mitigé: nous avons passé une excellente journée, basée sur un pur plaisir d'observation sociologique (et amusement dans la boue avec les 4X4)... Mais on ne peut pas vraiment dire que les barrières culturelles soient tombées: personne n'a touché à la nourriture que nous avons apportée, personne ne nous a posé la moindre question pour savoir d'où nous venons, ce que nous faisons ici... Le rejet n’a pas été apparent, mais subtile, tout le monde a été poli, mais le mur invisible n’est pas tombé… Le racisme et la peur de « l’autre » existent partout, à tout niveau, dans toutes les sociétés... A quelques exceptions près, les indiens restent entre eux (même si les différences sont énormes entre indien hindi, indiens musulman, indiens seeks, (Musulmans, et Seeks se détestent), ils seront toujours solidaires face à un noir ou un blanc), les noirs ne se mélangent pas non plus, et les expatriés blancs restent également entre eux...

13:55 Publié dans Kenya | Lien permanent

19/10/2004

Afrique: Paradoxes et extremes...

L’Afrique et ses contrastes commence à se révéler…  Le Kenya n’est pas l’Afrique de la misère obscène et apparente, l’Afrique des membres coupés à la machette, des guerres ethniques, l’Afrique de la famine et des enfants aux ventre déformés par la malnutrition…  C’est une Afrique assez stable, avec une infrastructure assez développée… Mais c’est bien l’Afrique; l’Afrique des contrastes, et des extrêmes, et les chiffres sont là pour rappeler ce qui ne saute pas immédiatement aux yeux : 56% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté (c'est-à-dire avec moins de 1 dollar par jour), une espérance de vie qui ne dépasse pas les 56 ans, un taux de sida catastrophique, 4,7 enfants par femme en moyenne…

 

Extrême pauvreté versus extrême richesse. Le tout associé à la forte insécurité qui règne à Nairobi, ca donne cela : Ma collègue Mélanie et moi, nous vivons dans une résidence sécurisée (double barrière, une dizaine de gardes) pour occidentaux (japonais, anglais, israéliens etc…) dans un luxe qui ne nous serait pas accessible en Europe (immense appartement, cuisinière ET femme de maison, piscine olympique, salle de gym etc etc), mais qui véhicule l’idée auprès des Kenyans, que tout le monde vit comme ça en Europe, aux Etats-Unis etc… « blanc » et « riche » sont synonymes… Mais il est tout simplement impossible de trouver un autre type de logement que ces « prisons dorées » quand on est étranger : On ne se balade pas en ville à la recherche d’une petite annonce immobilière en espérant louer dans un immeuble classique avec des kenyans de la classe moyenne supérieure… Tout simplement car cela n’existe pas : les kenyans sont répartis entre : pauvres /très pauvres,  et riches / très riches. Les très pauvres vivent dans les milliers de bidonvilles de Nairobi (le gouvernement n’arrive pas à proposer  suffisamment de logements bons marché pour loger toute la population car les ¾ des fonds sont détournés par la corruption), et les très riches partagent les quartiers résidentiels de Westlands avec les blancs… Avec l’argent, le racisme et la ségrégation disparaissent…        

 

En tant que femmes, nous sommes confrontées à un autre type de misère : la misère sexuelle, et la violence faites aux femmes. Au premier abord, après avoir passé 6 mois dans des pays arabes, j’étais heureuse de découvrir des femmes souriantes, aux visages accessibles et découverts, et surtout d’observer un rapport « sain » entre les deux sexes : hommes et femmes qui discutent ou marchent ensemble dans la rue, qui se tiennent la main, et semblent envisager la vie dans une relative égalité… Pourtant, quelques chiffres sont encore  là pour rappeler que les apparences sont trompeuses : 66% de femmes se plaignent de violences conjugales, 37% des femmes sont excisées …

Le premier week end, nous ne connaissions personne, et on nous avait recommandé une boite à la mode pour sortir : nous sommes tombées en plain Safari sexuel : du coté du « gibier », 90% des femmes étaient de belles et jeunes black prostituées, et dans l’autre camps une majorité de blancs de plus de 50 ans venant profiter du marché pas cher…  Des hommes de l’âge de mon grand père, se trémoussent sur la piste de danse, les joues rougies par l’excitation et l’approche de la crise cardiaque, avec de jeunes et belle blacks, pendant que leurs épouses, dans la campagne anglaise, tricotent un pull en laine pour le dernier petit fils en attendant que leur mari rentre de « business trip »… édifiant !!

 

Dans cet petit tableau sociologique, nous côtoyons également cette petite communauté de blancs, "born and raised" in Kenya… Les vestiges de la colonisation anglaise…  L’accent anglais a muté au fil des génération vers un accent anglais sud africain, le thé coule à flot, le teint est blond-roux et la peau toujours fragile sous le dur soleil africain, mais hors de question de « rentrer »… Rentrer où ?? Pour eux, le Kenya is « home », pas en tant que « pays d’adoption », mais en tant que « propriété », « terre natale et familiale »…

Lisa fait partie de ces «born-and-raised »… Elle parle de ses origines écossaises et du clan dont elle est originaire, mais n’a pas mis les pieds en Ecosse depuis 25 ans, et envoie ses fils en « boarding school » à Cape Town, en Afrique du sud. Lisa emploie la même famille de « gens de maison » depuis 3 générations, et leur parle avec le ton subtil du colon : entre condescendance et affection pour « l’homme noir ».  Sa maison est totalement décorée et surchargée d’objets d’art Africain, de masques et de tentures qu’elle vend hors de prix… Lisa n’est pas une mécène de l’art africain, elle tient un business et se fait des marges de 300%…

A ses heures perdues, (et cette femme d’affaire en a peu), elle joue la décoratrice d’intérieur… Et voici le beau paradoxe final : Ses meilleurs clients sont de riches kenyans qui se font conseiller (par une blanche) sur la meilleur façon de décorer leur maison avec des objets africains (de redécouvrir leur culture), car c’est redevenu  la mode…

 

Afrique des paradoxes, Afrique des extrêmes, Afrique des contrastes…

 

La saison des « petites pluies » est arrivée… Ce matin, un temps de Bretagne au mois de Novembre… cette après midi, un soleil de plomb qui brûle la peau en 2 minutes…  Les arbres sont en fleurs… la ville est toute violette des fleurs de "jakoranda trees"...

18:28 Publié dans Kenya | Lien permanent | Commentaires (3)

06/10/2004

God bless you too Steven !!!

J’ai réussi à trouver une voiture à louer pour pas trop cher, et Steven sera notre chauffeur pour toute la durée de la mission…

 

Steven est un père de famille sérieux et droit… Il a un petit visage rond et joufflu, qui pourrait lui donner un air jovial et bonhomme si ses petites lunettes rondes ne lui donnaient pas cet air sérieux presque sévère… Il se tient droit comme un i, la cravate serrée jusqu’à la glotte, et parle un anglais parfait, avec un vocabulaire et des tournures très élaborées (voire alambiquées) comme très peu de gens le parlent ici… Avec cet accent kenyan indescriptible et irrésistible. Il semble jeune, mais son austérité luthérienne et ses tournures de phrases, ses expressions tout droit sorties de la bible lui donnent un coté « patriarche »…  Lorsque je lui pose des questions, il emploie le « nous » de la modestie pour parler de lui… J’ai mis un peu de temps à comprendre qu’il voulait dire « moi », « je »… 

 

Il est si poli qu’à chaque fois que je l’appelle sur le portable le pour lui demander une chose pratique et toute bête comme rapprocher la voiture, il commence par me dire « merci » (au lieu de OK, d’accord), et ne peut pas s’empêcher de me demander si je vais bien si je passe une bonne journée, et fini par un « god bless you, and have the best of time », alors que je le vois dans 2 minutes.  Quand je l'appelle le matin pour lui dire que je n'ai pas besoin de lui avant 2 ou 3 heures et qu'il peut rester avec sa famille, il me dit qu'il sera là dans une heure de toute façon, au cas où j'ai besoin de lui avant... "to be here and ready when duty calls" 

 

Steven a une femme et deux enfants, Prince et Presley. Il me dit qu’il veut que ses enfants soient fiers de leur père, et qu’il est important qu’ils voient que leur père a un travail. (Après un an et demi de chômage, il a enfin retrouvé un job)… Toujours avec ces tournures alambiquées et cette voix tranquille et posée, il me dit qu’il a mis a profit cette période d’inactivité forcée pour faire des études de théologie, et de « management de communauté religieuse» (je suis sure qu’il n’a pas employé le mot « management », ça ne lui ressemble pas)… Il fait partie d’une communauté protestante où il « aide les gens à s’aider eux même », car « on peut gagner peu et donner beaucoup »… 

 

Je l’interroge sur son appartenance religieuses (je suis complètement paumée dans toutes les branches protestantes et anglicanes), et nous sommes progressivement amenés à parler des ethnies : Akamba, Gussii, Kalenjin, Kikuyu, Luhya, Luo, Masai, Nandi, Samburu, Swahili, Turkana sont quelque unes des 42 ethnies représentées au Kenya…

 

Chaque ethnie a ses caractéristiques physiques et psychologiques, des particularités, des talents propres et des traits de caractère, mais ces différences sont surtout le résultat des préjudices et des rumeurs véhiculées par chaque ethnie envers l’ethnie voisine….

 

Chaque ethnie a sa région. Dans les coutumes comme dans les faits, il est donc assez improbable (et mal vu) d’épouser quelqu'un d’une autre ethnie…  Evidement, à Nairobi, tout se complique un peu…

 

Steven est un Akamba, originaire de l’est du pays, et sa femme est une Nandi, du nord ouest… 1000 kilomètres et des centaines de traditions et coutumes séparent leurs tribus respectives…

La famille de Steven ne s’opposait pas à un mariage hors ethnie, mais du coté de sa femmes, les réticences étaient plus grandes : pour obtenir d’épouser sa financée, Steven a du se rendre 5 fois chez les Nandi, pour obtenir l’accord du père… Cinq voyages à 800 kilomètres de Nairobi pour quatre refus…

 

Une fois l’accord donné, s’est alors posé le problème de la dot…

Chaque ethnie a ses règles en la matière : chez les Akamba, la dot pour une femme s’élève à 5 vaches + une chèvre… Une vache coûte extrêmement cher (environ 350€), aussi, la dot-dette est payable sur une vie entière… C’est au marié d’assumer entièrement la charge de la dette, les parents n’aident pas (tant que tu ne t’assumes pas, ne te marie pas). La belle famille ne s’attend pas à recevoir les 5 vaches d’un coup… mais quand la belle famille a besoin d’une aide quelconque, la famille qui doit la dot doit aider la belle famille, et les dépenses engagées pour aider la belle famille sont alors « déduites » de la dette due en vaches… La dot payable à vie est presque symbolique, plus comme une façon de lier les familles entre elles, et de créer une relation, qu’un paiement bête et méchant avec une échéance…

 

 

Mais chez les Nandi, les choses sont tout à fait différentes : la dot est payée par le père pour marier son fils… Cette fois, la dot s’élève à 8 vaches (laitières – donc plus chères) et une chèvre…  La dette est à payer avant le mariage… Pas de vaches, pas de femme…

 

Steven a bien essayé de négocier avec sa belle famille, car la notion de dot est tout à fait différente dans son ethnie, mais il a bien fallu faire des concessions… Il n’était pas allé demander 5 fois au père d’épouser sa fille pour renoncer à cause de la dot…

 

Je ne sais pas trop comment Steven a réussi à payer ces 8 vaches, mais il l’a fait… Ca tombait bien, le père avait besoin de marier son autre fils… Les 8 vaches données par Steven pour la dot de sa fille ont donc resservi immédiatement pour payer la dot pour la femme de son fils !!! Les vaches kenyanes sont donc les vaches qui voyagent le plus au monde !!!

 

En écoutant Steven parler des liens familiaux, j’ai pensé aux 15000 morts de la canicule en France, à tous ces vieux jamais réclamé par leur famille… On a vraiment beaucoup de choses à apprendre de l’Afrique, mais on pense malheureusement trop souvent que se sont eux qui ont à apprendre de nous…                 

 

 

 

17:55 Publié dans Kenya | Lien permanent | Commentaires (1)

03/10/2004

Nairobi... entre paranoïa et réel danger...

Les histoires d’insécurité à Nairobi sont tellement nombreuses, que c’est difficile de ne pas se sentir complètement paranoïaque en marchant dans la rue…

Dans la journée, marcher dans la rue, au centre ville, est une chose «envisageable» (pas dans tous les quartiers)... Bien sûr sans sac, sans bijoux, sans appareil photo apparent… Pourtant, dans les rues où je me suis "baladée" (le mot "marche crispée" serait plus adaptée que "balade"), je ne me suis pas sentie "menacée", ou visée pour mes potentielles possessions…  Je n’ai pas non plus vu la pauvreté extrême qui pousserait à voler, à attaquer… Je vois des kenyans, bien habillés, qui vaquent à leurs occupations, se rendent à leur boulot, ou dans les magasins bien fournis… Evidement, ce n’est pas le cas dans tous les quartiers…

Le soir, c’est une autre histoire… A partir de 6h la nuit commence à tomber, et un « couvre feu » naturel s'installe… c’est l’heure de rentrer, se barricader chez soi…La ville devient une ville fantôme, sans passants…  Pour faire une centaine de mètres, on prend un taxi, on ne sort pas seul, on ne marche pas seul (on ne "marche" pas dans la rue), on évite même de conduire, et on ne s’arrête surtout pas au feu rouge…

Le soir, les grands méchants loups sortent croquer les petites filles… Le gros mot est lâché « Carjacking », ces bandes organisées qui braquent les voitures aux feux rouges, ou qui les doublent et les forcent à s’arrêter…. 

Plusieurs personnes m'ont donné ce terrible et choquant conseil: « si un jour tu renverses quelqu'un dans la rue, ne t’arrêtes surtout pas, car les gens te tueraient »…   J’ai été vraiment choquée… Un kenyan a qui j'ai parlé m'a aussi dit qu'il y avait parfois des corps humains, sur l’autoroute, déchiquetés par les voitures qui continuent à rouler sans s’arrêter, comme pour un chien écrasé…

 

Dans un registre tout aussi flippant, je me rendais au Ministère des finances… Mon taxi me dépose au coin du bâtiment, où c’est normalement interdit de se garer… c’est juste pour quelques secondes, le temps de descendre de la voiture… Au même instant, un convoi blindé transportant des fonds débarque dans un crissement de pneus… 3 gardes conduisent le camion, toutes mitraillettes sorties par la fenêtre… Evidement, je suis dans leur passage, ils commencent à klaxonner furieusement et à me hurler dessus… en pointant leurs 3 mitraillettes sur moi… je suis pétrifiée… je reste bloquée sur place à regarder les 3 armes pointées sur moi… Le chauffeur de taxi est rentré dans la voiture, et tente de s’éclipser pour libérer le chemin… Le camion trouve sa voie et les gardes passent leur chemin… J’ai leur cœur qui bat à 100 à l’heure, et je n’arrive pas encore trop à croire ce qui vient de m’arriver… Sur le coup, je me rassure en me disant que de toute façon, ils n’auraient jamais tiré, mais plusieurs personnes m’ont dit par la suite que ces types là ne se posaient pas trop de questions quand on était au mauvais endroit au mauvais moment…

Le lendemain, il m'arrive la même chose quand un VIP arrive escorté par 3 gardes du corps paranoiaques... Je suis encore une fois au mauvais endroit, et un des gardes pointe sa mitraillette sur moi en me disant de me coller au mur et de ne pas bouger... le temps que le Ministre passe...

 

Une image du Kenya très éloignée de celle des safaris, des éléphants et des gentils Massais qui sautent gaiement…

 

D’après le Lonely Planet (2004), le taux de criminalité à Nairobi dépasse celui de Johannesburg… enfin, tout est relatif quand on sait que la plupart des pays d’afrique sont ravagés par de dévastatrices guerres civiles… alors se faire braquer sa voiture, c’est pas la fin du monde…

20:45 Publié dans Kenya | Lien permanent

27/09/2004

Un zest d'angleterre sur un fond de corruption africaine...

Jambo !!!

Après 4 aéroports et 5 jours de trajet, me voici enfin arrivée au Kenya, ma destination finale (pour quelques mois)…

Après l’Algérie et Madagascar, 2 anciennes colonies française, je suis impatiente de découvrir cette ancienne colonie anglaise… L’Angleterre a bien sûr laissé ses traces :  on parle anglais, on roule à gauche, on joue au cricket, les taxi sont des vieux taxi londoniens gris typiques, pas une "pijot 404" en vue, et évidement, j’ai oublié mon adaptateur pour les prises anglaises… Bon, voilà pour les premières impressions clichées…

 

Mais je ne passe pas ma première journée à découvrir les charmes de la capitale, à flâner dans les boutiques d’artisanat kenyan, ou à préparer mon prochain Safari ou mon départ pour Mombassa… Non, pour ma première journée à Nairobi, je retourne à l’aéroport, ou plus précisément au « African Cargo Handler », pour récupérer à la douane les 500 guides envoyés par mon entreprise…

 

Mon souvenir traumatisant de la douane Algérienne (j’avais mis 4 jours à sortir les guides de la douane) est encore frais, mais je me dis que ça ne peut pas être pire… Et pourtant je me trompe…

 

Je commence les démarches (presque familières) pour dédouaner les guides… Deux « transitaires » me collent aux basques pour me proposer leurs services… Agacée je leur fais comprendre que je connais les démarches, et que je n’ai pas besoin de leur aide… Mais ils reviennent à la charge toutes les 5 minutes, et « m’assistent » (sans que j’ai le choix) dans les démarches qui me semblent a priori simples…  Je suis super énervée, et je leur donne même un peu d’argent pour qu’ils me lâchent… Je les préviens que je n’ai pas l’intention de payer un service que je n’ai pas demandé, et pour 2 personnes en plus !!!

Mais peu à peu, je comprends que je vais devoir ravaler ma fierté…

Tout se complique, il faut aller d’un bureau à l’autre, faire tamponner des documents incompréhensibles, faire signer des feuilles à des personnes différentes en fonction de la couleur de la feuille (les couleurs primaires ne suffisent même plus, alors on a des formulaires orange-grenat, mauve-verdâtre…), batailler pour accéder au guichet du fonctionnaire pour lui faire signer l’imprimé jaune-pistache… Ici, on ne fait pas la queue, tout se joue à l’intimidation) et je suis de plus en plus paumée…

 

Vers midi, j’engage officiellement mes deux sangsues de transitaires, et là tout s’accélère… Je comprends alors pourquoi ils ont besoin d’être deux : les papiers de couleur et les tampons se sont multipliés de façon exponentielle, et les deux compères se répartissent les feuilles (et donc les bureaux correspondants), et les dizaines de démarches à effectuer (dans différents bâtiments parfois éloignés de 500 mètres !)…

Au début, j’essaie de garder un peu le contrôle des opérations: je tiens à comprendre ce qui se passe, où on va, qui on doit voir, je tiens à garder les documents à la main… Mais je suis de plus en plus larguée, et ils vont de plus en plus vite…  Ils courent d’un bureau à l’autre, bataillent dans les files d’attente, manient avec une adresse stupéfiante les feuilles de couleur en sachant toujours à l’avance celle qu’il faut faire signer…

Je reconnais vaguement les étapes par lesquelles je suis passée en Algérie (j’avais compté je crois 28 étapes)… C’est à peu près la même procédure, sauf que moi, ça m’avait pris 4 jours !!!

 

« La corruption »…  C’est un mot qui va de pair avec le Kenya, mais je ne pensais pas y être confrontée si vite…

A partir d’un certain stade, je dois payer pleins de trucs : bien que les guides soient exemptés de douane, on me demande de payer des taxe « IDF » ( ??) des frais de maintenance, des timbres fiscaux en tout genre… Tant que j’ai un reçu officiel, tout va bien… A un moment, un des transitaires me demande de payer 2000 shilling (20€) à un mec qui me met un coup de tampon et un numéro sur un de mes papiers rose-rouille… Je l’interroge sur cette nouvelle taxe étrange (un tampon et un numéro ?), et je lui demande un reçu… Il revient ¼ d’heure plus tard avec un bout de papier pas du tout officiel en guise de reçu…

Grosse discussion avec mes transitaires : où sont partis mes 2000 KSH ? il ne faut pas me prendre pour une conne, je vois bien que ce n’est pas un frais officiel !!!!… Ils commencent donc à m’expliquer comment ils font « accélérer les choses »… Chaque fonctionnaire, à chaque niveau prend sa petite commission pour faire passer ton dossier au dessus de la pile… Bon, je ne suis pas naïve, je sais bien que ça se passe comme ça, mais jusque là, je n’avais pas eu à y participer… Comme les transitaires voient que « j’ai compris », ils commencent à se la jouer commerciaux et à me proposer un large éventail de services-corruption : par exemple, en arrosant un mec (allongé à l’ombre sous un arbre), je peux « éviter » de payer les 70$ de frais IDF…  (je refuse)…

 

A partir de 2h30, les choses s’accélèrent encore : On arrive dans un nouveau bâtiment bondé, où tout le monde hurle en Swahili et se bouscule pour faire passer son papier en premier… je ne comprends plus rien… Joseph, mon transitaire me demande alors de lui donner un « budget corruption » de 1500 KSH…  Je n’ai pas du tout envie de participer au grand jeu des enchères du backshish (même pour 15$), et en plus, comme je n’ai plus aucun contrôle sur ce qu’ils vont donner et à qui, je sais qu’ils vont s’en mettre dans la poche… D’un autre coté, je n’ai vraiment pas envie de revenir le lendemain, et je n’ai pas l’air d’avoir trop le choix !!! Mes deux acolytes me mettent bien la pression jusqu’à ce que je cède…

 

Encore de nombreuses tamponades (dans les 2 sens du terme : bousculades et tampons), et de cris… A un moment, une des fonctionnaires se met à hurler qu’elle ne fera plus rien tant qu’on n’aura pas baissé d’un ton (enfin, c’est ce que je déduit quand toute la salle se tait subitement, comme des élèves penauds qui se font engueuler par la prof)… silence complet pendant 30 secondes, puis ça recommence… J’ai l’impression d’être à la criée de poisson, ou dans la salle de marché de Wall Street, version africaine… (inutile de dire que dans tout ça, moi, petite blanche qui ne comprend plus rien, je fais tâche !)

 

A 4h30, comme me l’avaient promis Joseph et Mirugi, je récupère mes 500 kilos de livres (après avoir distribué au moins 25 livres sur le Ghana et le Mozambique qui font fureur parmi les employés)…  Il faut encore que je les fasse transporter à l’hotel par le chauffeur de taxi récalcitrant, et monter dans ma chambre sous le regard suspicieux du manager qui se demande ce que je transporte dans ces 10 caisses de 50 kg…

 

18:50 Publié dans Kenya | Lien permanent | Commentaires (2)

24/09/2004

En Transit à Madagascar

Mon bureau ma choisi un trajet bien sympa pour aller au Kenya… Un Madrid-Paris-Antannanarivo-Nairobi… Avec 2 jours d’escale à Antananarivo, l’imprononçable capitale Malgache…  4 jours pour faire Madrid-Nairobi !!!

Les 10 heures d’avion Paris-Madagascar se passent allégrement à écouter les commentaires plus ou moins inspirés des jeunes retraités du voyage organisé STI qui s’envolent pour le grand frisson dans un pays sous développé… Depuis le couple de randonneurs équipé au Vieux Campeur des pieds à la tête, jusqu’au papi en short-marcel qui croyait arriver dans les grandes chaleurs équatoriales (il fait 8°C à notre arrivée !!), en passant par le quinqua branché qui se la joue colonial avec sa tenue en lin blanc et son chapeau type colon anglais, j’entends de tout et n’importe quoi… Les critiques classiques des français en vacances (« aaah, ça se passerait pas comme ça en France !!! »), le discours paranoïaque de Madame Dubois, le paternalisme démago de Franc, Robert le donneur-de-leçon (qui s’affiche déjà comme le leader du groupe, et qui va assener ses vérités pendant tout le séjour), Monsieur Frachard le comique qui fait rigoler ces dames… Je rigole intérieurement, et j’essaie, en les écoutant, de glaner des informations (plus ou moins objectives) sur le pays (monnaie, pourboires, ville etc…) car c’est vrai que comme je n’y passe que 2 jours, je ne me suis pas vraiment renseignée…

Arrivée à Antananarivo à 4heures du matin… Toujours le même choc de l’arrivée à l’aéroport dans un pays « sous développé » : après l’immense aéroport de Roissy, ses centaines de restaurants, boutiques, contrôles en tout genre, nous arrivons dans le petit et rudimentaire aéroport (international) d’Antananarivo, où TOUTES les valises sont ouvertes à la main, faute de machine à rayons X… Cohue et chaos pour acheter le visa… Robert mène la troupe en donnant ses conseils de vétéran… 

Arrivée dans l’aérogare, c’est le harcèlement habituel des chauffeurs de taxi qui te sautent dessus et t’arrachent presque ta valise des mains pour que tu montes avec eux… Merde, comment on dit « laa shoukrane » ici ? ah oui, tout simplement « non merci »… Je suis encore dans une ancienne colonie française…

 

Je découvre avec énervement, mais presque sans surprise, que la navette de l’hôtel qui devait venir me chercher n’est pas là… Après un rapide coup de fil à l’hotel (j’apprends qu’ils sont venus me chercher la nuit dernière), le chauffeur sera là dans 45 minutes… Pour passer le temps, dans ce froid glacial, je me glisse dans l’interminable file pour changer de l’argent…

 

Quand le chauffeur arrive, il fait déjà jour,  je découvre Antananarivo, ses rizières et ses collines vertes,  sous une magnifique lumière d’aube… Rizières, terre rouge, et collines sous une lumière rose et rasante…

A 6h30,  la ville est déjà en pleine effervescence : des centaines de malgache marchent sur le bord de la route… Madagascar, c’est quelque chose « à part » m’a-t-on dit…  Pour moi, c’est un mélange d’Afrique et d’Indonésie… des femmes qui marchent en portant de lourdes charges sur la tête, des enfants qui courent pieds nus avec le cartable sur le dos, des hommes qui tirent des charrettes pleines de coqs… La peau est noire, mais les visages ont quelque chose de vaguement « asiatique » qui me rappelle les beau visages indonésiens ; la langue aussi me rappelle un peu l’indonésien…

La voiture nationale ici, c’est la 4L… Avec la Peugeot 304 (incontournable) elles forment la majorité des taxis de couleur beige…

 

On s’approche du centre, et Antananarivo me fait penser à Lisbonne : des centaines de petites maisons colorées collées les unes aux autres sur les nombreuses collines…

 

Arrivée à l’hôtel le « Panorama », qui évidement porte bien son nom… Je discute un peu avec les réceptionnistes, et je vais me coucher dans ma chambre glacée (je mets 2 épaisses couvertures de laine et je grelotte encore !) pour récupérer quelques heures de sommeil… A 8h30, je suis réveillée en sursaut par un coup de fil de la réception : « finalement, après concertation, on a décidé de vous inclure le petit déjeuné dans le prix de la chambre… parce qu’on vous aime bien !!! » Je suis trop fatiguée pour m’étonner et m’amuser trop longtemps, et je replonge dans le sommeil…

A 10h30, je suis réveillée par une forte musique et des chants qui semblent tout proches… j’écoute du fond de mon lit : chants de groupe, claquements de mains, rires, discours… Il doit y avoir un mariage !!! j’essaie de me rendormir, mais j’ai l’impression qu’ils sont tous dans la chambre, alors je décide de m’arracher du sommeil pour avoir un aperçu d’un mariage malgache… Je monte les escaliers, et je tombe sur une chapelle !!! à l’intérieur de l’hôtel !!! au dessus de ma chambre !! La musique de fête et les chants que j’entendais, c’était tout simplement la messe !!! Plus gais que chez nous !!!!

 

Dans le tiroir de la table de nuit de ma chambre, je trouve la bible en quatre langues… Ca c’est normal… Ce qui est plus surprenant, c’est que dans la salle de bain, je trouve avec les produits donnés gratuitement (shampoing gel douche etc…) 3 préservatifs offerts gracieusement par l’Hôtel!!! Entre la chapelle au dessus de la chambre et les préservatifs offerts, ça c’est un compromis intelligent!!!

 

 

Ma valise qui  menaçait de lâcher depuis mon départ, a rendu l’âme à l’arrivée à l’hôtel, où la dernière poignée valide et la tirette se sont cassés…  Il faut donc que je m’en rachète une avant de repartir pour Nairobi…

J’explique à un chauffeur de taxi ce que je cherche, et il me dépose en plein centre d’Antananarivo, au « marché des pavillons »… La version locale du souk… Des centaines de petits « pavillons » (petits magasins avec des toits en tuiles) qui forment un labyrinthe de petites rues étroites, et de petits quartiers spécialisés : la zone chaussures- sacs à main, la zone vêtements, la zone robes de mariées, la zone nécessaire à couture, la zone légume, viande etc…

La température a pris au moins 20 degrés depuis ce matin… Les femmes qui vendent des légumes sont assises par terre au soleil, en demi tailleur, avec une jambe étendue devant elles et épluchent, râpent, équeutent, dénoyautent, découpent les légumes… On peut acheter des haricots déjà équeutés, des carottes râpées ou coupées en dés.. 

Des dizaines enfants miséreux déambulent dans la rue, le regard vitreux, les cheveux pouilleux et gris de poussière… Je vois des petites filles d’à peine douze ou treize ans qui mendient avec un enfant au bras… Je ne sais pas s’il s’agit de leurs propres enfants ou de leurs petits frères…

 

Et moi, j’achète 250 000 francs, une grosse valise, pour transporter toutes mes possessions inutiles …

 

08/09/2004

Les joies d'un Madrid-Paris / Paris-Madrid en bus

1- Madrid - Tours

 

Après 5 mois de magnifiques, intenses, mais éprouvants voyages, je prends 2 semaines de vacances en France... Pas un Madrid-Paris à moins de 600 euros... j'opte donc pour les désormais traditionnelles 15 heures de bus Alsa pour rentrer dans ma campagne natale...

Le film qui passe dans le bus est navrant au point d'en être fascinant, alors j’en fais le résumé pour ceux qui voudraient de le louer pour passer une bonne soirée:

 

L’île de Corail (« el tesoro de la isla de coral »)

Pour payer les dettes de son grand père, un petit garçon de 10 ans décide d'aller chercher un trésor perdu dans une île du pacifique sud (« l’île de Corail ») après que son perroquet parlant de 150 ans (qui appartenait autrefois à un pirate)  lui ait révélé l'emplacement d’un trésor... Le gosse se paie un billet d’avion à 3000$ et fait passer son perroquet pour une peluche ventriloque dans l’avion, et atterrit dans une île qui ressemble à un mélange entre Bali et le Pérou (Les autochtones de l'île sont représentés en balinais, ou parfois en indiens des Andes avec flûte de pan, selon les besoin du scénario), mais s’aperçoit que à l’emplacement indiqué par le perroquet, se dresse un hotel en béton… suspense !!!

Bon à la fin, il récupère le trésor, tue le méchant, paie les dettes de son grand père et avec le reste de l’argent, fait construire un musée pour rendre hommage à la culture des autochtones du pays (qui à ce moment là ont l’air péruviens). On verse quand même une larme quand le perroquet annonce sa décision de rester dans l’île pour finir sa vie paisiblement…

 

Après ce captivant navet, je m'endors pour une bonne et longue nuit de sommeil entrecoupée de charmantes étapes sur les aires d'autoroute espagnoles aux vitrines décorées de produits régionaux poussiéreux (fiole d'huile d'olive présentée dans son coffret en bois de pin, Bombonne de Sangria dans son reposoir en paille, fromage "fausse-tradition" avec son papier "industriellement parcheminé" et une police d'écriture gothique...)

 

Les yeux encore bouffis de sommeil, je suis réveillée au petit matin pour le changement de chauffeur réglementaire... Le jour pointe son nez... Nous sommes en France, vers Poitiers... 

Nous allons chercher le nouveau chauffeur dans une zone commercio-industrielle de Poitiers (il loge au Campanille où il peut profiter de Canal + « sans supplément » comme l'indique la pancarte… quel veinard!).

 

Nous passons devant toutes ces chaînes aux enseignes jaune lavasse, rouge criard et bleu roi clinquant... Porcelanosa, les Meubles Joubert (25% de remise exceptionnelle), Velomannia (promo spécial rentrée), le "Buffalo Grill", où l'on vient sacrifier à l'autel de la viande rouge, pour célébrer l'achat du salon 100% cuir de vache...

 

Je pense au chauffeur espagnol qui passe 2 jours dans son Campanille de la zone industrielle de Poitiers Sud, je pense au vendeurs de literie de "Décors de France", qui se lève chaque matin pour aller proposer 30% de remise sur le salon 100% cuir de vache, en écoutant la musique d'ascenseur sensée mettre les clients dans un état d'esprit positif pour l'achat,  je pense à la serveuse qui sert des cafés aux automobilistes indifférents, dans une aire d'autoroute à consonance Groslandaise (Grogneux-les-Chablous?), et évolue tous les jours dans les couleurs criardes et clinquantes du relais, sensées agrémenter le conducteur, je pense que je suis contente de pouvoir gagner ma vie en voyageant...

 

 

Ma peur panique des zones industrielles... Une angoisse sourde, la déprime qui arrive au galop, le spleen, la mélancolie qui me serrent la poitrine...

Comme un dimanche après midi pluvieux de novembre où il fait si sombre qu'on doit allumer la lumière dans la cuisine, comme le bruit du tic tac d'une horloge murale Louis Philippe qui sonne chaque 1/4 d'heure, comme passer devant une discothèque de campagne, de jour, et penser que cet entrepôt glauque au néon éteint "Stardust" fait rêver la jeunesse, comme le papier peint à fleurs jaunis d’une vieille tante qui sent la naphtaline, comme une maison pavillonnaire en bordure d'autoroute... Déprime, angoisse...

Je vois toutes ces petites maisons neuves, proprement alignées dans leur lotissement, suffisamment proches du centre commercial pour ne pas perdre de vue le but ultime: toujours acheter plus... Le salon 100% cuir de vache en promotion exceptionnelle, la literie "Décors de France", la bombonne de sangria dans son coffret en paille, le service Porcelanosa, la tronçonneuse en promo chez Leroy Merlin...

 

C'est donc ça le modèle de développement qu'on propose aux Pays en Voie de développement??

Je viens de passer quatre mois sans croiser d'hypermarché, sans passer de "samedi après midi" dans la zone commerciale en périphérie... et j’avais complètement oublié que ça existait…

 

Mais c'est facile de critiquer les zones commerciales, et de dire que toutes ces petites épiceries égyptiennes sont a-do-ra-bles, que le marchand est siiii charmant, de regretter la petite boutique qui fait journaux-cosmétiques à Alger,  quand je sais qu'en rentrant, je ferais mon stock de produits indispensables et introuvables "là bas" chez Carrefour...

 

 

 

2- Le match retour :  Tours –Madrid

 

Après deux semaines de vacances en France (après 5 mois d'absence), je m’en vais le cœur relativement léger… Malgré le pincement au cœur de quitter sa famille et ses amis pour une longue période indéfinie, la perspective d’aller au Kenya, pour de nouvelles aventures me réjouit… Bien sur, passage obligé d’une semaine par le bureau de Madrid…

 

Cette fois, je me fais donc le match retour :  un trajet de 15 heures jusqu’à Madrid…

Comme je monte à Tours,  il ne reste plus beaucoup de place. Je m’installe au fond du bus, derrière une femme voilée et ses quatre enfants… je suis évidement intriguée et je cherche à savoir d’où elle vient… j’essaie de repérer des mots ou des intonations que je pourrais connaître quand elle parle à ses enfants… Je reconnais le classique « arouah » (« viens ici » très employé quand on a des enfants !!) je comprends un «chouf (ton?) akhouya » (surveille ton frère), et quelques autres trucs, mais les sonorités ne me rappellent pas l’algérien… Je suis fascinée d’observer ces enfants qui passent tout naturellement d’une langue à l’autre (entre eux, ils se parlent en espagnol et s’adressent à leur mère dans un arabe qui (a l’air) tout aussi parfait)… J’aimerai tellement avoir conservé la faculté d’apprendre une nouvelle langue d’un enfant de 5 ans !!! A ma gauche, deux mauritaniens cherchent également à connaître l’origine de la famille : l’un d’entre eux interpelle un des enfants (« arouah ») et lui demande (en français)  « d’où viens-tu ? Maroc ? Algérie ? je comprends un peu ce que tu dis, je suis de Mauritanie moi »… Mais le gosse ne comprend pas le français… Le mauritanien interpelle alors à la mère qui a l’air un peu effrayée qu’on s’adresse à elle et ne semble pas comprendre… Si elle ne parle pas français, je doute qu’elle vienne d’Algérie, mais je lui pose la question « Al Djazair » (Algérie) ??? et elle me répond « Maroc »  

L’arrière du car s’anime : je parle en français avec les Mauritaniens (qui me posent plein de questions sur l’Espagne qu’ils vont découvrir), je joue avec les enfants en espagnol, et je lance quelques sourires à la mère sans parvenir à engager la conversation… Les autres passagers nous jettent parfois des regards de reproche car on fait un peu de bruit alors qu’il essaient de comprendre l’intrigue de « L’île de Corail » le magnifique navet que je me suis déjà tapée à l’aller !!!

 

A Bordeaux, une deuxième vague orientale nous rejoint à l’arrière du car… Cette fois, je reconnais bien de le parlé algérien ; il y a quelques marocains aussi, et un espagnol avec son petit garçon. Je me dis qu’il doivent habiter dans le quartier Saint Michel, quartier arabe où j’ai vécu pendant 4 ans ; je repense au marché des capucins, à Mohamed, l’épicier de la rue Sanche de Pomiers, la place Saint Michel et son marché aux puces, et à tout ce quartier plein de vie que j’aimais tant… L’ambiance à l’arrière du car prend un air de départ en colonie de vacances… On nous jette encore des regards suspicieux ; (cette fois, c’est le DVD de la Star Académie espagnole qui retient toutes les attentions)…  Un des mauritaniens fait sa prière ; il se balance tant bien que mal sur le siège, récite une prière à voix basse,  et se frotte les mains et le visage comme s’il faisait ses ablutions (enfin c’est ce que j’observe naïvement (peut-être que ce n’est ps ça du tout !), du coin de l’œil)… 

 

A deux heures du matin, nous sommes violemment réveillés par la police des frontières avec leurs matraques jaune fluo; Ils nous hurlent de sortir nos papiers (en fait, je dois avouer qu’ils sont plutôt gentils et aimables avec tout le monde, contrairement à l’image de brutes violentes que je viens de donner)… De toute façon, je ne suis plus du tout impressionnée par cette mascarade puisque c’est au moins la 10e fois que je fais ce trajet en bus, et qu’on y a le droit à chaque fois… Mais je sais aussi qu’à chaque fois, 3 ou 4 «sans papiers » sont expulsés du bus…

La police interroge mes compagnons d’arrière de bus  à propos de leurs cartes de séjour, billets de retour, durée de séjour etc… certains n’ont pas de visa, et quelques uns n’ont même pas de passeport… Je sers de traductrice aux mauritaniens qui ne parlent pas espagnol… Il s’en sortent plutôt bien avec leur passeport et visa valides… Mais même ceux qui sont en règle doivent subir un interrogatoire supplémentaire dans le baraquement de la police… Ils ont le droit à l’humiliante sortie du bus, devant les yeux méfiants des passagers…  Je reste seule au fond du car à veiller sur les petits marocains qui eux ont une carte d’identité espagnole…

 

Trois quart d’heure plus tard, mes potes maghrébins reviennent… Pas tous… au passage, on perd 4 passagers qui restent seuls, pour une longue nuit à la frontière espagnole…

  

 

15/08/2004

De Club des Pins à Plage Ouest

Les algérois sont en vacances et tentent de profiter de la plage… A Alger, pas possible de se baigner : un immense port maritime en suractivité et quelques plages polluées… Les algérois se ruent à l’Est (vers la Pérouse, Boumerdes, Ain Taya et Zemouri), ou à l’ouest vers Sidi Fredj (ancienne Sidi Féruch), Zeralda, Tipaza… Mais pas si facile de trouver un coin libre où poser sa serviette… Dans la zone entre la Madrague et Sidi Fredj (à 30 km à l’ouest), plusieurs zones interdites…Tout d’abord, le Sheraton Club des Pins (un des premiers acces a la plage apres Alger), et sa plage privée : un immense 5 étoiles et zéro touristes… Hommes d’affaires et rois du pétroles accaparent  l’immense plage (avec un taux d’occupation proche de celui de la lune)… et hop, première plage privée interdite au plus grand nombre… Ensuite, c’est la zone d’Etat « Club des Pins », réservée d'apres ce que j'ai compris, à tous ceux qui gravitent dans le cercle de la présidence, du gouvernement, de l’armée, ou tout ce que l’Algérie compte de jet set ou de gens biens placés pour obtenir le fameux badge d’entrée… Deux zones : «La Crique » et « Morreti » où les fils à papa font ronronner les jet ski entre les baigneurs, pour impressionner les filles… A coté, la plage du port, « libre d’accès » est bondée… Puis c’est l’arrivée à la presqu'ile de Sidi Fredj… Le week end (jeudi – vendredi), le trafic est à son maximum : les voitures, (de la Mercedes « Katfarron » (quatres-phares-ronds) à la 504 break qui transporte 10 personnes à l’arrière), les bus bondés, les auto-stoppeurs, tout ce petit monde gravite par Sidi Fredj, le Deauville local avec son centre de Thalasso, son « Casif » (théâtre en plein air)…

 

En Algérie, de toute situation, on crée un business, alors, un peu partout sur la route, les gamins vendent du maïs grillé, des cigarettes ou des galettes de pain aux voitures qui s’impatientent dans le trafic…

 

Le vendredi brasse une foule hétéroclite :  entre midi et deux, on croise aussi bien ceux avec un tapis de prière à la main pour aller à la mosquée, et ceux avec un parasol et une glacière qui filent à la plage… 

 

« Plage Ouest », est une autre plage de Sidi Fredj ouverte à tous, du coté « ouest » de la presqu’île… Le quartier est très coté (c’est là qu’est la villa familiale des Bouteflika) malgre son air de Beyrouth avant reconstruction : une route poussiéreuse et défoncée, des maisons en construction  partout, des montagnes de gravas, des tiges de fer pour le béton armé, des sacs de ciment, des tuiles qui trainent un peu partout… 

 

J’aime ce quartier et son chaos organisé : quelle animation !! Toutes les générations vivent dans la rue, et communiquent!! Les voisins qui font des commentaires sur les constructions des uns et des autres, parlent du dernier poisson ramené par Rezac, les enfants qui jouent en maillot de bain dans la rue, les "touristes" d’Alger et les "émigrés" qui débarquent, et au milieu de tout ça, les chinois employés aux constructions locales (c’est la dernière mode d’employer des chinois : ils travaillent 12 heures par jour, 7j/7) qui font leur petit bonhomme de chemin, travaillent dur, et font diminuer le nombre de chats errants du quartier… Mourad, le petit grand père qui a connu le quartier avant toutes ces constructions passe sa journée assis sur un pas-de-porte à observer tout ça d’un air dubitatif, mais avec un sourire bien veillant.

 

On accède à Plage Ouest par un petit chemin semé d’embûches (tôle ondulée, barres de fer et gravas)… Il y a quelques années, avant que ne soit construit à quelques centaines de mètres de là, le port présidentiel qui modifie les courants marins, la page était grande et large… on pouvait se promener, longer la cote jusqu’à « Palm Beach », « Zéralda »… mais aujourd’hui, la plage est délimitée par la digue sur la gauche (qui sépare Plage Ouest de la zone d’Etat), et perd un mètre de sable chaque année… Une plage de 5 mètres de large où s’entasse la moitié d’Alger !!!

 

Quand on arrive à Plage Ouest, c’est une impression d’étouffement : un parasol au mètre carré, des familles qui s’entassent sur l’étroite bande de sable, le tout avec le « Raï de cabaret » à fond qui résonne sur toute la plage… Moi évidemment, cette ambiance me plait ! C’est la plage des contrastes : les filles en maillots 2-pièces affriolants croisent les filles en Hidjab couvertes de la tête aux pieds sous la chaleur estivale et qui se baignent avec le voile (rare quand meme)…  A gauche, dans un petit baraquement, vit Dahmen, l’artiste baba cool local : génial et ignoré par les foules… Les cheveux blondis par le soleil, la peau tannée et fatiguée, il sculpte les gros blocs de bois ramenés par la mer… Il façonne d’étranges femmes, (un mélange de Picasso et Botero), et les orne avec des messages de paix genre « the message of all religions is peace »… Il prend tout ce que la mer lui apporte, bois ou siporex, et en fait quelque chose de simple et superbe… Il vit de ce les gens veulent bien lui amener (poissons, pain…) sans jamais mendier ou essayer de vendre  ses oeuvres… Dans les archives de Nice Matin 1995, il doit y avoir un article sur cet artiste algérien débarqué d’on ne sait où et qui a écrit un message de paix en 28 langues (dont l’hébreux) en petits galets sur 100 mètres carré de plage… Je voudrais le retrouver pour lui envoyer… 

 

Voilà, c’est tout cela Plage Ouest… des contrastes, des couleurs, des sons… On pêche, on chasse le poisson, on nage, on part en expédition jusqu’au « grand rocher », on s’essaye à tout type d’engins flottants de la vieille barque jusqu’au dernier jet ski selon les moyens, et on essaie d’oublier qu’à coté, la plage d’Etat réservée aux familles des généraux, est au moins aussi grande pour 100 fois moins de monde… on partage la même eau, mais pas les mêmes privilèges… 

 

 

11:55 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (8)

Dans la serie... Voitures en Algerie...

Après ma découverte des « 404 bâchées », je découvre les Mercedes « Katfarron »  et « Kaoukaoua »… Tiens, des modèles Mercedes développés spécialement pour le Maghreb ?? non, la Mercedes «Katfarron » c’est la Mercedes classe E, enfin celle qui a « Quatre phares ronds » à l’avant…

 

Et la « Kaoukawa », c’est la « Mercedes Cacaouette » (dont les phares sont en forme de "huit" à l’avant…La Classe C, je crois)...

 

11:50 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (1)

06/08/2004

Tipaza ruines et chaos

" Au printemps Tipaza est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres... A peine au fond du paysage puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer", Albert Camus, "Noces à Tipaza".

 

 

La visite des ruines de Tipaza est un pur moment de bonheur : les ruines qui se noient dans la mer, les vestiges de belles villas aux sols de marbre ou de mosaïques, des grands termes chauffés, du théâtre immense, des arènes quasiment intactes… On imagine quelle vie agréable les romains de Tipaza devaient avoir dans cette ville en bord de mer, avec un climat si clément… Tous les clichés remontent au galop : Les femmes à la démarche sensuelle et nonchalante, en tuniques légères, les hommes patriciens, nobles ou tribuns de la plèbe allongés dans la fraîcheur des villas à manger du raisin, les esclaves « tout imprégnés d’odeurs »… Aucun site archéologique ne donne tant cette impression baudelairienne que « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté »… Les ruines qui tombent  dans l’eau bleu turquoise, le petit port naturel, la rue pavée qui débouche sur la petite crique naturelle… et au loin, la montagne du Chenois qui se découpe sur l’horizon, semblable à un dos de dinosaure endormi…  Le plaisir est d’autant plus grand que le site  est à « l’état brut », pas dénaturé par des hordes de touristes qui débarquent en cars climatisés (le tourisme étant quasiment inexistant)

 

 

Mais une ballade à Tipaza un vendredi après midi, c’est deux heures de pur plaisir historico-culturel pour 5 heures de chaos et d’anarchie algérienne…

Vouloir aller a Tipaza un vendredi après midi, est une folie en soi puisque c’est la destination prisée par les Algérois le week-end ; or, l’autoroute s’arrête a mi chemin entre Alger et Tipaza…  Très malins, avec Rezac, nous avions prévu de partir tard dans l’après midi pour revenir tard dans la soirée et ainsi éviter la circulation… raté…

 

Apres une belle après midi de plaisir esthétique, sportif et culinaire (visite des ruines, baignade dans des criques à  l’eau translucide, méchoui dans un petit restaurant sous les ruines romaines), nous avons voulu tranquillement reprendre la route d’Alger vers 8-9 heures du soir…

 

 

La circulation était très dense et on roulait au pas… Le trajet aurait été un peu long, mais supportable, si la majorité des voitures n’avaient pas essayé de doubler par la droite, sur le bas coté, et par la gauche… Ce manque de civisme de certains conducteurs passe encore quand il n’y en a qu’un ou deux qui doublent sur le coté, et se rabattent au dernier moment (avant le barrage de police), mais pas quand c’est 70% des voitures !!!  On est arrivé a une situation quasi comique où, sur une étroite route à 2 voies, on avait parfois 5 files de voitures alignées (avec les voitures arrivant sens inverse, obligées de rouler sur le bas coté pour laisser la place à ceux qui doublaient…) qui essayaient à tout prix de passer…  Evidement, toutes les voitures essayaient de se rabattre avant les barrages de police (tous les kilomètres) créant un goulot d’étranglement inextricable, bref, un bordel monstre… Les flics qui voyaient le manège de loin ne disaient absolument rien et laissaient faire…

 

Il y avait vraiment des scènes comiques: une famille "traditionnelle" et pratiquante,  (père au volant, mère voilée, 3 enfant à l'arrière) qui écoute la prière à fond dans la voiture, toutes vitres baissées... le père qui hurle, insulte, et fait de grands gestes de la main, quand on refuse de le laisser s'insérer avant le barrage de police, après qu'il ait doublé 100 voitures...

Des automobilistes zélés qui décident de s'arreter en plein milieu de ec bordel, sur le bas coté, là où tout le monde double, sortent leur tapis, et font leur prière en plein chaos de klaxons et de poussière...

 

Un bel exemple de ce que peut donner l’anarchie : de façon collective, on est tous conscients qu’au final, il est plus efficace et rapide de rouler l’un derrière l’autre pas, mais de manière individuelle, on essaye de gagner du temps personnellement en doublant les autres… En plus, quand on voit que « tout le monde fait pareil », on n’a pas envie d’être le seul couillon a se faire doubler par 500 voitures alors on s’y met, même si on sait que ça aggrave la situation…

 

Nous, on ne voulait pas doubler, mais on ne voulait pas non plus que les voitures se rabattent devant nous… Aigris et hargneux, on est nous aussi devenus des loups enragés, à coller la voiture devant nous, à donner des coups de volants contre les voitures qui tentaient de s'insérer…  Au final, 3 heures de chaos, de stress, de klaxon, de forcing pour ne pas laisser passer les doubleurs... 3 heures / 20 km

 

 

 

12:35 Publié dans Algerie | Lien permanent | Commentaires (1)

05/08/2004

La Casbah

 Un après midi à la Casbah, ancienne Medina d'Alger, "gettho" arabe au temps des Francais (puisque les arabes n'avaient pas le droit d'acceder aux rues du centre ville)...  La Casbah d'Alger est un conglomérat de bâtisses remontant à la période turque, et un patrimoine architectural et historique incomparable (Classée monument historique et inscrite au Patrimoine mondial de l'Humanité).
Nous marchons sous un soleil de plomb, dans les petites rues étroites et labyrinthiques qui relient la basse Casbah de la haute Casbah…  Tout d’abord la « rue des femmes » : les étales proposent du maquillage, des bijoux, des shampoings, des sous vêtements, des robots ménagers de contrefaçon (« Mowlinex », « Block et Decker », « Broaun », « Siemans »…) Je navigue entre les femmes pour la plupart voilées au regard malicieux et rieur qui font du shopping intensif à  la casbah… Le voile n’empêche pas la coquetterie, et le maquillage…

En coupant par une ruelle transversale, le décor change radicalement… C’est la rue des hommes… Sur les étales, on trouve chaussettes de marque, caleçons et chaussures, postes de radio, cigarettes contrefaites… les mines sont plus fermées et sévères… peut-être que je n’ai rien a faire là, mais ce n’est pas l’hostilité que je ressens… simplement la dureté masculine par rapport à la douceur féminine de cette rue chantante, animée et colorée que je viens de quitter…

Les ruelles en escalier coupent a travers Alger et font des percées sur la mer bleue… Elles nous entraînent vers d’autres ambiances… Une rue spécialisée dans la vente de minuscules pièces détachées (d’occasion)  pour réparer les postes de radio, de télé etc, un petit marché couvert qui surplombe la ville, et laisse entrevoir la mer en contrebas… Au détour d’une rue, une magnifique mosquée, une des plus vieilles de la ville, construite au 12e siècle… je reste scotchée devant cette magnifique bâtisse mauresque en pierres de taille, en buvant un délicieux jus de banane acheté au vendeur ambulant… Un peu plus loin, dans Bab-el-Oued, quartier des trois horloges, nous achetons une glace au citron en cornet… Je découvre avec étonnement une minuscule et étouffante arrière sale (4 chaises derrière la machine à glace) oú sont assises 5 ou 6 femmes…. Elle dégustent leur glace à l’intérieur, car lécher une glace en public est indécent…

 

J’aime vraiment l’animation de ce quartier populaire, les couleurs, les odeurs, les visages… J’en prends plein les yeux… Hélas, ces images fortes vont de pair avec des images de misère et de désolation : le quartier a été sévèrement touché par le tremblement de terre et l’inondation catastrophiques de 2003… des bâtiments sont tombés, et laissent place à des trous béants où jouent les gamins du quartier, des maisons ont été entièrement détruites, faisant des centaines de morts… Le plus triste, c’est de voir du linge qui sèche aux fenêtres de maisons détruites a 70% et qui menacent de s’effondrer à tout moment…

 

 

 

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